La Marche verte : le continuum d’une vérité historique

Dossier réalisé par Souad Mekkaoui

6 novembre n’est pas une simple date dont les Marocains se re­mémorent, chaque année, mais c’est une commémoration d’un événement unique en son genre, qui constitue l’une des étapes d’un combat national mené par les Marocains pour recouvrer leur indépendance et parachever l’intégrité territoriale du pays, in fine, une mémoire collective fière. Ce fait historique impressionnant qu’est la Marche verte fait, depuis 44 ans, partie de l’identité d’un peuple, que les générations qui se succèdent depuis 1975, se doivent de transmettre les unes aux autres.Le Devoir de mémoire s’impose pour rappeler qu’il y a 44 ans, les Marocains se sont unis pour la même cause et ont marché au même pas vers la paix. Tous les coeurs ont palpité pour crier à l’unisson leur patriotisme et leur solidarité. D’une même voix, ils ont écrit un chapitre incontournable de l’Histoire du Maroc qui se veut indivisible. Et depuis, la Marche verte fait partie intégrante de l’identité d’un peuple pour renouveler un pacte d’union et rappeler que l’intégrité territoriale est une réalité historique pour un peuple dévoué.

M’hamed el Ghizlane, début d’un pacte indéfectible

L’Histoire retient, pour l’éternité, qu’après son retour d’exil, deux ans après la proclama­tion de l’indépendance du pays, plus exactement le 25 février 1958, -bien avant l’indépendance de l’Algérie en 1962-, feu le Roi Mohammed V, en visite à M’hamed el Ghizlane, avait af­firmé de façon catégorique et solennelle de­vant les chioukhs et les représentants des tribus sahraouies venus lui faire allégeance, que l’in­tégrité territoriale est une urgence : «Nous pro­clamons solennellement que nous poursuivrons notre action pour le retour de notre Sahara dans le cadre du respect de nos droits historiques et selon la volonté de ses habitants». Une réalité criée haut et fort par le Sultan et que nul ne pou­vait contester alors que l’Algérie était encore un département français : la marocanité du Sahara. Le Royaume était plus que jamais déterminé à recouvrer ses provinces du Sud et de parache­ver l’intégrité territoriale du pays, animé en cela par les liens séculaires ayant toujours uni les po­pulations des provinces du Sud aux Souverains marocains. Ainsi, De M’hamed el Ghizlane, le père de la Nation signait une étape saillante dans le processus de parachèvement de l’intégrité ter­ritoriale de notre pays et mettait en exergue l’at­tachement indéfectible des provinces du Sud à la monarchie et l’engagement de tout un peuple à ne céder aucune parcelle de sa terre. Tout cela était bien avant que la question du Sahara ne soit consignée aux Nations unies en 1963.

Mise en scène artificielle d’un conflit

Depuis, le dossier du Sahara qui a donné un autre tournant aux relations maroco-algériennes anime l’animosité de l’Algérie qui ne cesse d’afficher son anti-marocanisme. C’est à croire que les dirigeants algériens se sont transmis leur obsession à l’en­contre d’un ennemi qu’il faut mettre à plat quels que soient les moyens utilisés, à commencer par la propagande antimarocaine, appuyée par les cadres militaires et politico-médiatiques algériens. C’est donc un lourd passif historique qui fait que les re­lations entre les deux pays ne peuvent être autres que tumultueuses. Remonter loin dans le temps jusqu’à la colonisation de l’Algérie, ressortirait, incontestablement, le nom de Moulay Abderrah­mane, Sultan du Maroc à l’époque. Celui-ci avait prêté main forte au père de la résistance algérienne, l’Emir Abdelkader, face au colon. Le Maroc s’était engagé alors dans la bataille d’Isly (le 14 août 1844) qui lui a valu la vie de huit cents hommes, en plus d’un tracé des frontières imposé par la France. Par le traité de paix qui lui était imposé, le Sultan devait reconnaître la présence française en Algé­rie et s’engager, par conséquent, à ne plus soutenir l’Emir Abdelkader qui avait fini par se rendre aux Français. De ce fait, l’affaiblissement du pays avait conduit à la perte de Tétouan en 1860, au profit de l’Espagne et, un peu plus tard, à la partition du Maroc entre la France et l’Espagne. En l’an 1884, celle-ci prend pied au Sahara puisque le territoire se trouve à 150 km à peine des Iles Canaries sous administration espagnole, d’autant plus que le Sahara marocain regorge de ressources naturelles et longe une côte maritime riche en ressources ha­lieutiques.


Le Maroc réclame ses terres

Prônant la paix, le Maroc, nouvellement indé­pendant, récupère Tan Tan et Tarfaya, en 1958 puis Sidi Ifni, en 1969. Entre le Maroc et l’Es­pagne, les négociations se poursuivent.

Et c’est à la demande du Maroc que le dossier du Sahara est déposé, en 1963, parmi les territoires à décoloniser. En 1975, la Cour internationale de Justice prononce son avis en faveur du Maroc et c’est alors que Feu Sa Majesté le Roi Hassan II a conçu, avec sagacité, l’idée de la Marche Verte pour le recouvrement de nos provinces du Sud.

Les accords tripartites de Madrid, du 14 no­vembre 1975, consacrent le retrait des Espa­gnols et le partage du Sahara entre le Maroc et la Mauritanie sauf que celle-ci préfère se retirer en 1979, en faveur du Maroc, au lieu de faire face au polisario, ce groupe politique séparatiste créé par l’Algérie. Le Royaume récupère son Sahara.

Face aux revendications marocaines sur une partie historique du Sahara marocain, occupé par l’Algérie, cette dernière organise et sou­tient, tous azimuts, un mouvement séparatiste et sécessionniste. C’était suite à une manifes­tation, à Tan Tan, où des étudiants de la faculté de droit de Rabat, d’origine sahraouie, mili­taient pour le retrait des Espagnols qu’Alger s’était mise de leur côté en les prenant sous son aile. Ce groupe n’était autre que le polisario qui allait donc naître sur le territoire algérien. L’Algérie, dans sa folle quête d’une ouverture sur l’Atlantique, en fait son outil armé pour mettre la pression sur le Maroc. Faisant dans la provocation, l’Algérie lâche des raids du poli­sario dans le Sahara entraînant la guerre entre le Maroc et ce groupe séparatiste, financé et armé jusqu’aux dents, par l’Algérie et la Li­bye.

En février 1976, le polisario proclame la prétendue «République arabe sahraouie dé­mocratique» (rasd), depuis Tindouf. L’Algérie s’affaire alors afin d’amener d’autres pays à la reconnaître. Privilégiant la voie pacifique, le Maroc propose, en avril 2007, le plan d’auto­nomie comme solution pour assurer d’un côté, les droits de l’Etat à l’intégrité territoriale et de l’autre, les droits de la population à disposer d’elle-même. Ce qui a mis en échec tous les plans colonialistes qui recouraient tantôt à des manoeuvres de séduction, tantôt à la menace et à la confrontation violente.


Guerre des Sables

Contre toute attente, une fois l’indépendance déclarée en 1962, les autorités algériennes avaient fait fi de tout consensus et refusé de ré­trocéder les territoires du Sahara, en avançant comme argument le principe de «l’intangibili­té des frontières héritées de la colonisation». La guerre des Sables a fini par éclater entre les deux pays. «Peu de temps après l’indépen­dance de l’Algérie, le climat s’envenime entre les deux pays à propos de la délimitation de leurs frontières. L’armée algérienne attaque, le Maroc riposte», écrivait Claude Krief, journaliste français. Ainsi, le 8 octobre 1963, c’était Alger qui avait déclenché le mécanisme des hostilités. L’armée nationale populaire at­taque les Forces armées royales à Hassi Bei­da. Les combats auront duré presqu’un mois et se seront soldés par de lourdes conséquences pour les deux pays.

Après sa défaite lors de la guerre des Sables, l’Algérie qui se sentait offensée par le Maroc, était assoiffée de vengeance. La deuxième fois qu’Algériens et Marocains s’étaient affrontés, directement, ce fut, lors de la bataille d’Amga­la, en 1976, deux mois après la Marche verte. Contrainte de se retirer de la zone, le 29 jan­vier, l’armée algérienne laissera derrière elle une centaine de morts et 200 prisonniers entre les mains des Forces armées royales. Néan­moins, le Roi Hassan II libérera tous les pri­sonniers, dans un geste de noblesse, sans chan­tage aucun, avec le seul dessein de préserver le bon voisinage. Et c’est dans ce sens que juste après la bataille d’Amgala, il écrivait au pré­sident Boumediene: «Je vous adjure d’éviter au Maroc et à l’Algérie un autre drame. Je vous demande aussi de faire en sorte, soit par une guerre loyalement et ouvertement décla­rée, soit par une paix internationale garantie, que dorénavant, on ne dise plus chez moi, dans mon pays, parmi mon peuple, Algérie=Incons­tance».

 Accord et trahison

De larges portions du territoire marocain avaient été annexées par la France à sa colonie algérienne, entre 1900 et 1901. A l’indépen­dance du Maroc, on lui avait proposé de lui restituer ses terres à condi­tion de refuser l’abri aux combattants du FLN. Chantage que feu le Roi Mohammed V avait rejeté d’un bloc. Et c’est le 6 juillet 1961, que Feu le Roi Hassan II arrive à un accord avec le chef du gouvernement provi­soire de la République algérienne Ferhat Abbas (GPRA). D’ailleurs, les habitants de Tindouf avaient bien mentionné sur leur bulletin lors du référendum: «Oui à l’indépendance, mais nous sommes marocains! ».

Pour rappel, dans le texte de l’Accord devant permettre la délimitation des frontières, il est dit que: « Le Gouvernement de sa Majesté le Roi du Maroc, réaffirme son soutien inconditionnel au peuple algérien, dans sa lutte pour l’indépendance et son unité nationales. Il proclame son appui sans réserve au Gouvernement provisoire de la République algérienne dans ses négociations avec la France, sur la base du respect de l’intégrité du territoire Algérien. Le Gouvernement de Sa Majesté le Roi du Maroc s’opposera, par tous les moyens, à toute tentative de partage du territoire algérien. Le Gouvernement provisoire de la République algérienne re­connaît, pour sa part, que le problème territorial posé par la délimitation imposée, arbitrairement, par la France entre les deux pays, trouvera sa solution dans des négociations entre le Gouvernement du Maroc et celui du gouvernement de l’Algérie indépendante».

A cette fin, les deux gouvernements décident de la création d’une com­mission algéro-marocaine qui se réunira, dans les meilleurs délais, pour procéder à l’étude et à la solution de ce problème dans un esprit de fra­ternité et d’unité maghrébine. De ce fait, le Gouvernement provisoire de la république algérienne réaffirme que « les accords, qui pourront in­tervenir à la suite des négociations Franco-Algériennes, ne sauraient être opposables au Maroc, quant aux délimitations territoriales algéro-maro­caines». Par ailleurs, dans ses Mémoires, Feu Hassan II écrivait qu’Ah­med Ben Bella confirmait cette convention, à l’occasion d’une visite du Roi à Alger, en mars 1963 : « Je demande à votre Majesté de me laisser le temps de mettre en place, en Algérie, les nouvelles institutions. Lorsque, en septembre ou octobre, cela sera fait, alors nous ouvrirons ensemble le dossier des frontières. Il va sans dire que l’Algérie indépendante ne saurait être l’héritière de la France en ce qui concerne les frontières al­gériennes 147».

Toutefois, une fois au pouvoir, Ben Bella fera fi de son engagement. Le coup de grâce est que Boumediene, soutenu par Bouteflika, alors mi­nistre des affaires étrangères, déclenche «Une marche noire» en riposte à la Marche Verte. Ainsi, le 8 décembre 1975, jour de l’Aïd Al Adha, les autorités algériennes expulsent d’Algérie des centaines de milliers de familles marocaines séparées des leurs et dépossédées des biens qu’elles ont accumulés, durant des années de labeur

 

 Des discours dans le continuum de l’Histoire

Force est de constater que si le discours his­torique de feu SM le Roi Mohammed V à M’hamed el Ghizlane, en 1958, montre que le Maroc était le premier à poser la question du Sahara devant les Nations unies et cela même avant que l’Algérie ne recouvre son indépen­dance, en appelant à la Marche Verte, feu Hassan II a donné la preuve tangible, à toute la Terre, des liens sacrés et immuables d’al­légeance entre le peuple et le trône et de la légitimité des revendications des Marocains quant à l’intégrité territoriale.

Et c’est dans un esprit de conti­nuité que Sa Majesté le Roi Mo­hammed VI, dès son accession au trône, oeuvre, avec le même sens d’engagement, pour assurer à la population de ces provinces les conditions d’une vie libre et digne, tout en favorisant son développement.

Marchant donc sur les traces de son grand-père et de son père, Sa Majesté le Roi Mohammed VI fait du Sahara marocain la première cause nationale et «une question de vie ou de mort» pour les Marocains. C’est pourquoi ceux-ci seront catégoriques face à toutes les tentatives visant à porter atteinte aux droits légitimes du Maroc et à ses intérêts suprêmes. En effet, et en guise de réponse ferme, claire et catégorique aux ennemis de l’intégrité territoriale, le Souverain, a souligné dans son discours royal, à l’occasion de la commémoration du 42ème anni­versaire de la Marche verte, qui intervenait à quelques semaines de la célébration du soixan­tième anniversaire du discours de feu Mo­hammed V à M’Hamed el Ghizlane qu’avec la Marche verte, cet événement constitue un moment fondateur qui «symbolise le pacte indéfectible d’unité nationale, scellé entre le Trône et le Peuple, pacte dont la clé de voûte est le Sahara marocain. » et de poursuivre : «Replacée dans le contexte de l’époque, cette déclaration est sans ambiguïté, et nul ne peut remettre en cause son bien-fondé. Plus qu’un engagement, elle est l’expression d’une alliance pérenne entre le Trône et le Peuple. » et de continuer : «Le Sahara restera maro­cain jusqu’à la fin des temps et les sacrifices qu’il sera nécessaire de consentir pour qu’il en soit ainsi importent peu». Aussi les dirigeants algériens doivent-ils être conscients que le peuple marocain ne renoncera jamais à son Sahara.

Par ailleurs, à ceux qui ne trouvent meil­leur alibi pour l’attachement du Royaume au Sahara qu’une présumée exploitation de ses ressources naturelles, le Roi rappelle toujours l’attachement indéfectible du Maroc à ses droits historiques et politiques dans ses provinces du Sud et son engagement à y poursuivre davantage le processus de dé­veloppement. Et pour ce faire, de grands chantiers sont ou­verts dans divers secteurs, dans le cadre de la régionalisation avancée. De facto, le Maroc ne peut concevoir une résolution du conflit artificiel autour du Sahara marocain en dehors de la souveraineté pleine et entière du Maroc, des références du Conseil de sécurité de l’ONU et de l’initiative d’autonomie, qualifiée par la communauté in­ternationale de sérieuse, réaliste et crédible, prenant en compte les responsabilités du Royaume dans la consécration de la paix et de la sécurité internationales, et de la gestion des conflits de manière pacifique.

 

 Quand le Roi Mohammed VI tend la main à l’Algérie

A l’occasion de la célébration du 43e anniversaire de la Marche verte, Sa Majesté le Roi Mohammed VI tend

à nouveau la main au pouvoir al­gérien l’invitant à ouvrir une nouvelle page pour essuyer les tensions qui ont trop duré et permettre d’asseoir les fondements d’une réelle intégration maghrébine.

« C’est donc, en toute clarté et en toute responsabilité que je déclare au­jourd’hui la disposition du Maroc au dialogue direct et franc avec l’Algérie soeur, afin que soient dépassés les différends conjoncturels et objectifs qui entravent le développement de nos relations ». Pour ce faire, le Souverain a proposé la création d’un « mécanisme conjoint de dialogue et de concerta­tion » en précisant que « le niveau de représentation au sein de cette struc­ture, son format, sa nature sont à convenir d’un commun accord ». « Le Maroc est ouvert à d’éventuelles propositions et initiatives émanant de l’Al­gérie pour désamorcer le blocage dans lequel se trouvent les relations entre les deux pays voisins frères » ajoute le Souverain en indiquant que le projet de ce cadre de dialogue « devra s’engager à examiner toutes les questions bilatérales, avec franchise, objectivité, sincérité et bonne foi, sans conditions ni exceptions, selon un agenda ouvert »

 

Souad Mekkaoui est la Directrice de la Rédaction de « Maroc diplomatique ». Une passion pour l’écriture et un irrésistible désir de communiquer. Auparavant professeur de langue française, écrivaine et aujourd’hui journaliste en charge de « Maroc diplomatique » dans ses versions écrite et numérique, Souad Mekkaoui, auteure de Plus forte que la souffrance et Femmes au purgatoire, elle est aussi une femme engagée avec sa plume contre les abus de tous genres, sociétaux et moraux. Son style s’inspire de l’impertinence, il nous livre en revanche une vision pertinente des choses, il questionne…