Ouvrage de Hachemi Salhi sur « La conférence des oiseaux expulsés… (d’Algérie) »

Tribune

Par Taoufiq Boudchiche

« Va, perds tout ce que tu as, c’est cela le tout (Djalâl –Adîn Rümi) » cité par l’auteur de l’ouvrage.  

Exil, déchirure, souffrance mémorielle… sont exprimés à profusion en mille et une formules et images dans l’ouvrage intitulé la « conférence des oiseaux expulsés ». C’est le récit tout en prose et poésie des marocains expulsés d’Algérie. L’auteur Hachemi Salhi, sociologue et statisticien, prend sa plume régulièrement, pour expulser par le verbe et la métaphore, un tant soit peu, sa propre douleur et celle des siens expulsés de sa ville natale Oran en Algérie à l’aube d’un jour d’hiver de l’année 1975.

Ce matin là, sa famille s’apprêtait à célébrer  la fête du sacrifice (Aïd El Adha), ignorant tout du destin qu’il leur était réservé.  Brutalement, ce même matin, ce sont en effet, des milliers de familles mixtes séparées, des enfants arrachés à leur père ou leur mère selon la nationalité de l’un ou l’autre…. Pour être expulsés de leur demeure, de leur quartier, de leur ville. Ce sont eux qui sont sacrifiés sur l’autel de la bêtise politique à laquelle nous ont habitués les généraux algériens.  Ils découvrirent alors sidérés jusqu’à ce jour que leur nationalité d’origine, marocaine, en l’occurrence,  pouvait être une source de rejet jusque dans leur pays de naissance et d’adoption, l’Algérie sœur et voisine, qu’ils ont servi loyalement et chérissaient.

Parmi leurs amis algériens de naissance, les réactions étaient diverses mais toutes solidaires. Comme cet enfant qui s’accrochait au bras de son ami pour être embarqué avec lui dans les camions de l’exil. Une scène marquante rappelée à chaque occasion par cette communauté d’exilés dont la souffrance est toujours vivace à ce jour. Elle démontre dans sa symbolique que les peuples désapprouvent spontanément les politiques visant à séparer des peuples frères et voisins, si proches à la fois par la langue,  la religion et un destin géographique commun. Ils sont entraînés, embarqués, dans des camions  et dirigés vers la frontière marocaine d’Oujda par dizaine de milliers.

Elles étaient 45.000 familles marocaines (350.000 personnes) à avoir subi ce funeste sort ce matin là. Heureusement accueillis dignement au Maroc, qui dans des camps de fortune, au sein des espaces disponibles (stades, écoles, hôpitaux, orphelinats…). D’autres, qui par une tante ou par un oncle lointain. Ils se sont ensuite éparpillés pour la majorité d’entre eux à l’image d’oiseaux en quête d’un nouveau destin vers le reste du Royaume, vers l’Europe, vers l’Amérique… Le livre raconte, avec émotion et humanisme, les scènes de déchirure de cette « diaspora », malgré elle, dont plusieurs héros sont encore à ce moment là des enfants.

L’auteur a aimé nous introduire, est-il précisé en avant-propos, dans un  genre littéraire japonais singulier que l’on nomme « uta-monogari » ou « contre poème ». L’ensemble du récit est étayé de dessins réalisés avec talent par Aziza Filali, artiste, ayant formé au dessin et arts plastiques des générations entières d’enfants au lycée Descartes.

L’enfance est en effet présente en permanence dans ce récit qui appelle au devoir de mémoire comme étape thérapeutique vers un semblant de guérison, et certainement vers un jour de vérité, ultérieurement, accrochée à l’espoir encore tenace de la réparation, souhaitent-ils en chœur. Mais l’auteur veut en faire aussi le récit d’un cheminement spirituel inspiré de la conférence des oiseaux de l’auteur soufi Farid Attar. Des oiseaux partis en quête de l’oiseau et maître divin. Au bout du chemin, après plusieurs expériences d’initiation spirituelle, ils découvrirent que le maître est à chercher d’abord en soi, dans le travail de son for intérieur.

Hachemi Salhi, en partageant son expérience personnelle, nous entraîne dans un voyage littéraire, plein de sens et de sensibilité. Par là même, il réchauffe et apaise un tant soit peu, par sa plume,  le cœur de ses compatriotes exilés.  Le devoir de mémoire qu’il s’impose est vécu comme un cheminement intellectuel, humain, spirituel, fraternel… dont les générations futures  sauront, sans doute, s’en emparer pour absoudre de telles absurdités générées par des politiques indignes et de bas étage.

* La rencontre littéraire a été organisée à la galerie Abla Ababou 

 Pour animer cette rencontre littéraire, l’auteur Hachemi Salhi, a fait appel au talent de son ami Monceyf Fadili, bien connu des milieux culturels Rbatis, d’abord, pour son expertise en habitat et urbanisme, mais surtout, pour ses talents, peut-être moins connus de polyglotte et à la culture fine et profonde.

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