Gouvernement de Fakhafakh : Un compromis au forceps qui sauve le pays d’un scénario du pire

Fakhfakh

L’annonce tardive mercredi de la nouvelle équipe gouvernementale par le chef du gouvernement désigné Elyès Fakhfakh a mis un terme à une longue période de doute, d’attentisme, de flou et d’inquiétude en Tunisie.

Le pays est parvenu, au terme de la date fatidique fixée par la Constitution, à éviter le scénario du pire. Le compromis que les différents protagonistes ont pu trouver au forceps a épargné le pays de bien de tourments, une accentuation de la fracture du paysage politique, fortement fragmenté, une crise politique grave, une dissolution du parlement et, partant, le recours en l’espace de 90 jours au maximum à des élections législatives anticipées.

Dans le grand cafouillage qui a régné en Tunisie et le suspense entretenu par toutes les parties, se dissimule une guerre qui n’est plus secrète opposant d’une part la présidence de la république et du gouvernement et d’autre part Ennahdha et ses alliés qui ont saisi le danger que représente la dissolution du parlement au cas où le processus enclenché depuis 29 jours arrive à une voie sans issue.

Un compromis de dernière minute qui sauve la face d’une coalition hétérogène appelée à cohabiter dans la douleur pour gérer les affaires du pays qui connait une situation difficile, et auquel se sont impliqués le président de la république, qui a dû se mobiliser totalement, pour stopper une polémique sur l’interprétation de certains articles de la Constitution, ainsi que les manœuvres d’Ennahdha qui a cherché à imposer un fait accompli.

Les organisations nationales, notamment l’Union Tunisienne de l’Industrie, du Commerce et de l’Artisanat (UTICA/patronat) et la puissante Union Générale tunisienne du Travail (UGTT) se sont démenés pour rapprocher les points de vue et arrêter les dégâts d’une période transitoire qui a duré longtemps et qui a mis à nu les divergences qui existent entre les deux têtes du pouvoir (présidents de la république et du parlement) et le jeu de positionnement auquel s’adonnent sans modération aucune tous les acteurs politiques.

Sans surprise, l’équipe gouvernementale annoncée ne diffère pas beaucoup de celle révélée samedi dernier. Il a été procédé juste à des correctifs techniques à l’effet de satisfaire les exigences formulées notamment par le parti Ennadhdha, qui s’est déployé à fond en vain pour la formation d’un gouvernement d’union nationale sans exclusion et disposant d’une large ceinture politique.

Elyes Fakhfakh a concédé, mercredi soir à 21h30 dans son point de presse retransmis en direct à la télévision nationale que les “concertations ont été difficiles, tendues, mais ont été au final un bon exercice démocratique, réaffirmant le haut sens de responsabilité et de la prise en considération des intérêts supérieurs du pays par tous les partis politiques.

Il a tenu à rappeler que le gouvernement est “une alliance large, ouverte à toutes les familles politiques et de pensée”. Elle doit, à son sens, “concrétiser l’espoir et la confiance et la stabilité et doit se mettre au service de tous les Tunisiens”.

Hormis le nombre élevé des ministres indépendants, qualifié par certaines figures politiques de gouvernement dans le gouvernement, auxquels on a confié les départements régaliens (justice, intérieur, finances, affaires sociales, industrie, énergie, technologies de la communication…), il a été procédé à un partage des ministères selon une sorte de quota qui prend approximativement en considération le poids électoral des partis formant l’alliance.

Manifestement, Ennahdha sort malgré tout vainqueur à la faveur du nombre élevé et la qualité des portefeuilles qui ont été attribués (sept) à des personnalités de premier rang du mouvement (santé, enseignement supérieur, agriculture, transport et logistique, jeunesse et enfance…).

La présence féminine a été considéré à minima : cinq femmes pour l’essentiel indépendantes auxquelles ont été confiées les départements de la justice, des affaires de la femme, des affaires culturelles, les grands projets ou dans la diplomatie (secrétaire d’Etat).

Une équipe gouvernementale qui a dû également être modifiée et dont le nombre a été revu vers la hausse (30 ministres et 2 secrétaires d’Etat) en raison de la pression exercée par Ennahdha.

Pour de nombreux observateurs, le grand perdant dans ce processus tortueux qui a abouti à la formation du nouveau gouvernement, n’est autre que le chef du gouvernement désigné, qui a dû fléchir aux desiderata des partis politiques et se résoudre à la nécessité de tirer sa légitimité du parlement, non du président de la république.