Gouvernement et Parlement, les Marocains “ne croient plus en vous”?

Doit-on vraiment s’étonner ou se donner le luxe d’être choqué face à une étude qui ne fait que confirmer ce que l’on savait déjà sur la crise de confiance des Marocains en leurs institutions ? On le savait déjà ! La confiance tombe en quenouille, mais encore.

On ne peut mettre en doute la force probante de l’étude et les Marocains, en dépit de tout, continuent à faire bon cœur contre mauvaise fortune. Preuve en est que plus que la moitié des personnes interrogées ignorent les attributions du Parlement qui, en principe, les représente. Plus grave encore, 90% d’entre eux ne connaissent pas les noms des présidents des deux chambres. Normal, les citoyens se sentent de l’autre côté de la barricade face à des gouvernants et responsables qui ne sont pas au diapason de leurs attentes et qui sont en dehors des clous.

Encore une fois, le rapport annuel de l’Institut Marocain d’Analyse des Politiques (MIPA), effectué en partenariat avec la fondation Heinrich Boll et présenté mardi 3 décembre à Rabat, nous met face à notre réalité amère, en mettant sous les projecteurs la relation liant les citoyens marocains aux institutions du pays. Il en ressort que plus de 68 % des 1.000 recensés affirment ne pas avoir confiance en le gouvernement, les partis politiques et les syndicats.  57.5% ne croient plus au Parlement et 41% ne font plus confiance à la Justice, pourtant épine dorsale de tout système.

Bref, 69 % des Marocains brandissent leur mécontentement de la gouvernance du pays manifestant leur inquiétude quant à l’avenir ; et environ 74 % d’entre eux estiment que les efforts du gouvernement pour lutter contre la corruption restent un coup d’épée dans l’eau.


Concernant les secteurs vitaux notamment l’enseignement public et la Santé, ce n’est pas non plus le grand enthousiasme puisque 48 % des recensés ne font plus confiance aux écoles du public au moment où 73% optent pour le privé quand il s’agit de la santé.

Par ailleurs, le désamour et la méfiance tendent leurs tentacules dès qu’il s’agit de l’Autre. Pas moins de 42 % des Marocains ont affirmé ne pas faire confiance aux autres concitoyens.
Heureusement que la famille a encore une place prépondérante dans la vie des Marocains si l’on se réfère aux 95% des sondés qui ont une confiance aveugle en leur petite famille. Autre bonne nouvelle et pas des moindres : la police et l’armée constituent les maillons forts autour desquels les Marocains, ou du moins les recensés, se rassemblent. En effet, si on peut encore parler de confiance en les institutions ce sont ces deux-là qui réussissent encore à satisfaire la tranche des Marocains interrogés avec respectivement 78 % et 83,3%.

Faut-il être devin pour comprendre que les citoyens ont le sentiment qu’ils font partie des meubles mais ne figurent pas parmi les priorités de responsables en décalage avec leurs missions ? Les Marocains sont en galère de confiance face à des gouvernants qui ne veulent pas en démordre. C’est dire qu’on a besoin d’un nouveau modèle de femmes et d’hommes politiques capables d’être à l’écoute des citoyens et de répondre à leurs attentes et surtout de taille à suivre les orientations et le rythme de la nouvelle marche du Maroc.


Si tant est que les choses en sont là, il est légitime de s’interroger sur le rôle de ces institutions et leur apport quant à l’avenir du pays qui se surpasse à relever les défis majeurs qui se présentent. D’ailleurs, les citoyens adressent directement leurs doléances au Roi … Plus besoin d’intermédiaire, les réseaux sociaux s’en chargent.

Souad Mekkaoui est la Directrice de la Rédaction de « Maroc diplomatique ». Une passion pour l’écriture et un irrésistible désir de communiquer. Auparavant professeur de langue française, écrivaine et aujourd’hui journaliste en charge de « Maroc diplomatique » dans ses versions écrite et numérique, Souad Mekkaoui, auteure de Plus forte que la souffrance et Femmes au purgatoire, elle est aussi une femme engagée avec sa plume contre les abus de tous genres, sociétaux et moraux. Son style s’inspire de l’impertinence, il nous livre en revanche une vision pertinente des choses, il questionne…