Hausse des pensions de retraite : Le « couac » budgétaire des caisses de retraite

Hausse des pensions de retraite : Le « couac » budgétaire des caisses de retraite
Hausse des pensions de retraite : Le « couac » budgétaire des caisses de retraite

Il y a quelques jours, la Caisse Nationale de Sécurité Sociale (CNSS) a procédé à l’augmentation des pensions de retraite de 5%, soit une augmentation minimale de 100 DH. Certes, cette nouvelle réforme vise à revaloriser le système de la protection sociale au Maroc, mais la caisse risquerait de subir un déficit budgétaire total d’environ 67 millions MDH, à partir de 2021, selon une étude commandée par la CNSS.

Le régime des retraites au Maroc est caractérisé par sa « fragmentation » avec plusieurs systèmes s’adressant à différentes catégories de travailleurs et avec différentes modalités en matière de « financement, de calcul de prestations et de conditions d’octroi ».

Par ailleurs, l’étude menée fait ressortir la faiblesse des pensions de retraites, et leur augmentation pourrait engendrer un déficit budgétaire du fonds de la caisse, dès 2021 au lieu de 2024. Selon les projections de la caisse, pour la période de 2017 à 2026, le taux de croissance des abonnements atteindra 6% en moyenne, contre une augmentation des dépenses de 7,8%.

En 2018, la pension de retraite moyenne n’a pas dépassé 2.000 DH (un niveau inférieur au SMIG). De leur côté, les caisses de retraites sont confrontées à des difficultés de financement, en raison du vieillissement progressif de la population marocaine – ce qui se répercute sur les régimes financiers- et l’absence de passerelles entre les régimes actuels. En effet, si cette situation continue à faire état des tendances dans le système de protection sociale, les réserves seront certainement impactées à partir de l’année prochaine.

Le système de protection sociale marocain


Une enquête réalisée par le Haut-Commissariat au Plan (HCP) a révélé que le système de la sécurité sociale connaît des goulots d’étranglement semant un sentiment d’insécurité chez les jeunes.

En matière d’emploi, les jeunes sont les plus nombreux à dévoiler un sentiment d’insécurité de l’emploi. 2,9% d’entre eux déclarent être satisfaits de l’offre d’emploi, contre 97,1 % insatisfaits. Pis encore, ce sentiment d’insécurité se creuse « quand on découvre que seuls 3,8% des jeunes chômeurs ayant déjà travaillé sont inscrits dans un régime de pension ou un régime de retraite ». Cela s’explique, selon les jeunes interrogés, par l’inadéquation de la formation-emploi, et la « propagation de l’idée de népotisme » et clientélisme dans le marché du travail.

S’agissant des préoccupations des Marocains pour le financement des retraites, elles sont « intergénérationnelles ». Les moins de 29 ans se soucient principalement de l’emploi (66%, contre 37% chez les 60 ans et plus), suivi de la prise en charge des pauvres et de l’indemnisation du chômage (29,8 %). En revanche, chez les personnes âgées, c’est la question de la couverture sociale et le financement des retraites qui constituent la principale inquiétude (63,4%), rapporte le HCP.

La soutenabilité du système de protection sociale au Maroc


Le Maroc a bénéficié de multiples fonds destinés à rétablir le régime de protection sociale. Il convient de noter tout particulièrement le soutien de la Banque africaine de développement (BAD), qui a accordé un financement de 204 millions de dollars en faveur du programme d’appui à l’amélioration de la protection sociale dans le royaume.

On ajoute également, la convention de partenariat signée entre la CNSS et ARAB BANK, au mois d’octobre, visant la coopération entre les deux organismes en ce qui concerne le traitement de télépaiement des cotisations et des décaissements de prestations ainsi que l’échange de données informatisées relatives aux assujettis de la CNSS .

Certes, le système des retraites est en pleine réforme, mais l’équilibre ne peut être assuré, selon l’étude, que par une réforme paramétrique qui devrait augmenter l’horizon de viabilité des caisses et faciliter l’intégration du système par une harmonisation des paramètres et des règles de fonctionnement, avant de passer à une réforme systémique qui repose sur la création d’un pôle public et privé, avec un régime de base pour tous les affiliés.