L’Algérie ou la haine en héritage des généraux (2)

Par Souad MEKKAOUI

Prônant la paix, le Maroc, nouvellement indépendant, récupère Tan Tan et Tarfaya, en 1958 puis Sidi Ifni, en 1969. Entre le Maroc et l’Espagne, les négociations se poursuivent. Et c’est à la demande du Maroc que le dossier du Sahara est déposé, en 1963, parmi les territoires à décoloniser. En 1975, la Cour internationale de Justice prononce son avis en faveur du Maroc qui entame alors la Marche verte.

Le Maroc et le recouvrement de ses terres

Les Accords tripartites de Madrid, du 14 novembre 1975, consacrent le retrait des Espagnols et le partage du Sahara entre le Maroc et la Mauritanie sauf que celle-ci préfère se retirer en 1979, en faveur du Maroc, au lieu de faire face au polisario, ce groupe politique séparatiste créé par l’Algérie. Le Royaume récupère son Sahara. Face aux revendications marocaines sur une partie historique du Sahara marocain, occupé par l’Algérie, cette dernière organise et soutient, tous azimuts, un mouvement séparatiste et sécessionniste. C’était suite à une manifestation, à Tan Tan, où des étudiants de la faculté de droit de Rabat, d’origine sahraouie, militaient pour le retrait des Espagnols qu’Alger s’était mise de leur côté en les prenant sous son aile. Ce groupe n’était autre que le polisario qui allait donc naître sur le territoire algérien. L’Algérie, dans sa folle quête d’une ouverture sur l’Atlantique, en fait son outil armé pour mettre la pression sur le Maroc. Faisant dans la provocation, l’Algérie lâche des raids du polisario dans le Sahara entraînant la guerre entre le Maroc et ce groupe séparatiste, financé et armé jusqu’aux dents, par l’Algérie et la Libye. En février 1976, le polisario proclame la prétendue «République arabe sahraouie démocratique» (rasd), depuis Tindouf. L’Algérie s’affaire alors afin d’amener d’autres pays à la reconnaître. Privilégiant la voie pacifique, le Maroc propose, en avril 2007, le plan d’autonomie comme solution pour assurer d’un côté, les droits de l’État à l’intégrité territoriale et de l’autre, les droits de la population à disposer d’elle-même.

Mauvaise foi contre bienveillance

Faut-il rappeler qu’une fois l’indépendance déclarée en 1962, les Autorités algériennes avaient fait fi de tout consensus et refusé de rétrocéder les territoires du Sahara, en avançant comme argument le principe de «l’intangibilité des frontières héritées de la colonisation»? La guerre des Sables a fini par éclater entre les deux pays. «Peu de temps après l’indépendance de l’Algérie, le climat s’envenime entre les deux pays à propos de la délimitation de leurs frontières. L’armée algérienne attaque, le Maroc riposte», écrivait Claude Krief, journaliste français. Ainsi, le 8 octobre 1963, c’était Alger qui avait déclenché le mécanisme des hostilités. L’armée nationale populaire attaque les Forces armées royales à Hassi Beida. Les combats auront duré presqu’un mois et se seront soldés par de lourdes conséquences pour les deux pays. Depuis, l’animosité et l’état de guerre n’ont jamais cessé tant et si bien que déstabiliser le régime marocain est devenu un des fondements de la politique des dirigeants algériens. Après sa défaite lors de la guerre des Sables, l’Algérie qui se sentait offensée par le Maroc, était assoiffée de vengeance. La deuxième fois qu’Algériens et Marocains s’étaient affrontés, directement, ce fut, lors de la bataille d’Amgala, en 1976, deux mois après la Marche verte. Contrainte de se retirer de la zone, le 29 janvier, l’armée algérienne laissera derrière elle une centaine de morts et 200 prisonniers entre les mains des Forces armées royales. Néanmoins, le Roi Hassan II libérera tous les prisonniers, dans un geste de noblesse, sans chantage aucun, avec le seul dessein de préserver le bon voisinage. Et c’est dans ce sens que juste après la bataille d’Amgala, il écrivait au président Boumediene: «Je vous adjure d’éviter au Maroc et à l’Algérie un autre drame. Je vous demande aussi de faire en sorte , soit par une guerre loyalement et ouvertement déclarée, soit par une paix internationale garantie, que dorénavant, on ne dise plus chez moi, dans mon pays, parmi mon peuple, Algérie=Inconstance».


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On n’a pas besoin d’être analyste politique avisé pour voir que le nerf qui anime la politique algérienne est sans conteste sa malveillance à l’égard du Maroc et ce depuis son indépendance. En effet, les présidents qui se sont succédé ont fait de leur acharnement contre le Royaume et de leur jalousie un legs qui se transmet et qui a surtout motivé leurs décisions et leurs actions. Ainsi si on exclut la parenthèse Mohamed Boudiaf qui s’est fait assassiner pour avoir voulu apporter des changements, tous les autres chefs d’Algérie avaient manifesté, de façon ostentatoire, leur animosité à l’égard du Royaume. Faut-il rappeler que Houari Boumediene avait déclaré, dans l’un de ses discours, que « la monarchie marocaine représentait un danger pour la révolution algérienne »? Abdelaziz Bouteflika, quant à lui, répondait à une journaliste, lors d’une interview accordée à la chaîne de télévision Dubaï, quelques mois seulement après son investiture : « Monsieur le président, selon vous, quel régime politique conviendrait le mieux à l’Algérie ? – La Monarchie ». Dire que l’Algérie vit de sa haine pour le Maroc est peu face à la rage et à l’anti-marocanisme qui animent une sorte de virulence et de malveillance acharnée à l’égard du peuple voisin. Agressivité que la rancœur amplifie, au fil des temps, jusqu’à en faire un arsenic et un mort-aux-rats faisant éructer dirigeants et presse commanditée qui fait de chaque acte du Royaume, minime soit-il, matière à médire. C’est dire que la propagande anti-Maroc constitue le noyau d’un nationalisme tant rêvé par les hauts gradés de l’armée nationale populaire algérienne, les politiques du FLN ou encore les décideurs algériens. Une haine ravivée, depuis la guerre des Sables, d’octobre 1963, et le conflit du Sahara, ourdi par les généraux et dirigeants algériens qui ont tout fait pour faire du Maroc leur ennemi juré bien que ce ne soit pas la volonté du peuple. De facto, quiconque se pencherait sur le dossier du Sahara marocain, ne pourrait s’empêcher de se poser des questions sur toute l’animosité et l’hostilité que voue l’Algérie au Maroc. Deux peuples que, paradoxalement, tout rapproche et éloigne à la fois et des relations envenimées qui hypothèquent l’avenir de tout le Maghreb.

(A suivre)