La leçon royale

sahara

Par Hassan Alaoui

Ce 30 juillet 2020, le Maroc a célébré le XXIe anniversaire de la Fête du Trône, autrement dit vingt-et-un ans de règne de Sa Majesté Mohammed VI. On ne peut mieux illustrer ces vingt et un ans qu’en interrogeant l’Histoire et cette relative longue durée d’une présence façonnée, dessinée, pétrie, et gérée par un Roi qui est au cœur d’une épopée collective et populaire – et le mot n’est pas fort – dont le moins que l’on puisse dire est qu’elle est originale. Ce XXIe anniversaire incarne une date exceptionnelle parce qu’elle survient au cœur de plusieurs défis, dont celui de la Covid-19 n’est pas le moindre.

Aussi, le discours du Trône qu’il a prononcé à Tétouan porte-t-il la marque d’une prise de conscience aigüe de la nouvelle réalité, celle d’une pandémie qui a pris de court tout le monde, de la base jusqu’au sommet de l’État et qui, sans doute, aura ce mérite de révéler un autre Maroc. Dans son discours, le Souverain s’est employé à une analyse implacable du nouveau contexte, surgi en mars dernier, qui a ensuite conduit à un confinement de quatre mois, freiné d’abord, paralysé ensuite l’économie et mis à mal un tissu productif menacé de récession s’il n’y est pas apporté des solutions à terme.

Cette pandémie à caractère mondial, si elle est plus ou moins maîtrisée au Maroc, constitue en revanche le premier défi à relever pour l’immédiat. Notre pays demeure exemplaire en termes de gestion de la pandémie, quand bien même l’évolution au cours de ces dernières semaines aura peu ou prou entamé cette image louée de partout, d’un pays qui a su juguler avec détermination la montée agressive de la Covid-19 et fournir l’exemple de résilience voire de son anéantissement. Au premier rang d’une lutte sans merci, le Roi Mohammed VI a pris à cœur ce combat, y mettant toute son énergie, sa volonté implacable et mobilisant derrière lui le peuple et les instances nationales. L’Histoire, avec ce qu’elle implique comme grandeur et symbolique, dira le poids et la présence en première ligne du Roi Mohammed VI dans cette entreprise de sauvegarde de notre santé collective, et de nos valeurs.


Le citoyen marocain est au cœur des préoccupations, la cohésion nationale et la souveraineté faisant, quant à elles, l’objet d’une admirable solidarité.

La pandémie de la Covid-19 a révélé à la fois la fragilité et la force du Maroc. Mais la réactivité du Roi lui a opposé cette ferme riposte qu’il n’est pas de fatalité dans l’histoire de notre pays. De la même manière que les autres crises ont été surmontées, celle de la Covid-19 a été attaquée de front, le Souverain étant en première ligne, un « chef de guerre », avons-nous déjà dit. Aussi, sommes-nous en droit de revendiquer le privilège de bénéficier de sa sollicitude personnelle et d’être en phase complète avec ses préoccupations. Ce n’est pas seulement une particularité du règne que la pandémie nous a révélée, c’est aussi une méthodologie de crise que nous apprenons à connaître. Car il s’agit-là de l’une des plus graves crises que notre pays a connues et qu’il assume dans son histoire et sa mémoire. La création d’un Fonds spécial totalisant pas moins de 33 milliards de dirhams a ouvert la voie à plusieurs contributions que le Roi a saluées dans son discours. Ce montant est conforté par la mise en place d’un autre fonds de 120 milliards de dirhams qui, c’est le moins que l’on puisse dire, porte à conséquence. Il concrétise ce qu’on appelle un Plan de relance anticipatif qui positionne le Royaume sur une échelle mondiale, au même titre que des pays européens, voire les États-Unis et autres. C’est peu dire que la vision royale est stratégique, ne ménage aucun effort pour offrir à notre économique les meilleurs atouts de résilience et une protection efficace à la santé de nos concitoyens.

Si loin que porte notre regard, jamais le Maroc n’a vécu une si grave pandémie, mais en revanche jamais il n’aura été aussi fortifié pour y faire face. La théorie des chiffres – qui montent et descendent ou plutôt le contraire chez nous – ne détermine nullement l’évolution d’une pandémie, comme d’aucuns s’y exercent à loisir. Elle caractérise le modus operandi mis en place dès les tout premiers signes avec vigueur et la résolution d’en découdre illico presto. Le Roi a immédiatement pris en main les choses, convoquant plusieurs réunions avec les différents hauts responsables, leur traçant une feuille de route dont le trait majeur est une exigence de rigueur, un engagement sans faille et, élément central s’il en est, cette priorité de l’approche humaine. Le confinement imposé dans la première période – entre le 16 mars et la deuxième moitié du mois de juin – a donné ses preuves et fourni une magistrale leçon de pédagogie sanitaire et humaine au monde entier. On s’accordera pour dire que le relâchement, conséquence du déconfinement quasi improvisé, a renversé la vapeur d’une tendance que l’on disait proche du degré zéro pandémique. La théorie initiale de préservation de l’homme eu égard à la priorité économique en a pris un sacré coup, d’autant plus que certains responsables et non des moindres qui ont appelé à la relance de l’économie au détriment de la santé de l’Homme ont tout simplement pêché par erreur. Oui, naturellement, au « déconfinement » ; mais à quel prix, avec quelle pédagogie et quelle préparation ?

Les forces de sécurité, la police, les forces auxiliaires, les agents d’autorité, les gendarmes et autres qui ont passé plus de quatre mois en battant le pavé pour nous garantir une sécurité essentielle, se sont brisés les talons et sont lessivés désormais pour ne pas en concevoir de l’amertume à refaire face à une autre vague. L’hommage que le Roi leur a rendu mercredi soir est d’autant plus significatif qu’il vise à la fois la « famille » qu’ils constituent et chaque individu intuitu personae

« Ce n’est pas de gaieté de cœur, a affirmé le Souverain, que nous avons choisi d’adopter une combinaison de résolutions difficiles, voire rudes, parfois. Nous avons été guidés en cela par une double priorité :


protéger les citoyens et agir dans l’intérieur supérieur de la Nation (…) Nous mesurons l’ampleur de la crise et ses fâcheuses retombées sanitaires, mais aussi économiques et sociales… ». De tels propos sonnent comme des entrelacs, une démonstration structurale des événements que le Maroc a vécus dans la douleur sourde, mais avec une dignité à toute épreuve. Le citoyen marocain est au cœur des préoccupations, la cohésion nationale et la souveraineté faisant quant à elles l’objet d’une admirable solidarité. D’où le ton mobilisateur d’un discours que l’on qualifierait de fondateur et qui ne sacrifie nullement à la langue de bois, à la rhétorique et autre dogme. Un discours fraternel comme le suggère cette photo du regroupant le Souverain, le Prince Héritier et le Prince Moulay Rachid, compagnons de tous les moments décisifs.

Une interpellation au travail, et au-delà une leçon royale, tel se présente en définitive le discours du Trône.

Hassan Alaoui est le Directeur de la publication de « Maroc diplomatique » , il a dirigé pendant de longues années la rédaction du quotidien « Maroc Soir » et du « Matin » . Il a été aussi éditorialiste des mêmes titres. Il a collaboré à plusieurs autres titres de presse. Auteur du livre « Guerre secrète au Sahara occidental », il suit et analyse pour nous l’actualité politique, nationale, régionale et internationale.