AccueilA LA UNEKamal Hachkar : «Notre diversité culturelle est une cure contre l’obscurantisme »
Kamal Hachkar

Kamal Hachkar : «Notre diversité culturelle est une cure contre l’obscurantisme »

« Dans tes yeux, je vois mon Pays » est le nouveau documentaire de Kamal Hachkar, qui sera présenté dans la section “Panorama marocain” à la 18ème édition du Festival International du Film de Marrakech (FIFM), prévue du 29 novembre au 7 décembre. Dans son nouveau film, ce cinéaste invite les jeunes à recréer des ponts avec le pays de leurs ancêtres, en jetant la lumière sur la diversité culturelle du Maroc, à travers l’héritage musical judéo-marocain. Entretien.

MAROC DIPLOMATIQUE : Quel est le message que vous voulez transmettre dans votre dernier documentaire « Dans tes yeux, je vois mon pays » ?

Kamal HACHKAR : Dans mon nouveau film, je m’intéresse à la jeunesse, à travers le portrait de deux artistes, le couple de Neta Elkayam et Amit Haï Cohen, qui réinvestissent leur identité marocaine, par le biais de la musique et la langue, en chantant le patrimoine musical judéo-marocain, pour réparer les blessures de l’exil vécu par leurs parents et défier la fatalité de la grande Histoire qui a séparé nos parents.

L’idée est de s’interroger sur ce qu’on fait, aujourd’hui, pour les jeunes générations qui veulent recréer des ponts entre les jeunes musulmans et juifs par la musique et la culture. C’est aussi une manière de réparer cette histoire brisée et de recréer des liens, dans un monde où il y a des replis communautaires et des guerres dans plusieurs régions. Pourtant, le Maroc a une histoire incroyable autour de cette diversité culturelle.

MD : Est-ce que l’héritage musical judéo-marocain est aussi un moyen pour mettre la lumière sur la diversité culturelle qui existe au Maroc ?

KH : Complètement ! Il s’agit de montrer la richesse de notre patrimoine à travers la musique et c’est ça la beauté du pays.

Je peux dire qu’il y a de plus en plus, une prise de conscience de l’Histoire, les gens commencent à comprendre que ce qu’on leur a enseigné à l’école n’est pas vrai, et que le Maroc n’est pas seulement arabo-musulman, c’est un pays de diversité.  Je trouve que notre diversité culturelle est une cure contre l’obscurantisme et contre les gens qui veulent nous faire croire qu’il y a une seule identité unique !

MD : A travers vos différents films, on s’aperçoit que vous éprouvez un intérêt particulier pour l’histoire de l’exode des juifs marocains vers Israël, qu’est-ce qui vous interpelle dans le rapport entre juifs et musulmans marocains ?

KH : Je suis historien aussi de formation, ce qui veut dire que tout ce qui touche à l’histoire culturelle et politique du Maroc m’intéresse. Le Royaume à travers son histoire a eu ses hauts et ses bas, il n’a pas été tout le temps un fleuve tranquille, quant au rapport entre musulmans et juifs.

Et puis, je suis un enfant d’immigré. Heureusement pour moi que j’avais la chance de pouvoir revenir chaque été, mais ce n’est pas le cas pour d’autres qui ont connu une vraie rupture avec leur enfance, chose que j’essaie de réparer modestement par mon art.

Le choix de ce sujet est aussi lié au contexte international actuel où on assiste à une montée de racisme dans plusieurs pays du monde. En revanche, ce film appelle à la fraternité et à une ouverture sur l’Autre, à travers le chant et la musique parce qu’ils sont universels et n’ont pas de frontières.

MD : Pourquoi le choix d’un documentaire et non pas d’un film ?

KH : Je trouve que le documentaire a une force que la fiction n’a pas, parce qu’il s’agit de vrais personnages et d’un vrai vécu. Prenons le cas, de « Tinghir-Jérusalem : les échos du Mellah », il est rentré dans l’histoire du patrimoine cinématographique, il fait aussi objet d’études, dans les universités aux Etats-Unis et en France.

D’ailleurs, il n’y avait pas de documentaires sur cette thématique déjà. C’est vrai que ce film avait suscité beaucoup de polémique, mais la plupart des gens l’ont adoré et étaient contents de revivre cette phase de l’histoire.

MD : Que représente pour vous votre présence au FIFM ?

KH : Je n’arrive pas totalement à réaliser ce fait ! Cette consécration de 7 années de travail est une chose très émouvante pour moi,  parce que faire une œuvre c’est se découvrir, donner un peu de son âme, de ce qu’on a dans les trips !

C’est un immense honneur de faire la première de mon film dans ce prestigieux festival et d’avoir l’opportunité de montrer ce film aux Marocains en premier.

Pour moi, c’est mon deuxième bébé, c’est un film que j’ai produit grâce au soutien de la Fondation Hassan II, la Fondation Aicha et la Fondation jardin Majorelle.

MD : Un dernier mot à la jeunesse marocaine.

KH : Soyez curieux, soyez ouverts et interrogez vos anciens ! Pour moi, c’est toujours un grand plaisir d’être à côté de ma grand-mère et de discuter avec elle !

Réappropriez-vous votre histoire et ne vous laissez pas embrigader dans des mouvements obscurantistes. Vos parents sont des bibliothèques qui peuvent bien vous raconter la complexité de nos sociétés et c’est le meilleur vaccin contre la haine de l’Autre et le racisme. C’est aussi le message que je continue à faire passer à travers mes films.

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