Immigration clandestine : le Maroc, un acteur majeur sous le feu des projecteurs

Désiré Beiblo

Le Maroc, désigné par l’Organisation des Nations unies (ONU), s’apprête à accueillir la Conférence Internationale sur la Migration (CIM 2018) qui se tiendra les 10 et 11 décembre 2018, à Marrakech, sous le thème : « Conférence intergouvernementale chargée d’adopter le Pacte mondial pour des migrations sûres, ordonnées et régulières ». Le choix du pays d’accueil de cette rencontre internationale n’est pas anodin. Le Royaume est devenu, ces dernières années, l’un des principaux pays africains, de transit de l’immigration clandestine vers l’Europe. Une situation qui le contraint à se positionner comme un acteur de premier plan sur la question.

Dire que le Maroc est l’un des seuls, sinon le seul pays africain à mener une véritable politique migratoire face au fléau qu’est devenue l’immigration clandestine et ses corollaires pour le continent, n’a rien d’exagéré. C’est donc à juste titre que le Royaume, dont le souverain est l’initiateur de l’Observatoire africain pour la migration, a été choisi pour abriter cet évènement de portée mondiale, eu égard à son approche et son engagement sur l’une des plus grandes problématiques de ces dernières décennies. Depuis 2014, plus de 17.000 migrants ont péri dans la méditerranée, selon le recensement effectué par l’Organisation internationale pour les migrations (OIM). Selon la même organisation, ces décès sont en majorité survenus en Méditerranée centrale, entre la Libye, la Tunisie, l’Italie et Malte, faisant de cette zone, la route migratoire la plus meurtrière au monde. Cependant, ces dernières années, une partie significative des importants flux migratoires vers l’Europe (entrée par l’Italie) via la Libye, s’est progressivement délocalisée vers le Maroc (plus de 100.000 migrants ont traversé la Méditerranée en 2017). Et pour cause, la Libye, jadis route privilégiée pour rejoindre le « vieux continent », est devenue un enfer pour les candidats à l’immigration clandestine. En effet, après avoir eu carte blanche de l’Union Européenne pour bloquer les migrants – une coopération dénoncée par l’Organisation des Nations unies, compte tenu de la situation sécuritaire du pays – la Libye s’est transformée en un centre de rétention grandeur nature pour ces personnes qui tentent de franchir illégalement les frontières européennes, en quête de mieux être. De nombreux abus et traitements inhumains observés dans ces centres ont été dénoncés par plusieurs ONG mais, à ce jour, ils sont encore plusieurs milliers à y être détenus.

Face à cette situation, le Maroc, de par sa position géographique et sa proximité avec l’Europe, à travers les frontières terrestres et le détroit de Gibraltar (le seul passage maritime entre l’océan Atlantique et la mer Méditerranée, situé au sud de l’Espagne et au nord du Maroc), s’est naturellement présenté, comme une alternative sérieuse à l’immigration clandestine. En 2018, après l’Italie et la Grèce, l’Espagne via le Maroc est en passe de devenir la principale route de l’Immigration clandestine. De janvier à juin, l’Espagne a accueilli 12.063 migrants par la mer et 2.696 autres par la voie terrestre, en franchissant les barrières frontalières de Melilla et Sebta.


Une politique d’engagement, en toute souveraineté

Suite au succès des centres de rétention de la Libye, qui ont permis de réduire considérablement les flux migratoires vers l’Italie, l’Union Européenne, réunie à Bruxelles les 28 et 29 juin 2018, a émis le souhait de créer des « plateformes régionales de débarquement » pour immigrants illégaux en dehors du continent européen, en Afrique du nord. A l’instar d’autres pays du Maghreb, le Maroc, par la voix de Mustapha El Khalfi, ministre délégué chargé des Relations avec le parlement et la société civile, et porte-parole du gouvernement, a clairement marqué sa désapprobation, le jeudi 6 septembre dernier, affirmant qu’il ne pouvait pas permettre que ses territoires servent d’abris pour les réseaux de trafic d’êtres humains et refusait de jouer au « gendarme dans la région ». Une position confortée le 3 octobre 2018 par Nasser Bourita, ministre marocain des Affaires étrangères : « Le Maroc est généralement contre toutes formes de centres. C’est un élément clé de notre politique migratoire et notre position de nation souveraine », a confirmé le ministre selon qui, une telle approche ne saurait résoudre le problème, ne laissant, en outre, à travers sa déclaration, plus aucun doute quant à la position adoptée par le Royaume sur la question.

 

 Depuis 2014, plus de 17000 migrants ont péri dans la méditerranée, selon le recensement effectué par l’Organisation internationale pour les migrations (OIM)

Une approche humaniste pour apporter des solutions

Le Maroc ne s’est jamais dérobé face à la crise migratoire. Contrairement à certains pays d’Europe, d’Amérique du nord, et même d’Afrique, qui ont durci leur politique d’accueil dans le but de bloquer les flux de migrants, facilités en cela par l’arrivée au pouvoir de partis populistes, le Royaume, en toute souveraineté, a mis en place une politique migratoire à visage humain. En effet, pays de provenance, d’émigration, d’immigration et de transit, le Maroc a mis en place depuis 2013, selon la vision de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, une stratégie nationale pour l’immigration, basée sur des valeurs humanitaires et solidaires chères au Royaume. Le but étant d’inciter les candidats à l’immigration clandestine, à renoncer à leur périlleux projet. Depuis 2014, près de 50.000 migrants, en majorité issus de l’Afrique subsaharienne, ont bénéficié d’une régularisation de leur situation juridique. A cela s’ajoute la mise en place de programmes sociaux de réinsertion des immigrés tels que la stratégie nationale d’immigration et d’asile qui a permis à nombre d’entre eux de bénéficier des services de santé, de logement, d’éducation, d’emploi, etc.

Selon le gouvernement marocain, « l’objectif majeur de ces actions est d’assurer une intégration sociale réussie des migrants et réfugiés au Maroc, et ce, en concertation avec les départements et institutions publiques concernés par la dimension migratoire. » Par ailleurs, le Maroc a assuré, en coordination avec les pays concernés, le retour volontaire de 22.000 migrants – depuis 2014- vers leur pays d’origine.

Cependant, tout en revendiquant une approche humanitaire et solidaire, le Maroc s’est voulu ferme sur les questions de la traite des êtres humains et des violations des frontières qu’elle partage avec l’Europe. De ce fait, 54.000 tentatives d’immigration clandestine ont été avortées par les services de sécurité marocains. Régulièrement saluée par les États européens, la politique migratoire du Maroc a le mérite de contenter des deux côtés de la méditerranée. Une reconnaissance qui donne toute la légitimité au Royaume d’être au coeur de la conférence internationale sur la migration.