La France a besoin du Maroc

Par Jean-François Poli

Les relations entre la France et le Maroc sont anciennes et marquées par une continuité, tant les deux pays ont en commun, par l’histoire, mais également par la proximité géographique de cette partie de Méditerranée qui les baigne tous deux. En témoigne notamment le soutien constant de la France dans l’affaire du Sahara marocain. Aujourd’hui, en ces périodes troublées et alors que le Royaume a réuni les diverses factions libyennes pour trouver une solution à la crise qui ravage ce pays, plus que jamais la France a un besoin impérieux du Maroc, de ce qu’il est, de ce qu’il fait sous l’égide de son Roi, Sa Majesté Mohammed VI.

Un facteur de stabilité

La situation géographique du Royaume, à la confluence entre l’Europe et l’Afrique, lui permettant de jouer un rôle de médiation essentiel à l’harmonie des relations internationales. Sa proximité d’avec la zone sahélo-saharienne, marquée par une grande instabilité en raison de l’implantation de djihadistes qui se livrent à des attaques de type guérilla, lui permet, par la stabilité qu’il offre en contrepoint, d’être un verrou de protection, mais également un acteur d’apaisement, par le statut de Commandeur des Croyants de son Roi, qui réunit ainsi harmonieusement le pouvoir spirituel et le temporel. Il est donc du plus grand intérêt de la France d’œuvrer avec le Royaume pour contribuer à assurer la plus grande harmonie possible dans la zone, ce qui implique une relation de confiance et soutenue.

Aux portes de l’Europe, une action ferme en vue de supprimer, autant que faire se peut, les dangers liés à l’extrémisme de certains mouvements qui se parent d’objectifs religieux, impose un partenariat fort avec le seul pays qui représente un îlot de stabilité dans cette zone. Et cela d’autant plus que la Libye, presque voisine, est toujours dans une situation plutôt chaotique qui impose une solution rapide, pour la sécurité de tous, et notamment de notre pays.


Le Maroc patronne la réconciliation inter-libyenne

Le Maroc a joué et joue toujours un rôle essentiel, ce qui confirme, si besoin était, qu’il est un acteur incontournable d’un point de vue géopolitique, en organisant la réunion de Shkirat, en décembre 2015, laquelle a scellé un accord entre les différentes parties au conflit en vue d’une solution libyenne, hors des interventions inappropriées extérieures.

Plus récemment, sous l’égide et sur l’initiative du président marocain de la Chambre des représentants, Habib el Malki, et dans le but de favoriser une sortie de crise en Libye, s’est rendu à Rabat, le 26 juillet 2020, le président du Haut Conseil d’État libyen (Tripoli) Khaled el Mechri. Le même jour est arrivé le président du Parlement de Tobrouk Aguila Saleh. Des entretiens ont ensuite eu lieu à Rabat, le 27 août 2020, avec la responsable de la mission onusienne en Libye (MANUL), Stéphanie Williams. Il y a quelques jours, du 6 au 10 septembre 2020, s’inscrivant dans le processus mis en place par l’ONU, et dans la continuité de ses actions précédentes, le Maroc a réuni dans la station balnéaire de Bouznika, située entre Rabat et Casablanca, les deux principales factions libyennes (GNA de Tripoli et parlement de Tobrouk) Cette réunion destinée à consolider le cessez-le-feu et relancer un processus politique, a été présidée par le ministre des Affaires étrangères marocain, Nasser Bourita, qui a rappelé que son pays fait montre de « neutralité dans le conflit libyen et de dynamisme pour un règlement consensuel ».

Cette action diplomatique intense du Royaume du Maroc a porté ses fruits puisque, sous son égide et aux termes de leur réunion, le 10 septembre, les délégations du Haut Conseil d’État libyen (Tripoli) et du parlement de Tobrouk ont annoncé, qu’elles sont parvenues à un accord global sur les critères et les mécanismes transparents et objectifs pour occuper les postes de souveraineté. Les deux parties ont également convenu de poursuivre ce dialogue et de reprendre les réunions durant la dernière semaine de ce mois afin d’achever les mesures nécessaires qui garantissent l’application et l’activation de cet accord. Par ailleurs, d’importants compromis ont été obtenus, notamment le principe de tenir des élections, de consolider le cessez-le-feu et relancer le processus politique.

On ne peut que le constater, l’action diplomatique du Maroc ― saluée par l’Union africaine, l’Union européenne, la France, les États-Unis, et de nombreux pays d’Amérique latine ou la Turquie ― est intense et s’inscrit dans la durée, ce qui fait que les dossiers sont suivis sur un temps long propice aux règlements des conflits dans des situations d’extrêmes tensions, où il faut prendre en considération la pluralité des acteurs. Il est clair que, comme le disait le président turc en recevant16 M. Sarraj début septembre, le retour de la paix et de la sérénité en Libye « est dans l’intérêt des pays voisins, de l’Europe et de toute la région ». La France, l’Italie et la plupart des pays européens ont besoin d’un État stable en Libye et d’un interlocuteur fiable pour mettre fin aux flux migratoires sauvages.


Un partenaire essentiel

La Maroc agit encore une fois en État avisé pour contribuer à la disparition de tous les foyers de tension sur la vaste zone africaine, la France, dans la mesure notamment de son engagement par l’opération dite « Barkhane», doit s’inscrire dans cette problématique.

On l’a déjà évoqué, notre monde est marqué par une exacerbation des problématiques religieuses en ce sens qu’elles sont mises en avant, et utilisées, dans un but étranger à leur domaine, à savoir une prise de pouvoir politique indue.

Notre pays est également concerné par ces questions, tant on constate une forte action de certains activistes, qui se disent religieux, contraire aux principes qui nous gouvernent. Pour autant, il convient d’assurer la liberté d’exercice du culte, pour tous ceux qui le désirent, ce qui impose de permettre aux musulmans de vivre leur foi.

La question des imams et prédicateurs se pose nécessairement en raison de leur rôle dans la pratique quotidienne des fidèles et de l’influence notable qui en découle.


La France n’est pas suffisamment armée dans ce domaine et aurait le plus grand intérêt à se tourner vers le Maroc pour disposer de la ressource constituée par l’Institut Mohammed VI de formation des imams de Rabat. Dans cet établissement, voulu par le roi, la formation se fait dans la ligne de l’islam du « juste milieu », à savoir un islam modéré, dans une approche qui se veut fidèle à la Tradition, mais en étant ancrée dans la réalité, donc dans le siècle. C’est l’esprit et l’intelligence qui prévalent sur la lettre du texte. Comme l’indique fort justement Charles Saint-Prot « l’Institut témoigne de l’engagement du roi dans sa mission pour la protection de la foi et au service de la sécurité spirituelle des citoyens, face aux dérives extrémistes et obscurantistes. Cet Institut s’inscrit donc dans une vision ayant pour objet de promouvoir l’islam modéré, notamment en Afrique et auprès des communautés musulmanes en Occident, notamment en Espagne et en France, en Belgique et aux Pays-Bas ».

La France a aujourd’hui plus que jamais besoin de se tourner vers le Maroc comme partenaire pour mettre en place des coopérations intenses, associant l’Institut, pour la formation des imams et prédicateurs français.

Dans la période la plus proche, on soulignera la source d’inspiration que peut constituer pour beaucoup le Maroc, dans son traitement de la « crise sanitaire » du coronavirus. Le Maroc a pris en charge cette difficulté dans une approche globale, tant au plan médical, avec le soin des personnes touchées (le stock d’hydroxychloroquine produit sur place a été immédiatement réquisitionné pour répondre aux besoins de la population), qu’au plan de la relance économique et de la mise en place d’une sécurité sociale pour tous les Marocains.