Imlil, la face émergée d’un mal profond

Imlil, la face émergée d’un mal profond

Ces derniers jours, le hashtag Imlil est classé parmi les premiers dans les Tendances mondiales !! On en aurait été heureux si on ne vivait pas au rythme de l’acte immonde qui nous a tous violemment ébranlés, blessés dans notre identité humaine et souillés dans nos valeurs. On en aurait été fiers si le hashtag ne portait pas en lui le sang de deux vies tragiquement arrachées. Imlil, ce petit patelin sans ressources qui ne vit que des quelques visites de touristes férus d’aventure, de nature à l’état brut et de randonnées, est terni à jamais par des mains sanguinaires de quatre de ses enfants qui ont niché dans ses entrailles, portant en eux des hyènes et des charognards.

Imlil avant, Imlil après

Je ne peux m’empêcher de plonger dans mes souvenirs et de revoir le visage de ma fille et son émotion à son retour d’Imlil. C’était exactement il y a un an quand, lors d’une opération humanitaire effectuée avec les étudiants de son école, elle en était revenue avec des yeux pétillants, emplie d’humanisme et de générosité. Elle venait de faire un voyage initiatique qui nous « rapproche de l’humain dans sa vraie nature simple, naturelle, généreuse, une vraie leçon de chaleur humaine et de convivialité. Les randonnées sur les cimes du majestueux mont Toubkal nous donnent l’impression qu’on est proche de Dieu », avait-elle dit. Elle m’avait presque exhortée d’aller en famille pour une cure de dépaysement là où on entend le silence et d’où l’on revient autre.

Aujourd’hui donc, le nom d’Imlil est revenu mais, cette fois-ci, taxé et étiqueté de crime et d’horreur. La vallée saigne et suinte la douleur d’habitants horrifiés et scandalisés par la barbarie dont on les a gangrenés, sachant qu’ils en garderont les stigmates à jamais. L’air de la montagne portera toujours en lui le spectre des vies tragiquement achevées de Louisa et de Maren, leur joie de vivre écorchée, leurs espérances émoussées, leur amour de la vie arraché.

Que deux jeunes femmes touristes, venues passer les fêtes de Noël au Maroc qu’elles aiment en reviennent la tête tranchée est le pire cauchemar que les Marocains aient pu vivre. Scandaleux est le moins que l’on puisse dire. C’est un crime inqualifiable qui nous laisse écœurés, révoltés et enragés. Jamais l'horreur ne s'était donnée en spectacle avec autant de violence! Impossible de continuer à fermer les yeux et surtout à vivre en sécurité. L'obscurantisme et l'intolérance font la loi.

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Le terrorisme, ce monstre que nos sociétés ont enfanté

A l’annonce du crime, on a vite pensé à différents mobiles possibles d’un acte commis par des psychopathes dont les pulsions seraient peut-être animées par le vol ou même le viol, bien que ce ne soit pas habituel dans ces contrées recluses mais vertueuses. Mais la vidéo où on les voit prêter allégeance à Daech change la donne. Il s’agit bel et bien d’un acte terroriste qui change toutefois de forme puisque le dernier attentat que le Maroc a connu a eu lieu le 28 avril 2011, dans le café d’Argana, à Marrakech, à la bombe actionnée à distance. Les deux pauvres jeunes femmes qui se trouvaient au mauvais endroit et au mauvais moment ont donc subi la démence meurtrière ou religieuse de deux apprentis-terroristes. L’horreur n’a pas de limite. Le mal naît et grandit dans le chaos que connaît le monde à tous crins. Et ce qui s’est passé au Maroc peut arriver dans n’importe quel coin du monde. Les dégénérés, proie faciles à la manipulation, sont là et ailleurs. Rappelons le cas d’Anders Behring Breivik, l’auteur de la tuerie d’Oslo et de l’île d’Utoeya du 22 juillet 2011, qui a fait 77 morts. C’est pour  dire que c’est la monstruosité et la géographie de l’inhumain que la motivation en soit une idéologie, un déséquilibre mental ou une conviction. Le terrorisme n'a ni couleur, ni religion, ni nationalité, ni visage. Il porte le masque de l'horreur, de la violence et du sang! Et cette violence, toujours recommencée, qui secoue les modes d’être et de penser de nos sociétés des deux côtés de la Méditerranée, nous met face à un danger imminent, amorphe, sans visage mais qui peut sévir n’importe où, n’importe quand et sans crier gare. Le terrorisme franchit aisément les frontières et crée des amalgames qui déstabilisent l'humanité. Ses hommes-outils détruisent le monde et le mettent en guerre contre lui-même. C'est une guerre dont on ignore les motifs et les enjeux, contre l'humain quelles que soient la nationalité ou la religion. Ces terroristes porteurs de masques sèment la mort à visage découvert et nous réduisent à l'impuissance.

Aucun pays n’est plus à l’abri de cette idéologie criminelle qui fait de nombreux adeptes parmi les nôtres. Ces gens dont l'âme a exclu tout embryon d'humanisme et tout amour de la vie jusqu'à en faire un terreau fertile pour la haine et la barbarie. Ce qui est désolant c'est que ce sont toujours des jeunes qui s'offrent en outil destructeur pour répandre le sang et la terreur au point de paralyser le monde. La banalisation de la barbarie bat son plein dans ce nazisme enrobé de religion dont les partisans, ignares et obscurantistes cherchent à trouver un sentiment d’appartenance à une cause ou à un groupe à consonance pseudo religieuse. Tout cela renvoie peut-être à une réflexion d’Albert Camus dans L’Homme révolté (1951) : « La logique des passions renverse l’ordre traditionnel du raisonnement et place la conclusion avant les prémisses ».

À propos de l'auteur:

Souad Mekkaoui est la Directrice de la Rédaction de « Maroc diplomatique ». Une passion pour l’écriture et un irrésistible désir de communiquer. Auparavant professeur de langue française, écrivaine et aujourd’hui journaliste en charge de « Maroc diplomatique » dans ses versions écrite et numérique, Souad Mekkaoui, auteure de Plus forte que la souffrance et Femmes au purgatoire, elle est aussi une femme engagée avec sa plume contre les abus de tous genres, sociétaux et moraux. Son style s’inspire de l’impertinence, il nous livre en revanche une vision pertinente des choses, il questionne…

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