France-Maroc : Comment Omar Brouksy tord le cou aux faits

Brouksy

Par Mehdi Sabounji

L’ancien journaliste Omar Brouksy publie le 21 septembre aux éditions « Nouveau Monde », une maison de second rang, son deuxième ouvrage sur les relations France-Maroc. Il est constellé de contrevérités, servant les intérêts de son mentor, le prince Moulay Hicham et de sa smala journalistique

Dans un petit livre qui à chaque chapitre tire à la ligne, Omar Brouksy, enseignant à Settat, tente sans succès de remettre au goût du jour la théorie maintes fois usitée de la collusion des élites des deux bords par des anecdotes qu’il présente comme inédites pour tenter d’affirmer qu’il existerait une crise perpétuelle entre Paris et Rabat. Or ces histoires ne sont racontées que sous l’angle de ceux qui les ont montées en épingle pour obtenir avantages et privilèges du Maroc.

Le Desk en a publié des extraits en avant-première et questionné son auteur. Ses réponses, fuyantes, ont prouvé l’inconsistance des propos de l’auteur et la vacuité de son œuvre.

En effet, si les faits qu’il relate sont archi-connus, il évite soigneusement d’en expliquer les causes et les ressorts véritables, et surtout leur issue, qui toujours renseignent sur les raisons de leur exploitation médiatique.


Le thème des réseaux franco-marocains est un marronnier. Il a déjà été exploré par des journalistes et des universitaires ces dernières années, à travers des articles, mais aussi des livres plus aboutis, mieux renseignés et plus équilibrés que Brouksy ne cite pas, mais dont il n’hésite pas à piller de larges extraits sans les restituer dans leur contexte de l’époque.

L’ennui est que les sources de Brouksy sont toujours les mêmes, entre le prince Moulay Hicham qui agit désormais par le biais de ses affidés ayant été confondus depuis longtemps, et la brochette de journalistes qui tant en France qu’au Maroc ne retiennent que la surface des choses pour servir les intérêts de leur commanditaire humilié dernièrement par son expulsion de Tunis.

Le fond des « affaires » qu’il ressert comme des plats réchauffés est pourtant révélateur d’une vérité sciemment cachée par le livre parce-quelle ne sert évidemment pas la thèse de l’auteur. Ce n’est donc pas un hasard s’il ne l’explore pas comme le ferait un journaliste objectif et professionnel.

De plus, le récit de Brouksy, présenté par Alain Gresh (à qui l’auteur vend des articles pour Orient XXI, un site qu’a monté l’ancien rédacteur en chef du Monde Diplomatique aujourd’hui à la retraite et dont il a confié la direction éditoriale à Aboubakr Jamaï), dans sa préface comme une « enquête » semant ainsi volontairement la confusion dans l’esprit du lecteur : Il s’agit encore une fois tout au plus de redites puisées dans les médias étrangers, de recensions réorientées de livres anciens et dépassés, d’emprunts non sourcés  ou encore de raccourcis mis bout à bout pour tordre le cou à la vérité. En voici un florilège qui démontre le procédé déjà utilisé par le passé, notamment dans son premier livre passé inaperçu, pour manipuler l’opinion.

Sur la fameuse « Smala de la Mamounia »


A court de nouveautés, Omar Brouksy tente d’intégrer à ce club des personnalités françaises comme Najat Vallaud-Belkacem ou Jean Glavany. Pourtant, les deux n’ont pourtant jamais mis les pieds dans le palace de Marrakech. Vallaud-Belkacem a certes participé à des évènements du CCME, mais jamais dans ce cadre, elle n’était pas encore ministre à l’époque et avait coupé tout lien avec l’instance en prenant ses fonctions officielles sous Hollande. Quant à Jean Glavany, il n’a aucun rapport avec le Maroc. Il s’était d’ailleurs expliqué sur son dérapage au sujet de l’état de santé du roi Mohammed VI après avoir fait un parallèle improbable avec celle de Bouteflika que toute la classe politique et les membres de l’Assemblée nationale lui avaient reprochés, et pas seulement Elizabeth Guigou, qui n’a agi pour le rappeler à l’ordre qu’en tant que présidente de la Commission des Affaires étrangères.

Les mensonges évacués du binôme Graciet-Laurent

Sur ce volet, ce qui est probablement la plus grande faiblesse de l’exercice est l’inachevé ressenti sur des affaires dont les ressorts ont été par ailleurs démontés par des enquêtes circonstanciées comme celle du « chantage fait au roi » par le binôme Graciet-Laurent. Fait à souligner, Omar Brouksy recopie les minutes du dossier policier pour tromper sur les ficelles du piège que tend l’avocat du roi aux journalistes aigrefins, mais n’explique à aucun moment, sur le fond, la teneur du bluff qui va mener à leur perte. En réalité, l’auteur de ce livre à charge, mais sans preuves, a expurgé de ce chapitre les faits essentiels et documentés qui démontrent la culpabilité des deux maitre-chanteurs.

On sait depuis l’enquête judiciaire que les deux « journalistes » ont voulu soutirer de l’argent au Maroc en tentant de vendre des notes blanches supposément écrites par la DGSE, mais qui avaient été rendues publiques et contestées par Le Journal Hebdomadaire il y a de cela plus de dix ans ! Quant au rapport Kröll sur de soi-disant malversations à l’OCP, il a été démontré que la tentative avait déjà été menée en 2009 par l’ex-journaliste du Canard Enchainé, Nicolas Beau alors qu’il était financé pour mettre sur pied le site Bakchich par le régime libyen de Kadhafi. Site, faut-il le rappeler, qui employait à l’époque la même Catherine Graciet sous le pseudonyme « La princesse enchantée ». Le rapport officiel avait été en réalité commandé comme des dizaines d’autres études par l’OCP pour mettre de l’ordre dans la gestion de l’institution alors que celle-ci se préparait à être transformée en Société Anonyme. Celui-ci faisait simplement état de mauvaise gestion et non de corruption au profit de personnalités comme l’ont supposé Catherine Graciet et Eric Laurent. D’ailleurs l’avocat, Me Hicham Naciri n’a pas été dupe sur la question, comme le montre l’échange enregistré à l’hôtel Raphaël avant l’arrestation du binôme par la police française pour « tentative d’extorsion ».


L’affaire Zakaria Moumni relatée à travers la version du plaignant débouté

Fait pour le moins étonnant, le livre de Brouksy ne dit pas que le parquet de Paris a classé sans suite, début juillet, la plainte de cet ex-boxeur franco-marocain qui disait avoir été torturé par le contre-espionnage marocain.

Pourtant la justice française avait statué sur le fait que la plainte de Moumni constituait « une diffamation et une injure, aux affirmations sans fondements et à une médiatisation de l’affaire indûment exploitée ».

Brouksy ne mentionne pas non plus que Zakaria Moumni a été condamné le 5 octobre 2016, au civil, à verser 1 000 euros de dommages et intérêts au secrétaire particulier du roi Mohammed VI, Mohamed Mounir El Majidi, qu’il avait désigné comme « commanditaire ». Le boxeur avait par ailleurs à l’été 2016 engagé une autre procédure arguant de menaces présumées sur sa personne que la justice de l’Hexagone n’a pas prises en considération.


Le reste qu’il est bien inutile de rapporter ici est à vau-l’eau, le lecteur n’apprendra rien de plus que ce qui est ressassé par le réseau Moulay Hicham, tant au Maroc qu’à l’étranger et que Brouksy évidemment ne tente pas de décrypter, étant lui-même un de ses représentants les plus déterminés.

Enfin, sur le président Macron, s’il est trop tôt pour documenter l’orientation qu’il compte donner aux rapports France-Maroc, l’ouvrage, comme la presse qui a scruté sa première visite en terre marocaine, lui consacre un maigre et laborieux épilogue. Le signe que le livre est non seulement émaillé de contrevérités que prématuré pour apporter une vraie nouveauté. A éviter assurément pour ne pas tomber dans le panneau.