Joe Biden Président, demain sera-t-il rose ?

 Par Gabriel BANON

Avec Joe Biden à la Maison Blanche, l’Europe va rapidement retomber dans les bras des États-Unis. Les Européens n’auront pas d’autres alternatives, avec la guerre froide actuelle entre les États-Unis et la Chine. Les Pères fondateurs ont créé la constitution américaine avec l’idée qu’un démagogue pourrait devenir président. Aussi les institutions ont résisté aux événements du 6 janvier dernier avec l’invasion du Capitole par les partisans de Donald Trump.

Trump a commis une grave erreur en essayant de contester les résultats des élections, et rien n’a nui davantage à sa réputation que les événements, aussi chaotiques qu’inattendus, du 6 janvier. L’élan de folie inspiré par la conspiration QAnon est aujourd’hui en train de s’éteindre. Le trumpisme survivra-t-il après le départ de Trump de la Maison Blanche ?

Le véritable fait marquant de cette semaine-là fut le coup de la Big Tech, qui a fait radier le président des États-Unis des réseaux sociaux. On est en face d’une réelle et grave confrontation entre les autorités américaines et la Silicon Valley. Le gouvernement Trump n’avait pas réussi à limiter le pouvoir de ces entreprises. Et c’est aberrant de voir les démocrates applaudir. Comment peut-on accepter que l’accès à internet – la nouvelle place du marché – soit contrôlé par une poignée de milliardaires?

L’extrême polarisation des Américains n’est pas réellement un problème. Les électeurs ont envoyé un signal clair en novembre : ils préfèrent le centre. Ils ont congédié Trump, sans pour autant provoquer une vague bleue. Aussi le résultat net de toutes ces péripéties sera centriste, si les caciques du parti démocrate résistent suffisamment aux pressions de leur gauche. Biden est la personnification du centre au niveau politique.


Pendant son second mandat, le gouvernement Obama avait sérieusement dérapé dans ses relations avec la Chine et le Moyen-Orient. L’administration Trump a amélioré les relations dans ces deux régions. Trump s’est montré plus dur envers la Chine, même si l’introduction de droits de douane n’était peut-être pas la méthode la plus intelligente. Et au Moyen-Orient, il a pris la bonne décision en décidant de quitter l’accord sur le nucléaire iranien et de se concentrer sur un accord entre Israël et les Saoudiens. Il n’en a pas tiré beaucoup de crédit.

Avec l’arrivée de Joe Biden au pouvoir, pouvons-nous nous attendre à retrouver l’ordre mondial qui prévalait avant l’élection de Trump? Le ton et le style seront clairement différents. Mais rien ne changera quant au fond. Sous Obama, les États-Unis se sont montrés trop peu assertifs envers la Chine, et les États-Unis ne peuvent tout simplement pas revenir à la situation ante. L’équipe de Biden l’a d’ailleurs clairement annoncé. La guerre commerciale et la guerre technologique ne s’arrêteront pas du jour au lendemain. Le nouveau gouvernement pourrait même se montrer plus ferme envers la Chine. Anthony Blinken, le nouveau secrétaire d’État, a montré sa désapprobation envers l’arrestation de membres de l’opposition à Hong Kong. Trump ne s’est jamais réellement préoccupé des droits de l’Homme, contrairement aux démocrates. Aussi, allons-nous entendre plus souvent parler de Hong Kong et même du Xinjiang.

En d’autres termes : la deuxième Guerre Froide, qui oppose les États-Unis et la Chine depuis déjà un certain temps, devrait se poursuivre. Les Chinois en sont davantage conscients que les Américains, mais on sort petit à petit de cette période de déni.

Les économies chinoise et américaine étaient comme des sœurs siamoises, mais cette relation ne pouvait perdurer. La Chine en tirait beaucoup plus d’avantages que les États-Unis, et cela ne pouvait se terminer que par une révolte du monde politique américain. Xi Jinping est arrivé à la tête de la Chine et a suivi une stratégie géopolitique de plus en plus ouvertement agressive. C’est l’origine de cette Guerre Froide : l’objectif nullement caché de Xi Jinping est de rivaliser avec les États-Unis, en particulier en Asie du Sud-Est. Au-delà de cette rivalité, c’est le leadership mondial que recherche Pékin.


L’Américain lambda, comme les deux grands partis politiques américains, ont considéré que la Chine constituait une menace idéologique, économique, géopolitique et technologique pour leur pays. Sous Trump, les Américains se sont réveillés et ont pris conscience du fait qu’ils faisaient face à un ennemi. Cela ne devrait pas changer avec Joe Biden. Pendant la première Guerre Froide, cela ne faisait déjà aucune différence que la Maison Blanche soit occupée par un démocrate ou par un républicain.

Comment l’Europe peut-elle résister dans cette situation, à nouveau piégée entre deux superpuissances ? L’époque où l’UE espérait rester neutre tout en conservant de bonnes relations avec la Chine est révolue. A la toute fin de 2020, l’UE et la Chine ont signé un accord important en matière d’investissement, mais avec le temps, on comprendra qu’il s’agit d’un deal de Merkel.

De plus en plus l’opinion politique européenne considère la Chine comme un régime totalitaire, un État au parti unique avec un dictateur marxiste-léniniste, qui ne se préoccupe pas des droits de l’Homme. Certains dénoncent cette situation depuis longtemps déjà, et il est devenu un peu plus difficile aujourd’hui de le nier. Les Européens détestaient Trump et apprécient Biden. Ils fondent beaucoup d’espoir sur le nouveau locataire de la Maison Blanche. En effet, les relations seront plus amicales et les formes diplomatiques vont reprendre. Mais rien n’a changé et ne changera pas sur le fond. Une Europe unie et forte a été et est toujours considérée par Washington comme contraire aux intérêts des États-Unis.

Bruxelles va considérer qu’il n’y a plus aucune raison d’être neutre et qu’il vaut mieux revenir à l’attitude habituelle, être amis avec les États-Unis. Les relations transatlantiques dégradées entre les États-Unis et l’Europe seront-elles rapidement reconstruites ? Apparemment oui.


Sous Biden, elles reviendront vite à la normalité. Mais il ne faut pas s’attendre à des changements fondamentaux. L’Europe ne va pas décider subitement de payer sa part dans le budget de l’OTAN. L’UE fera la même chose que les États-Unis, continuer à faire du commerce avec la Chine. Il suffit de voir ce que Wall Street investit en Chine. Cela peut sembler contradictoire, mais en fin de compte, ce n’est pas tellement difficile à comprendre: Business as usual !

Par contre, en ce qui concerne certains problèmes spécifiques, comme Huawei, les Européens n’auront pas vraiment d’autre choix que de suivre les États-Unis. Personne en Europe n’a envie de faire partie du “surveillance empire” de Xi Jinping. Les personnes qui continuent à défendre Pékin en Europe, constituent un groupe relativement peu structuré, pour le moment. Les écologistes doivent comprendre qu’en matière climatique, le problème se situe en Chine.

Le fossé transatlantique se comblera rapidement, car les problèmes que les Européens considèrent comme importants sont plus proches de ceux du gouvernement Biden que de ceux de l’administration Trump.

Il y a quatre ans, on disait que l’OTAN allait imploser et que Trump allait faire sauter toutes les institutions internationales. Ce ne fut pas le cas. Pendant le mandat de Trump, l’OTAN a particulièrement bien résisté. Certains observateurs pensaient que les relations entre Trump et Poutine auraient des conséquences négatives, mais rien n’est arrivé à part de lourdes sanctions à l’encontre de l’élite russe. Bien entendu, personne ne va regretter le langage peu diplomatique de Trump. On va assister à un retour rapide au schéma traditionnel à savoir les États-Unis amis de l’Europe lorsque la Maison-Blanche est occupée par un démocrate.


Avec Trump, les dissensions ont été extrêmes, mais ce n’était pas différent de l’époque Bush. L’Europe a retrouvé les grâces des États-Unis sous Obama, et cela devrait se reproduire avec Biden. Dans quelques mois, l’Europe perdra son capitaine en la personne d’Angela Merkel.

Macron sera la personnalité dominante après son départ. La question est de savoir s’il est capable de diriger l’Europe. On peut en douter. Le problème avec Macron c’est que quand il parle d’Europe, il pense France, et tout le monde le sait.

Macron depuis un certain temps essaie d’imposer un agenda gaulliste. Il a déclaré que l’OTAN était en état de mort clinique et que si l’EU n’émettait pas d’obligations Covid, c’en serait fini et que les populistes gagneraient. Pour Macron, ce genre de discours tient la route au niveau national, vu qu’il ambitionne de remporter un second mandat.

Avec le départ des Britanniques, la politique européenne va être clairement plus simple, car il n’y aura plus d’opposition forte contre les structures fédérales. Les petits pays réfractaires comme les Pays-Bas, qui ont laissé faire le travail ingrat par le Royaume-Uni, se trouvent aujourd’hui dans la position difficile de devoir eux-mêmes faire le sale boulot. Sans les Britanniques, plus personne n’est là pour s’opposer véritablement à davantage d’intégration.


Les obligations Covid représentent une étape importante vers plus d’intégration fiscale. Mais le problème est qu’en réalité, l’Europe n’a pas d’objectif stratégique commun clair. Les grands pays ont des intérêts contradictoires. C’est pourquoi dans la période post-pandémie, l’Europe ne tirera sa puissance que du fait qu’elle régule les sociétés technologiques. Mais ce n’est pas de la puissance dans le sens où elle ne peut pas agir seule, par exemple pour contrer la Russie. Sans les États-Unis, l’Europe est sans défense. L’Europe ne pourra être une superpuissance qu’en intégrant la Russie, ou pour les puristes, en rejoignant la Fédération de Russie.