La vision de SM le Roi pour l’Afrique constitue une rupture décisive avec les schémas classiques de coopération

Mohcine Jazouli

La vision de SM le Roi Mohammed VI pour l’Afrique constitue une rupture décisive avec les schémas classiques de coopération et inaugure un partenariat qui s’affranchit des pratiques de conditionnalité et qui est axé sur la création de valeurs communes et centré sur les notions de co-développement et de développement humain durable, a souligné, mardi à Bruxelles, Mohcine Jazouli, ministre délégué chargé de la Coopération africaine.

Intervenant dans le cadre de la première réunion ministérielle Union Africaine–Union Européenne, M. Jazouli a expliqué que cette approche proactive et pragmatique s’articule autour du triptyque : la promotion de la paix et de la sécurité, l’impératif de croissance partagée et le devoir de solidarité.

Soulignant le contexte régional et international particulier de cette réunion, marqué notamment par des tensions aiguës et de nombreux défis, le ministre a fait remarquer que les thématiques qui y seront examinées sont au centre des préoccupations du Maroc, notant que les notions de sécurité et de développement sont indivisibles et elles nécessitent une réponse concertée et cohérente.

Cette approche holistique, a-t-il indiqué, est au cœur de la stratégie du Royaume.

M. Jazouli a, par ailleurs, souligné que l’engagement du Maroc dans de nombreuses opérations de maintien de la paix ou encore dans des médiations en Afrique, «constitue autant d’actions visant la consolidation de la sécurité sur le continent, ainsi que la pacification de notre espace commun, et ce, dans le respect total de la souveraineté, de l’unité nationale, et de l’intégrité territoriale de nos pays respectifs».


Conscient des conséquences dramatiques induites par le terrorisme et le radicalisme, le Maroc, a-t-il rappelé, a également développé, très tôt, une stratégie multidimensionnelle, intégrée et proactive, visant à lutter contre le terrorisme sous ses diverses formes, en agissant sur ses causes profondes et non pas en se limitant uniquement à en traiter les symptômes apparents, mettant en avant, dans ce contexte, l’approche inclusive et des initiatives novatrices portée par la vision du Souverain qui promeut le dialogue, la tolérance et la modération.

Le ministre a évoqué, à cet égard, l’expérience de l’Institut Mohammed VI de formation des Imams, qui a pour mission la prévention et l’éducation et dont bénéficie aujourd’hui de nombreux pays frères et amis des deux côtés de la Méditerranée.

Partant de cette expertise, a ajouté le ministre, le Maroc estime qu’il ne saurait y avoir de développement sans sécurité humaine et, réciproquement, il ne saurait y avoir de sécurité et de paix durables sans développement socio-économique, appelant à «aller au-delà de nos zones de confort et ainsi au-delà des relations historiques qui nous lient ».

M. Jazouli a plaidé à cet effet en faveur d'”une vision collective et cohérente de l’avenir pour embrasser les problématiques dans leur globalité, à travers des partenariats efficaces et innovants», notant que l’Europe a besoin de l’Afrique, comme l’Afrique a besoin de l’Europe.


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Il a également appelé, à l’heure ou le multilatéralisme est malmené et face aux menaces communes, à créer des synergies entre les différents acteurs pour une meilleure complémentarité, rappelant que l’Afrique a toutes les richesses nécessaires pour devenir le vivier de la croissance mondiale.

En 2050, a-t-il précisé, le continent africain comptera 2,5 milliards d’habitants dont plus d’un milliard de jeunes, faisant remarquer que “là où certains y voient une menace, pour notre part nous sommes persuadés qu’il s’agit d’une réelle opportunité, pour peu qu’on sache la transformer ».

Le ministre a également relevé qu’au rythme actuel de la croissance de la population active, l’Afrique devra créer chaque année près de 12 millions de nouveaux emplois uniquement pour enrayer l’augmentation du chômage et encore plus, pour réduire ce chômage et contenir le phénomène des migrations économiques de masse, soulignant à cet égard que cette migration, source d’inquiétudes pour certains et souvent considérée comme un danger par d’autres, constitue, quand elle est légale, une aubaine et un formidable levier de co-développement, à l’heure où de nombreuses régions pâtissent d’un manque de vigueur démographique.


Il a souligné dans ce contexte que l’Union Européenne a un rôle indéniable à jouer dans “la transformation de cette vigueur démographique en un vecteur d’opportunités, porteur d’innovation et créateur de valeurs”.

Pour ce faire, a affirmé M. Jazouli, «il nous faudra travailler ensemble, africains et européens, afin de créer des emplois de qualité et offrir ainsi des débouchés et des conditions propices pour libérer les forces vives du continent, notamment en encourageant les investissements publics et privés et en renforçant l’intégration économique régionale et continentale».

Il a néanmoins relevé que « pour importantes qu’elles soient, ces mesures ne sauraient à elles seules créer les conditions idoines à des emplois durables», précisant que «la plus importante des mesures, n’est autre que l’investissement dans l’éducation et la formation, des filles notamment, afin de proposer à cette jeunesse des cursus de qualité, et aux entreprises, des profils adaptés ».

Et le ministre d’ajouter que pour «le Maroc, trait d’union entre l’Europe et l’Afrique et acteur d’une longue coopération entre nos deux continents, cette nécessité d’une croissance partagée découle de la conviction que tout développement ne peut être effectif que s’il est collectif ».


La réunion ministérielle UE-UA a été coprésidée par la haute représentante de l’Union européenne pour les Affaires étrangères et la politique de sécurité, Federica Mogherini et le ministre des Affaires étrangères du Rwanda, Richard Sezibera.

Elle a été axée sur trois grands thèmes, à savoir les aspects politiques liés à la paix, la sécurité et la gouvernance, les aspects économiques couvrant le commerce, les investissements et l’intégration économique et le multilatéralisme.

Les discussions ont également porté sur la mise en œuvre des conclusions du 5e sommet UA-UE qui s’est déroulé les 29 et 30 novembre 2017 à Abidjan et qui a constitué une étape importante de l’évolution vers un partenariat encore plus étroit, mutuellement bénéfique et mieux adapté à un contexte mondial en évolution rapide.