« Les investissements d’aujourd’hui sont les profits de demain et les emplois d’après-demain » dixit Helmut Schmidt

Par Moustapha Belhaj

Selon le rapport «Perspectives éco­nomiques en Afrique », établi en 2012, notamment par la Banque Africaine de Développement (BAD), le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD), la Commis­sion Economique pour l’Afrique (CEA) et l’Organisation de Coopération et de Développement Economiques des pays Industrialisés (OCDE), l’Afrique a la population la plus jeune au monde avec 200 millions d’habitants âgés de 15 à 24 ans, ce chiffre devant doubler d’ici à 2045.

Quant à la Banque mondiale, les jeunes représentent 60 % de l’ensemble des chômeurs africains et en Afrique du Nord, le taux de chômage des jeunes atteint 30 %.

Maroc, un potentiel majeur pour le développement du Continent

La bonne nouvelle vient du Royaume du Maroc, l’un des fondateurs de l’OUA en 1963 qui l’avait quitté en 1984. Et c’est après quelques mois de son retour à l’Union africaine, le 30 jan­vier 2017 dernier, après plus de 30 ans d’absence – en dépit des positions de l’Algérie, l’Afrique du Sud, l’Angola et du Nigeria – que le discours royal solen­nel et triomphal, devant le 28e Sommet de l’Union Africaine à Addis-Abeba, avait été acté et scellé par cette phrase mémorable de Sa Majesté Mohammed VI: «L’Afrique est mon Continent, et ma maison. Je rentre enfin chez moi, et vous retrouve avec bonheur. Vous m’avez tous manqués».

Le Royaume a franchi, aujourd’hui, un autre pas vers la CEDEAO, une des huit communautés économiques régio­nales (CER), fondée en 1975 par le trai­té de Lagos (Nigeria), et qui compte une population de 340.000.000 personnes -soit le 4è rang mondial- et un PIB de 700 milliards de dollars -soit le 18è rang mondial-). Une intégration maro­caine qui renforcera ce groupement, en y apportant 100 milliards de dollars de PIB, de quoi dépasser la Turquie (730 milliards de dollars de PIB).


Le Maroc a ainsi adopté une ap­proche pluridimensionnelle du déve­loppement Sud/Sud, avec l’impératif, dans ce groupement, d’être à l’écoute des revendications de la jeunesse de la région, pour la création d’emplois et l’engagement entier dans la lutte contre le terrorisme.

Le pays a tout le potentiel pour être un acteur majeur dans le développe­ment du continent dans son ensemble, pour trouver des solutions africaines à des problèmes africains. D’autant plus qu’il devient, aujourd’hui, une terre d’accueil, après la régularisation, en 2014, de 30.000 migrants et réfugiés.

L’Algérie, ce voisin irrité

Depuis cet exploit, la presse du ré­gime algérien s’étourdit de voir le Ma­roc parmi les siens, optant pour une approche sud-sud et prédit, en sénile litanie, l’échec de la démarche maro­caine, en cachant mal son embarras devant cette nouvelle situation, -où le Royaume a marqué des points précieux grâce à une diplomatie conquérante- Au point de perdre pied et de multiplier les déclarations décalées avec la réalité.

Cette presse même qui a travesti, ré­cemment, à sa manière et d’un réflexe pavlovien, la déclaration de Marcel Alain de Souza, le Président de la Com­mission de la CEDEAO en manquant ainsi gravement de crédibilité. Sans doute, le Maroc fait si peur à l’Algérie parce que l’Afrique se libère de l’em­prise de cette dernière.


Les voisins voient avec rage un Maroc -sans gaz  ni pétrole- prendre  de l’altitude et offrir aux Africains des projets et non des prêts, des accords et non des discours, une communion et non  des dissolutions,  une politique de partage des connaissances écono­mique, sociale et cultu­relle, gagnant-gagnant.

Les voisins voient avec rage un Maroc -sans gaz ni pétrole- prendre de l’altitude et offrir aux Africains des projets et non des prêts, des accords et non des discours, une communion et non des dissolutions, une politique de partage des connaissances économique, sociale et culturelle, gagnant-gagnant, qui vise le bien-être des populations, au lieu des pressions, moralement et religieusement, condamnables. Par ailleurs, la Tunisie, qui cherche à re­lancer son économie, vient de boucler sa préadhésion au Common Market for Eastern and Southern Africa (Comesa), le marché commun de l’Afrique orien­tale et australe, dont elle deviendra le vingtième membre, en octobre 2017. Elle aura ainsi accès à un marché de 475 millions d’habitants.

Maintenant, faisons le point, une fois notre intégration actée, celle de la Tu­nisie à la COMESA, consignée, et la réintégration probable de la Mauritanie, l’Algérie sera seule et isolée. Ce pays au niveau macroéconomique avec un PIB supérieur à celui des pays comme le Portugal, le Danemark, les Emirats arabes unis ou la Hongrie où 28% de la population vit sous le seuil de la pau­vreté et qui connaît régulièrement de «véritables jacqueries».

Ce pays également si atteint du syn­drome hollandais « Dutch disease » où la dépendance à la rente pétrolière et des choix économiques concentrés sur l’exploitation d’une ressource non renouvelable ont rendu son économie vulnérable, dépendante et volatile, ce qui a généré une économie basée sur la redistribution et non la production. Imparablement, tous les éléments constitutifs du développement humain qui sont en train d’être malmenés et remis en cause dans un pays où la jeu­nesse est affectée indéniablement par un profond et durable malaise, de plus en plus, flagrant et un facteur princi­pal de tension, selon diverses sources d’information, dont celles de la Banque Mondiale et du Fonds monétaire inter­national. Aussi la moyenne du taux de chômage et de sous-emploi– notam­ment des jeunes, se situe entre 30 à 40% – est bien plus élevée que celle de pays économiquement proches.

Dans cette Algérie, les sociologues pointent du doigt l’accusation facile du pouvoir politique, sur la théorie du complot, allant jusqu’à l’usage d’Ouyahia du thème de la «crise im­portée de l’extérieur», rhétorique qui revient en force, exploitant le climat politique et sécuritaire régional, pour freiner les émeutes sociales sporadiques que connaît le pays. En ajoutant que l’Etat est au bord de la faillite et que si ce n’était le recours à la planche à bil­lets, le trésor public n’aurait même pas de quoi payer les fonctionnaires, lors du mois de novembre et de décembre.

Verte de jalousie, pour quand l’Algé­rie va-t-elle entrevoir des perspectives de coopération fructueuse pour faire face aux nombreux défis de la sécuri­té et de développement auxquels sont confrontés les jeunes de la région, au lieu d’hypothéquer le présent et l’avenir de son peuple rien que pour nuire aux intérêts du Maroc?


Sa Majesté le Roi Mohammed VI a déjà regretté, à Addis-Abeba, que la flamme de l’Union du Maghreb Arabe (UMA) se soit éteinte, parce que la foi dans un intérêt commun a disparu. Dommage pour ce train qui s’est arrê­té à Alger où ses perspectives ont été avortées…