La Coopération décentralisée à l’aune de l’agressivité de la « Covid-19 »

villes

Par : Mustapha DALIL :  Professeur vacataire et chercheur en Développement

C’est vrai qu’il n’y a pas de développement durable sans priorisation de la santé. Dans ce contexte, la pandémie « Covid-19», comme ce fut le cas d’autres notamment le Sida, a renouvelé auprès de l’humanité, la prise de conscience d’une solidarité internationale dans le domaine de la santé, en guise d’appréhension des rapports entre la santé d’une part, et les humains, les situations de fragilité et la problématique de développement d’autre part. La Banque mondiale qui est effectivement le principal bailleur de fonds dans le secteur de la santé, note que «la santé est l’une des conditions de base pour la réduction de la pauvreté, la croissance économique et une amélioration globale du bien-être de la population … (tout en garantissant les dépenses nationales de la santé de manière efficiente et efficace)», ce qui a un impact significatif sur l’ensemble de l’économie. Néanmoins, les carences économiques et organisationnelles enregistrées dans les pays du Sud compliquent la mise en place de politiques publiques locales cohérentes, en raison de l’insuffisance d’infrastructures et de professionnels de santé qualifiés, ce qui constitue un véritable handicap à l’organisation des soins dans ces pays. Aussi est-il évident que la réduction des disparités en matière de santé en leur sein, en particulier l’accès équitable aux soins et aux traitements médicaux, nécessite, en premier lieu, une prise de conscience politique. Coronavirus est une pandémie internationale violente qui traverse, sans autorisation, les frontières, toutes natures confondues. Par conséquent, son éradication est devenue l’un des principaux enjeux tant dans les pays du Nord que dans les pays du Sud, eu égard à la conviction inébranlable de tout le monde qu’il ne peut y avoir de développement durable sans politique de santé publique réussie. Cette position centrale que la santé occupe actuellement est le résultat d’une longue série d’internationalisation des politiques publiques de santé, entamée depuis l’apparition de l’épidémie du sida sur l’échiquier international.

Les collectivités territoriales et les villes devant le dilemme de la Covid-19

Il est certain que la Coopération décentralisée/internationale entre les collectivités territoriales et les villes, dans la lutte contre le VIH, la Covid-19 et bien d’autres a fait de l’approche mondiale de la gestion de la pandémie une de ses priorités. D’autant plus que la lutte contre la pandémie du Coronavirus est portée au rang d’une obligation stratégique, à travers l’adoption d’une stratégie à effets et impact positifs, se composant de thèmes spécifiques tels que : l’adoption d’une approche régionale, la compréhension du problème dans son intégralité, l’intégration de partenaires non gouvernementaux et de personnes à tous les niveaux de sa mise en œuvre, le développement de la recherche dans le cadre de véritables partenariats Nord Sud, le renforcement de la structuration des systèmes et services de santé selon une approche globale, intégrée et décentralisée, etc. Les expériences dans ce domaine ne manquent pas et sont prometteuses.                                                             Ainsi, à l’instar des diplomaties économique et politique, ce fut la naissance de  l’internalisation de la ville/collectivité et son entrée en concurrence et en coopération avec des collectivités territoriales internationales, dans le cadre d’un réseautage qui tend à partager des expériences et des connaissances et à bénéficier des fruits de l’effort commun, en particulier, lors d’une urgence apparue à l’improviste telle que la pandémie actuelle du Coronavirus qui sévit dans le monde, sans distinction géographique. C’est avec le flux des informations provenant des différents coins du monde que l’observateur peut, aujourd’hui, mesurer l’ampleur dévastatrice de la pandémie de Covid-19.

Il va sans dire que l’internationalisation de la ville et du territoire est une affaire qui concerne aussi bien les personnes que les institutions, les idées, les choses, les modèles d’architecture, les modes de vie et les arts culinaires, etc. Ainsi, on suppose que la santé est explicitement incluse dans les domaines prioritaires dans lesquels elle s’est manifestée. Et comme le virus s’est propagé dans tous les pays du monde, la surprise absolue y avait régné. C’est une raison de plus, dans un tel contexte, de s’interroger sur la prédisposition de la ville et du territoire à vivre et à partager une épidémie mondiale telle que nous la connaissons aujourd’hui.


En première ligne de la bataille

Dans le même ordre d’idées, du jour au lendemain, les collectivités territoriales et les villes s’apprêtent à jouer un rôle décisif dans un domaine auquel elles ne s’attendaient pas, et pourtant, elles sont en première ligne de la bataille. En soutien à l’État, leurs procédures concernent différents domaines qui s’ajoutent à leurs attributions habituelles : soins aux personnes âgées et handicapées, protection des citoyens en se procurant du matériel médical et produits hors des frontières, transport de patients à l’étranger, promotion internationale de centres de recherche implantés sur le territoire et leur revitalisation, prise en compte de la différence des comportements culturels pendant l’épidémie et les mesures préventives. Le Maroc a un besoin urgent d’une compétence hospitalière diversifiée et à la hauteur des circonstances, des connaissances médicales et cliniques, des techniques modernes d’hospitalisation, de gestion hospitalière et d’assistance médicale, de génie biomédical, qui sont toutes des compétences de base dans les hôpitaux que le Maroc et le reste des pays de l’Afrique, armés de leur volonté, peuvent s’appropri er.

Dès que le confinement a à peine commencé, les collectivités territoriales et les réseaux internationaux auxquels ils appartiennent dans le cadre de la coopération décentralisée, ont eu recours à des échanges de formes de pratiques sur les mesures pandémiques, dans le cadre de l’internationalisation de la ville. Il ne fait aucun doute que l’enjeu de la solidarité avec les partenaires des pays impliqués dans la coopération se développera, même s’il n’a pas encore été clairement démontré dans cette crise. Il est également probable que tous les partenaires auront besoin d’un soutien pour compléter la mission des organisations internationales spécialisées en l’occurrence l’OMS et autres organismes. Ces mesures ont nécessité une mise en œuvre intelligente, en compagnie des acteurs bénévoles, des associations, des institutions publiques et des entreprises … qui se sont mobilisés autour de la collectivité territoriale. À cet égard, en cette période de crise, la lourde responsabilité de leurs présidents est redécouverte. Ils sont en première ligne pour gérer le quotidien des citoyens soutenus à la fois par les élus, les cadres et agents de l’administration communale.

La pandémie de Covid-19 confirme que l’internationalisation de la ville et du territoire est une réalité pleinement présente et vécue, et plus que jamais encore, il est important que les collectivités marocaines, de leur côté, en tiennent compte pour construire des politiques qui enrichissent leur intérêt, anticipent les contraintes qu’elles génèrent et valorisent les bénéfices qui peuvent être tirés car, elles sont au cœur des enjeux internationaux, liés aux évolutions géopolitiques mondiales, aux évolutions urbaines et à l’équilibre des pouvoirs entre les collectivités territoriales elles-mêmes.