Immigration interafricaine : Entre méfiance et xénophobie

Immigration interafricaine : Entre méfiance et xénophobie

Nombreux sont les Africains qui voient d’un mauvais œil les politiques migratoires des pays européens et américains. En effet, ces pays ont vu leurs frontières se rétrécir au fur et à mesure, avec la mise en place de conditions d’accès plus difficiles, donnant l’impression à ces Africains de ne pas être les bienvenus en Occident.

Si dans ce contexte de mondialisation, ils se plaignent d’être plus ou moins exclus de cette « libre circulation des marchandises, des capitaux, des services, des personnes, etc. », sur leur propre continent, l’Afrique, l’immigration n’est pas toujours aussi rose qu’on pourrait le penser. Et ici, les frontières entre les pays ne sont pas que physiques.

Africains mais étrangers ?

L’Afrique, contrairement à l’idée qui tendrait à la présenter comme un tout homogène, est un continent de 54 pays, qui accueille la plus grande partie de immigration africaine, qui est avant tout interne. A l’opposé de celles des pays occidentaux, les frontières de l’Afrique sont généralement « grandement » ouvertes. En quête d’investissements pour soutenir sa croissance, le Continent a misé sur une politique d’ouverture sur le monde, mais aussi d’une libre circulation, de plus en plus effective, entre ses citoyens à travers des suppressions de visas entre de nombreux pays et les États membres de communautés telles que la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CE­MAC), etc.

Cette facilité de circulation a dès lors, encouragé de nouveau, des flux migratoires réguliers entre les pays africains, entamés, pour la plupart, depuis la période post-indépendances. Toutefois, si les politiques migratoires, ou « leur absence » dans certains cas, permettent la mobilité inter-africaine, les autochtones de nombreux pays africains demeurent hostiles et farouchement opposés à la ve­nue d’étrangers sur leurs terres, pour des raisons plus ou moins discutables. Deux cas marquants.


La pauvreté et le chômage

En 2017, l’Afrique du Sud « la nation arc-en-ciel », a choqué le monde avec des manifestations anti-immigrés et des exactions à caractère xénophobe per­pétrées par une partie de la population. De nombreux bâtiments occupés par les étrangers ont été vandalisés et incendiés par les riverains qui exigeaient leur départ immédiat. Leur prétexte, une trop grande présence des étrangers dans leur pays. Cette vague de violences xénophobes durait depuis de nombreuses années.

Le gouvernement de Jacob Zuma avait alors attribué ces événements à la pauvreté, aux inégalités et aux frustrations subies par les populations défavorisées qui se disent envahies par les étrangers. Et alors que le chômage est la raison principale brandie par les anti-immigrés sud-africains, le Centre africain des migrations de l’uni­versité de Witwatersrand de Johannes­burg, a révélé la faiblesse de l’argument évoqué. En effet, selon l’organisme in­dépendant, les travailleurs étrangers ne représentent que 4% du nombre total des travailleurs en Afrique du sud.

De plus, soit ils créent leurs emplois et font travailler des employés locaux, soit ils occupent des sous-emplois délaissés par des Sud-africains. La crise de l’emploi en Afrique du Sud, comme dans bien d’autres pays africains, ne saurait donc justifier ce rejet de l’autre. D’ailleurs, les raisons de la xénophobie en Afrique varient d’un pays à un autre, bien que les motifs de la pauvreté et du chômage soient les plus récurrents.


La politique

En Côte d’Ivoire, la xénophobie et la discrimination ont été identifiées comme des facteurs déterminants dans la grave crise politique qu’a traversée le pays. En effet, certaines communautés étrangères présentes dans le pays, mais plus précisé­ment les Burkinabés, dont le nombre est évalué entre trois et quatre millions d’in­dividus, ont été accusés par certains Ivoi­riens de soutenir la rébellion armée qui a endeuillé le pays, à partir de septembre 2002, et dont le dénouement s’est opéré en 2011, après une crise post-électorale particulièrement sanglante.

Si la diaspo­ra burkinabée de Côte d’Ivoire n’a pas officiellement pris parti pour cette rébellion, le fait que celle-ci ait été abritée et entraînée au Burkina Faso a été l’un des éléments déclencheurs du rejet de cette communauté par une partie des Ivoiriens qui ont souhaité leur expulsion vers leur pays d’origine. Bien que cette volonté n’ait pas été mise à exécution, plusieurs étrangers se sont retrouvés mêlés à la spi­rale de violence qui a ébranlé le pays. Le Burkina Faso et la Côte d’Ivoire ont, de tout temps, entretenu d’excellentes relations. Celles-ci se sont toutefois détério­rées quand les Burkinabés ont été accusés d’ingérence dans la politique ivoirienne.

Les étrangers, éternels boucs émissaires


Qu’il s’agisse d’insécurité, de pau­vreté, de chômage, de l’inégale répar­tition des richesses, ou d’autres maux dont souffrent les sociétés africaines, très souvent, les autochtones orientent leur mécontentement sur la présence des étrangers, allant jusqu’à décharger leurs gouvernants des responsabilités qui leur incombent, au nom d’un nationalisme exacerbé. L’esprit d’ouverture dont font preuve les dirigeants africains, qui comprennent l’importance de l’immi­gration dans l’économie et l’enrichis­sement culturel, ne semble pas avoir gagné la totalité de leurs populations.

Il n’est pas rare de voir des slogans « Nous d’abord » dans de nombreux pays afri­cains, mettant à mal la cohésion sociale. Et dans bien des cas, la cohabitation entre allogène et autochtone se fait sous fond de tension et de méfiance. Toute­fois, ce phénomène n’est pas inhérent à l’Afrique. Mais sur le continent, la migration inter-africaine, avec tous les préjugés qui l’entourent, est aujourd’hui encore, plus tolérée qu’acceptée.