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La Chine montre la voie

Par Gabriel BANON

Aux confins du désert de Gobi, au lieu-dit Wuwei, le gouvernement populaire de la province du Gansu a annoncé en mai 2021 qu’il testera prochainement un réacteur avec une énergie nucléaire ayant un haut niveau de sûreté, de très faibles émissions de CO2, peu coûteux, et qui n’aura pas besoin d’uranium et d’eau pour être refroidi. Il aura la particularité d’utiliser des sels fondus à la place de l’eau. Pour le développement de ce projet, le gouvernement chinois a investi, depuis dix ans, plus de 535 millions d’euros. La construction du site a commencé le 30 septembre 2018. Le prototype chinois de réacteur au thorium à sel fondu a donc été fini au mois de septembre 2021 et testé dans la foulée, selon une annonce des autorités en charge du projet.

La Chine prévoit la commercialisation des réacteurs nucléaires de série, au thorium, pour début 2030. Si le programme est une réussite, et on n’a aucune raison d’en douter, Pékin aura touché le Graal : l’Empire du Milieu aura mis au point un réacteur nucléaire sûr, plus simple, et moins cher. Les milliardaires américains Warren Buffett et Bill Gates ont de quoi s’inquiéter, car ils sont également engagés dans un projet américain de réacteur à sel fondu, ce qui ne fait que crédibiliser la démarche chinoise.

Les réacteurs au sel fondu ont l’avantage de ne pas comprendre de vapeur à haute pression forcément dangereuse en cas de rupture de canalisation, les rendant plus sûrs et moins chers. Le thorium n’est pas fissile, il faut le transformer en uranium 233 en le bombardant de neutrons pour qu’il devienne un combustible nucléaire. En cas de catastrophes naturelles, de rupture d’approvisionnement en eau ou en électricité, le réacteur s’arrête et refroidit automatiquement, du fait de ses caractéristiques propres. Nous avons là ce que l’on peut appeler : Le risque zéro. Le grand reproche fait aux centrales nucléaires disparaît, car les réacteurs au thorium permettent de brûler et donc de recycler les déchets nucléaires existants.

C’est vraiment la Timbale du nucléaire que la Chine est en train de décrocher. Rappelons que la France a dangereusement laissé de côté la recherche dans cette technologie, qu’elle avait pourtant initiée un temps.

D’ici une dizaine d’années, la France doit commencer à remplacer sur une période assez courte ses centrales nucléaires. Sinon elle se retrouvera en déficit d’électricité, lorsque ses anciennes centrales fermeront. Leur remplacement par des centrales au thorium fabriquées en France, serait une excellente option. Des réacteurs sûrs, moins chers et simples à fabriquer avec un combustible thorium abondant et disponible. Mieux, la France dispose actuellement d’un stock de 8500 tonnes de thorium qui permettent de produire 200 fois la quantité d’électricité consommée en France en 2020. En outre, le thorium est beaucoup plus abondant sur la planète que l’uranium.

Ne plus utiliser d’énergies fossiles dans 20 ans, c’est ne plus dépendre des pays producteurs de pétrole. En plus, cerise sur le gâteau, on n’émettrait plus de CO2.

L’énergie produite par des centrales au Thorium, c’est de l’électricité qui se passe des énergies fossiles. Elle alimentera directement les moteurs électriques ou sera transformée dans des électrolyseurs en hydrogène, l’essence de demain. Elle activera les moteurs à pile à combustible des avions, bateaux, trains et voitures à hydrogène, de dernière génération. Alstom produit déjà un train à hydrogène qui remplace très avantageusement les trains diesel sur les lignes non électrifiées de France.

Le Maroc devrait investir dans cette filière qui le délivrerait de toute dépendance énergétique. Une centrale au thorium est tout à fait dans les possibilités du Maroc d’aujourd’hui.

Produire localement toute l’énergie nécessaire à un pays comme la France ou le Maroc, au lieu de l’importer à coût de dizaines de milliards d’euros, créer des centaines de milliers d’emplois, contrer le dérèglement climatique, offrir un projet enthousiasmant à la jeunesse, c’est devenu un objectif réalisable. Ceci a été rendu possible, grâce à l’avancée réalisée dans ce domaine par la Chine. Qui a dit que la Chine ne rattrapera jamais l’Occident, particulièrement les États-Unis ?

Le régime politique hybride chinois serait-il plus efficace que la démocratie occidentale ?

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