A LA UNEDiplomatieEntretien Diplomatique

L’Ambassadeur de Chine au Maroc Li Changlin : « le Maroc est la Chine de l’Afrique du Nord »

Entretien diplomatique

 Réalisé par Souad MEKKAOUI

Les relations entre la Chine et le Maroc n’ont jamais connu un dévelop­pement d’une telle qualité et ce n’est qu’un reflet des rapports ancrés dans l’histoire des deux pays. En effet, le Royaume est le deuxième pays africain à avoir établi des relations diplomatiques avec la chine, le 1er novembre 1958.

Durant ces 63 années de relations, les deux pays ont mené une coopération qui ne cesse de se raffermir au niveau des domaines économique, social, politique et commercial . D’autant plus que la Chine et le Maroc sont deux pays qui montent en puissance, grâce à la stabilité socio-politique dont ils disposent et aux politiques efficaces qui ont été mises en place.

Rappelons que la visite d’État de Sa Majesté le Roi Mohammed VI à la République Populaire de la Chine, en Mai 2016, a permis d’acter un fort rapprochement entre les deux pays. Celle-ci s’était conclue par la signature d’un partenariat stratégique comprenant plusieurs accords portant sur la coopération économique et commerciale dans les domaines de l’énergie, de la mine, de l’infrastructure, de l’industrie et de l’investissement. Une nouvelle ère de coopération sino-marocaine avait commencé. L’année 2016 aura été donc l’année char­nière qui avait ouvert une nouvelle étape pour la coopération bilatérale entre le Maroc et la Chine.

Les relations entre les deux pays se sont fortement consolidées grâce au parte­nariat stratégique sino-marocain paraphé la même année, lors de la visite officielle de S.M. le Roi Mohammed VI, qui a donné un nouvel élan à la coopération entre les deux pays et marqué le coup, en exemptant de visas les citoyens chinois, faisant ainsi du Royaume une exception puisqu’il est le premier à l’avoir fait.

Par ailleurs, dans le cadre de l’Initiative « la Ceinture et la Route » et depuis la signature du mémorandum d’entente sur le partenariat stratégique avec la Chine, la coopération économique entre les deux pays prend une place de plus en plus grande. Le Maroc et la Chine avaient signé, en novembre 2017 à Pékin, un mémorandum d’entente sur l’initiative chinoise « La Ceinture et la Route » visant à relancer l’ancienne Route de la Soie, terrestre et maritime. Le Royaume a été ainsi le premier, à l’échelle régionale, à intégrer l’Initiative « la Ceinture et la Route » initiée par le Président Xi Jinping.

Une nouvelle ère pour une diplomatie sage et agissante

Sur la scène internationale, les deux pays s’accordent et se soutiennent mutuellement sur plusieurs questions prioritaires, comme en témoigne l’appui de la Chine, membre permanent du Conseil de Sécurité de l’ONU, à la résolution 2440 sur le Sahara marocain. Dans ce cadre, les relations politiques entre le Maroc et la Chine ont connu un essor particulièrement important, marqué du sceau de l’estime, de la confiance, de la solidarité et du soutien mutuel concer­nant les questions de priorité nationale et d’intérêt commun, notamment celles se rapportant à la souveraineté nationale et à l’intégrité territoriale.

Sur un autre volet, en 2020, l’économie et le commerce marocains ont été influencés par les mesures drastiques pour contrôler la propagation de la pandémie et ses répercussions ainsi que par l’instabilité du marché mondial. Toutefois, les pays européens, la Chine et les Etats-Unis sont en haut du podium comme principaux partenaires commerciaux du Maroc. En effet, la Chine arrive en deuxième position des pays fournisseurs de marchandises du Maroc.

Sur le plan sanitaire, la collaboration s’est renforcée en période de Covid-19. Dans cet esprit, et depuis le début de la pandémie, le Maroc et la Chine ont tenu une bonne coopération pour gérer la pandémie. Les experts de santé des deux pays ont tenu plusieurs visioconférences pour partager leurs expériences en matière de prévention et de traitement. La Chine et le Maroc ont également fait preuve de coordination étroite sur la scène internationale en appelant à renforcer la coopération internationale contre le virus et à soutenir le rôle leader de l’OMS. Une collaboration qui a été couronnée par la cérémonie de lancement et de signature de conventions relatives au projet de fabrication et de mise en seringue, au Maroc, du vaccin anti-Covid-19, en partenariat avec la Chine, présidée par Sa Majesté le Roi Mohammed VI. Un mémorandum d’ailleurs qui n’est que la suite logique des relations de coopération entre les deux pays.

Maroc-Chine, des ressemblances en partage et des intérêts en commun

La Chine et le Maroc ont leurs atouts respectifs et plus qu’une raison pour avoir des relations encore plus privilégiées pour un rapprochement dans la complémentarité. Force est de constater que si la Chine a pu se positionner comme une puissance économique mondiale, le Royaume, lui, a pu concrétiser des avancées incontestables sur le plan économique et social et également dans le domaine des droits civiques et politiques. C’est d’ailleurs ce qui explique les intérêts communs des deux pays et l’importance de leur coopération.

Par ailleurs, le Maroc est doté d’un atout incontournable à savoir sa position géostratégique privilégiée, au carrefour de l’Europe, de l’Afrique, de la Méditerranée et de l’Atlantique qui peut lui permettre de se transformer en un centre de coopération sino-africain, sino-arabe et si­no-européen. Conscient donc de cette situation qui lui permet de jouer un rôle constructif en tant que porte d’entrée des investisseurs vers les pays de l’Afrique, avec lesquels le Ma­roc entretient des liens multidimensionnels, il s’est investi dans le développement industriel du pays et celui de ses infrastructures en mettant en place des stratégies telles que le Plan d’accélération industrielle (2014-2020). Ce qui est, d’ail­leurs, en parfaite synergie avec l’initiative chinoise «La Ceinture et la Route». Cette complémentarité entre les deux pays conduit naturellement à une coopération étroite.

Ainsi, en plus de la coopération industrielle, le secteur du tourisme a également une place prépondérante dans le cadre de notre coopération. En 2019 à titre d’exemple, la Chine a enregistré plus de 150 millions de sorties. D’ailleurs, le nombre des touristes chinois au Maroc a sensiblement augmenté, en 2019, ils ont dépensé plus de 264 millions de dhs au Maroc. Il va sans dire que le Tourisme est l’un des sec­teurs prometteurs pour la promotion des re­lations sino-africaines. D’ailleurs, la nette amé­lioration de la connaissance mutuelle, en plus du développement des échanges grâce à la coopéra­tion touristique, ont ouvert une nouvelle fenêtre pour un meilleur rapprochement entre les peuples chinois et marocain et ont permis une forte aug­mentation des opportunités de coopération.

Et bien entendu, il y’a aussi la coopération culturelle. Le Maroc est le seul pays africain où il y a 3 instituts Confucius pour apprendre la langue et la culture chinoises d’autant plus que la Chine offre également des bourses pour les étudiants marocains.

Ainsi, la Chine qui, dans sa nouvelle politique de la chinafrique, investit sur le continent africain, consciente du rôle stratégique que pour­rait jouer le Maroc en tant que pont pour favoriser la coopération entre la Chine et les pays africains. Dans ce sens, plaidant, depuis toujours, pour un développement partagé avec les pays du continent, elle a fourni, dans la me­sure de ses possibilités, des aides pour améliorer les in­frastructures, renforcer les capacités de production et relever le niveau de vie de la population.

Ce qui revient à dire que l’empire du Milieu, qui s’est fixé l’objectif d’assu­rer -d’ici au milieu du XXIe siècle- son grand retour sur la scène mondiale, bé­néficie d’une cote de popularité confor­table en Afrique, désormais au cœur de l’échiquier international.

De ce fait, la coopération économique et com­merciale sino-marocaine est en train de tracer, in­contestablement, une nouvelle ère brillante comme l’ambitionnent les dirigeants des deux pays et ce grâce à l’impulsion des parties gouvernementales appuyée par les milieux d’affaires des deux pays. C’est donc le moment opportun pour les deux pays d’allier leurs atouts respec­tifs, renforcer le partenariat stratégique sino-marocain, et défendre leurs intérêts et ceux des pays africains.

Dans ce sens, l’ambassade de Chine au Maroc entend travailler plus étroitement avec les orga­nismes marocains concernés pour rendre cette coopération plus riche et plus fructueuse et en faire un pilier du partenariat stratégique sino-marocain. C’est dans cet esprit que nous avons rencontré l’ambassadeur de Chine au Maroc, SEM. Li CHANGLIN, qui a bien voulu répondre à nos questions et faire le tour des relations entre les deux pays.

MAROC DIPLOMATIQUE : Le Royaume du Maroc a établi des relations diplomatiques avec la République populaire de Chine, le 1er novembre 1958. Depuis lors, nos deux pays ont développé considérablement leurs relations sur la base du respect, de l’égalité et d’avantages réciproques.  En 2016, Sa Majesté le Roi Mohammed VI a effectué une visite d’État en Chine. Aujourd’hui, quel bilan faites-vous des relations sino-marocaines ?

SEM Li CHANGLIN : Les relations entre la République populaire de Chine et le Royaume du Maroc, bien que séparés par des milliers de kilomètres, sont marquées par des échanges bilatéraux de longue date. Il y a 63 ans, le Maroc a été l’un des premiers pays africains et arabes à avoir reconnu la Chine nouvelle, et les deux pays ont vu leurs relations connaître un développement sain et régulier.

En mai 2016, Sa Majesté le Roi Mohammed VI a effectué une visite d’État historique en Chine, les deux chefs d’État ont décidé de relever les relations bilatérales au partenariat stratégique. Depuis lors, les relations sino-marocaines sont entrées dans une nouvelle phase de développement, caractérisée par des échanges de haut niveau plus fréquents, un soutien plus ferme sur les questions touchant à leurs intérêts vitaux et préoccupations majeures respectifs, une coopération économique et commerciale sans cesse élargie, et des échanges humains et culturels plus denses.

Depuis l’apparition de la Covid-19, les deux pays ont mené une coopération exemplaire dans la lutte contre l’épidémie. En août 2020, S.E.M. le Président Xi Jinping et Sa Majesté le Roi Mohammed VI ont eu une conversation téléphonique, ce qui a permis d’indiquer les orientations du partenariat stratégique entre les deux pays dans la prochaine étape et d’injecter une nouvelle dynamique à son développement. En un mot, les relations entre la Chine et le Maroc se développent de manière satisfaisante sur tous les plans, et se trouvent à leur meilleur niveau de l’Histoire.

M.D : la visite historique de Sa Majesté le Roi Mohammed VI en Chine a donné une forte impulsion à la coopération bilatérale. Dès lors, les contacts se sont intensifiés. Toutefois, les échanges commerciaux restent en deçà de l’excellence des relations diplomatiques. Pourquoi à votre avis ? Comment renforcer, aujourd’hui, le partenariat économique ?

SEM. L.C : La Chine a toujours accordé une grande importance au développement des relations économiques et commerciales mutuellement bénéfiques et gagnant-gagnant avec le Maroc. Après la visite d’État de Sa Majesté le Roi Mohammed VI en Chine en 2016, le développement des échanges économiques et commerciaux sino-marocains est entré dans une vitesse de croisière : les domaines de coopération se sont élargis, les fruits de coopération se sont multipliés et les résultats sont progressivement apparus.

Selon les statistiques des douanes chinoises, le volume total des échanges entre la Chine et le Maroc est passé de 3,66 milliards de US dollars, en 2016, à 4,76 milliards de US dollars, en 2020, soit une augmentation de 30%. Les produits marocains comme l’huile d’argan, le vin et d’autres produits de spécialité ont acquis une certaine réputation sur le marché chinois. De plus en plus d’entreprises chinoises investissent au Maroc, notamment dans les domaines des pièces automobiles, des centrales de nouvelle énergie, des infrastructures, de la pêche, du textile, de la communication, et de l’agriculture etc.

Dans l’avenir, nous continuerons à renforcer les trois aspects suivants :

Premièrement, fournir plus de plates-formes d’échange et d’opportunités pour la coopération entre les entreprises chinoises et marocaines, et créer un meilleur environnement de coopération bilatérale.

Deuxièmement, renforcer la coopération avec le gouvernement et les Institutions marocaines de promotion des investissements, promouvoir la coopération locale entre les deux pays, encourager davantage d’entreprises des deux pays à investir mutuellement au Maroc et en Chine.

Troisièmement, renforcer la communication et la coordination des politiques dans l’économie numérique et le développement vert, encourager les entreprises chinoises et marocaines à coopérer activement dans des domaines concernés et s’efforcer de créer de nouveaux champs de croissance pour la coopération économique bilatérale.

M.D : Il existe une longue histoire d’échanges et d’amitié entre la Chine et le Maroc. L’histoire écrite de ces échanges remontent au 8e siècle. D’ailleurs, les deux pays partagent une approche commune concernant les grands dossiers internationaux, militent pour le multilatéralisme et le principe de non-ingérence dans les affaires intérieures des pays tiers. Peut-on dire que la Chine et le Maroc ont les mêmes enjeux et les mêmes défis à relever ? 

En tant que pays en développement, la Chine et le Maroc ont des points de vue identiques ou similaires sur de nombreuses questions internationales, et ils gardent une étroite coordination dans les enceintes multilatérales. La Chine remercie sincèrement le soutien ferme du Maroc sur les questions concernant les intérêts fondamentaux et les préoccupations majeures de la partie chinoise, telles que Taïwan, Xinjiang et Hong Kong. Elle soutient également les positions légitimes du Maroc sur la scène internationale. La Chine est prête à renforcer la coopération avec le Maroc afin de sauvegarder conjointement les objectifs et les principes de la Charte des Nations Unies, de promouvoir le multilatéralisme, de s’opposer à l’unilatéralisme et de défendre les intérêts communs des pays en développement ainsi que l’équité et la justice internationales.

Dans le contexte actuel où l’épidémie de la Covid-19 fait toujours rage dans le monde entier, la tâche la plus urgente est de lutter contre ce virus et de sauver les vies. Néanmoins, les manipulations politiques font toujours obstacle à la coopération internationale contre l’épidémie et portent atteinte aux peuples du monde. La Chine et le Maroc doivent porter la vision d’une communauté de santé pour tous, renforcer la solidarité et la coopération, sauvegarder la bonne ambiance de la coopération internationale dans la lutte contre la Covid-19 et s’opposer fermement à toute tentative de politisation, d’étiquetage et de stigmatisation.

M.D : Lors de notre première rencontre, j’ai retenu une phrase que vous aviez dite : « le Maroc est la Chine de l’Afrique du Nord. » Pouvez-vous expliquer plus à nos lecteurs ce que vous vouliez dire par là ?

SEM. L.C : Il y a beaucoup de ressemblances entre la Chine et le Maroc. Je me permets d’en citer quelques-unes. En tant que pays dotés d’une civilisation ancienne, ils ont tous une longue histoire et une civilisation brillante.  Travailleurs, courageux et intelligents, leurs peuples font toujours preuve d’un esprit de travail et d’un dynamisme inlassable. Grâce à leurs efforts acharnés, les deux pays ont trouvé tous une voie de développement adaptée à leur réalité nationale et maintiennent ainsi une stabilité politique et sociale. Faisant de l’ouverture sur l’extérieur un choix stratégique, ils offrent aux investisseurs étrangers un environnement économique, institutionnel et réglementaire favorable, ce qui leur assure un accroissement des investissements étrangers et un développement économique accéléré. D’ailleurs, ils placent le peuple au centre de leurs préoccupations et déploient tous les moyens pour répondre aux besoins du peuple et protéger la vie et la santé du peuple. Les mesures qu’ils ont mises en œuvre dans la lutte contre la Covid-19 en constituent la meilleure illustration.

M.D : Vu l’importance de la coopération entre les deux pays, la Chine a-t-elle pris connaissance du Nouveau Modèle de développement ? Qu’en pensez-vous ?

SEM. L.C : Tout d’abord, toutes mes félicitations pour la publication du rapport sur le nouveau modèle de développement. Ce rapport constitue en effet une référence pour le futur développement du Maroc. Comme Sa Majesté le Roi Mohammed VI a récemment dit dans son discours à la Nation à l’occasion de la Fête du Trône, il ouvre la voie à une nouvelle étape dans le processus d’accélération du décollage économique et de consolidation du projet de société. Nous pensons que ce rapport est aussi crucial pour la coopération sino-marocaine et nous y accordons une grande importance. Pour vous donner un exemple, nous avons mobilisé des interprètes des entreprises chinoises basées au Maroc pour en faire la traduction, désormais la version chinoise du rapport est disponible. Nous allons encourager nos entreprises à bien étudier ce rapport, en vue de comprendre les priorités de développement de nos amis marocains et de mieux saisir les opportunités de coopération.

M.D : Étant donné le poids et la place colossaux de la République populaire de Chine dans l’économie mondiale qui ajoute une dimension économique à une crise sanitaire et humaine, quelles étaient les répercussions de la pandémie sur l’économie chinoise et l’impact sur les échanges commerciaux avec le Maroc ?

SEM. L.C : Depuis l’épidémie de la Covid-19, le gouvernement chinois a pris des mesures efficaces dès que possible pour minimiser son impact en Chine sur la base du principe « la vie des gens est primordiale ». La Chine a repris activement le travail et la production dans les plus brefs délais, apportant ainsi une contribution positive à la stabilité de la chaîne industrielle et de l’industrie d’approvisionnement du monde.

En 2020, l’économie de tous les pays a été durement touchée par la propagation mondiale de la pandémie. Cependant, avec les efforts conjoints des gouvernements et des entreprises de la Chine et du Maroc, les relations économiques et commerciales sino-marocaines ont montré une résilience et maintenu un développement stable.

En terme de commerce, les données des douanes chinoises montrent que de janvier à juillet 2021, le volume des échanges bilatéraux entre la Chine et le Maroc a atteint 3,63 milliards de dollars, soit une augmentation de 44,8% par rapport à la même période de l’année dernière, et le commerce sino-marocain a montré une forte dynamique de reprise.

En terme d’investissement, la deuxième phase de l’usine de production de roues automobiles CITIC Dicastal a été mise en service avec succès, en décembre 2020, avec une production annuelle de 6 millions de roues. Des entreprises chinoises telles que China Communications Group et China Road and Bridge participent également activement au projet Tanger Mediterranean Port Science and Technology City. En outre, le Group OCP du Maroc et Hubei Fubon Technology Co., Ltd. ont créé une joint-venture à Wuhan en Chine, pour coopérer dans les domaines de la recherche et du développement d’engrais et de l’agriculture intelligente.

M.D : La coopération sino-marocaine dans la lutte contre la Covid-19 est un bon exemple de coopération Sud-Sud. D’ailleurs, le lancement et la signature de conventions relatives au projet de fabrication et de mise en seringue, au Maroc, du vaccin anti-Covid-19, en partenariat avec la Chine en est la plus belle illustration. Où en est ce projet stratégique aujourd’hui ?

SEM. L.C : Depuis les premiers jours de l’épidémie de la Covid-19, La Chine et le Maroc se sont entraidés dans leurs efforts de lutte contre la pandémie. Au plus fort de la lutte chinoise contre le virus, le Maroc a manifesté une solidarité extraordinaire à mon pays, en prenant des mesures en faveur des ressortissants chinois bloqués au Maroc. La Chine ne l’oubliera jamais. Après l’apparition du virus au Maroc, la Chine mène une coopération fructueuse avec le Royaume, en fournissant plusieurs lots d’aides d’urgence en matériel médical, en partageant des expériences entre des experts médicaux. Jusqu’à aujourd’hui, le groupe pharmaceutique chinois Sinopharm a livré, au total, environ 30 millions de doses de vaccins au Maroc, permettant au Royaume de poursuivre sa campagne nationale de vaccination.

Le 5 juillet, en présence de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, un mémorandum relatif à la fabrication et la mise en seringue au Maroc du vaccin chinois a été signé entre le Maroc et le groupe Sinopharm. Depuis lors, les deux parties ont procédé à plusieurs échanges virtuels pour en discuter les détails opérationnels. J’espère que ce projet verra le jour le plus tôt possible, afin d’aider nos amis marocains à vaincre la pandémie.

M.D : La croissance de l’économie chinoise et le renforcement du potentiel de ses entreprises créent des conditions favorables aux investissements à l’étranger. Le nombre des investissements chinois au Maroc augmente sans cesse. Quels sont les atouts respectifs qu’offrent des deux pays ?

SEM. L.C : Le Maroc dispose d’un environnement politico-social stable, d’une infrastructure de soutien complète, d’un coût de main d’œuvre préférentiel, et d’une position géographique exceptionnelle. De plus, le Royaume a montré la résilience de son économie malgré l’influence négative de la pandémie, ce qui a renforcé davantage la confiance des investisseurs étrangers.

La Chine poursuit son changement de mode de développement pour rendre son économie plus verte et digitale. On voit une montée en gamme de son industrie manufacturière et les hautes technologies chinoises en matière de 5G, TGV, voiture électrique sont de bons exemples. Dans la prochaine étape, les deux parties pourront approfondir la coopération d’investissement dans les nouveaux domaines tels que l’économie numérique et les énergies renouvelables, pour mettre en valeur le grand potentiel de notre coopération.

M.D : Le Maroc et la Chine avaient signé, en novembre 2017, à Pékin, un mémorandum d’entente sur l’initiative chinoise « La Ceinture et la Route » visant à relancer l’ancienne Route de la Soie, terrestre et maritime. Ce projet d’envergure offre une nouvelle opportunité aux deux pays sur le plan de la mise en synergie de leurs stratégies de développement et de l’élargissement de leur coopération pragmatique. Quels sont, selon vous, les apports de cette coopération internationale pour les deux pays ? En termes d’investissements et de commerce, quelles sont les perspectives qui se présentent au Royaume ?

SEM. L.C : Le Maroc est le premier pays du Maghreb à avoir signé avec la Chine le « Mémorandum d’Accord sur la promotion conjointe de la Ceinture économique de la Route de la Soie et de la Route Maritime de la Soie du 21e siècle ».

Vu son positionnement de carrefour des continents, ses atouts en matière des infrastructures, le Maroc est un partenaire naturel de « la Ceinture et la Route ». Ce grand projet de coopération internationale a donné une nouvelle dynamique entre les deux parties dans les domaines telles que les infrastructures, l’industrie d’automobile, les technologies de l’information et les nouvelles énergies.

Quant au commerce, le volume des échanges bilatéraux continue de s’élargir. Les produits de haute qualité de Chine ont été reconnus par le peuple marocain, et les produits de spécialité marocains ont également été privilégiés par les consommateurs chinois. A l’avenir, dans le cadre de l’initiative « la Ceinture et la Route », nous allons établir un mécanisme de travail plus efficace et plus fluide avec nos homologues marocains, et améliorer la qualité et l’efficacité du commerce bilatéral.

Quant à l’investissement, à part le projet d’usine de CITIC Dicastal, les centrales solaires et d’autres projets, le projet Tanger Mediterranean Port Science and Technology City et celui du joint-venture du groupe OCP et du Hubei Fubon ont bien progressé. Nous sommes toujours prêts, à travailler avec la partie marocaine pour promouvoir davantage la coopération entre les entreprises et les institutions de recherche dans les domaines de l’économie numérique et du développement vert, afin de créer de nouvelles potentialités de croissance de la coopération économique et commerciale sino-marocaine.

M.D : À l’heure actuelle, la Chine et le Maroc œuvrent à explorer davantage de pistes de coopération durant et après l’épidémie de la Covid-19, et ce en intensifiant et en diversifiant les domaines de partenariat bilatéral. Quels sont les projets menés dans ce sens et quels sont les impacts attendus de chaque partie de ces collaborations ?

SEM. L.C : En fait, il y a beaucoup de pistes de coopération entre la Chine et le Maroc, parmi lesquelles je cite trois priorités. Tout d’abord, nous devons accroître la confiance politique mutuelle, nous témoigner toujours compréhension et soutien sur les questions concernant nos intérêts vitaux et nos préoccupations majeures, et défendre nos intérêts communs. Et puis, nous devons approfondir notre coopération pragmatique dans divers domaines. Nous sommes prêts à travailler avec le Maroc pour mettre en synergie nos stratégies de développement, mettre en valeur nos aouts respectifs et renforcer notre coopération dans le cadre des mécanismes de coopération tels que le Forum sur la coopération sino-africaine et l’initiative « Ceinture et Route ». La Chine continuera à faire avancer les projets existants et encouragera plus d’entreprises chinoises à venir investir au Maroc. Enfin, nous devons multiplier les échanges humains.  Le Maroc est le seul pays arabe qui abrite 3 instituts Confucius et un Centre culturel de Chine. En 2016, le Royaume a décidé d’exempter les ressortissants chinois de visa touristique. À l’heure actuelle, la partie chinoise travaille avec la partie marocaine pour relancer l’Année sino-marocaine du Tourisme et de la Culture. Je suis convaincu qu’après la Covid-19, de plus en plus de touristes Chinois viendront découvrir ce beau pays, et l’amitié entre nos deux pays se consolidera davantage. Je suis confiant dans les perspectives des relations sino-marocaines.

M.D : Le Maroc est un pays influent à l’échelle africaine et un partenaire important qui peut jouer le rôle de hub pour la Chine dans sa politique africaine. Comment les deux pays peuvent-ils renforcer leur coopération dans la lutte contre l’épidémie de COVID-19 en Afrique ?

SEM. L.C : Ces dernières années, le Maroc joue un rôle de plus en plus important sur le continent africain, et ne cesse d’apporter sa contribution au développement en Afrique. Depuis l’apparition de la Covid-19, le Maroc a accordé des aides médicales à une dizaine de pays africains afin d’accompagner leurs efforts de lutte contre la pandémie. La partie chinoise l’apprécie hautement. En tant que bons frères qui partagent heurs et malheurs, depuis de longues années, la Chine s’est toujours tenue au côté de l’Afrique en fournissant plusieurs lots de matériels médicaux d’urgence et de vaccins aux pays africains, envoyant des équipes d’experts médicaux antiépidémiques en Afrique et formant des professionnels de santé locaux. D’ailleurs, la Chine a participé activement à l’Initiative du G20 sur la suspension du service de la dette, et a apporté sa contribution pour aider ses amis africains à s’en sortir. La Chine est disponible à renforcer sa coopération avec le Maroc et joindre leurs efforts pour soutenir les pays africains dans leur lutte contre l’épidémie de la Covid-19 et améliorer leurs capacités de prévention et de contrôle des maladies.

M.D : Les avantages du marché marocain sont évidents pour les investissements chinois, avec notamment la stabilité politique, le système juridique complet, les ressources humaines qualifiées et la position géographique privilégiée. Est-ce que le gouvernement chinois encourage les entreprises chinoises à investir au Maroc ? Si oui, comment ?

SEM. L.C : Le gouvernement chinois considère le Maroc comme une destination incontournable de l’investissement et encourage toujours les entreprises chinoises à y investir selon les règles du marché. Bien que l’échange de personnes entre les deux pays ait été affecté par la pandémie, la partie chinoise ne ménage aucun effort à créer des plates-formes pour mieux faire connaître le Maroc aux investisseurs chinois. Par exemple, le gouvernement chinois a invité le Royaume à participer à la 5e Exposition Chine-Pays Arabes en tant qu’invité d’honneur et a organisé, spécialement, une conférence de promotion de l’investissement au Maroc durant cette exposition, qui a connu un franc succès. Dans les jours à venir, il y aura d’autres grands événements tels que la 2e Exposition économique et commerciale sino-africaine (CAETE), la 4e Exposition Internationale d’importation de la Chine (CIIE) et la nouvelle session du Forum sur la Coopération Sino-Africaine (FOCAC), nous encourageons nos amis marocains à profiter de ces occasions pour montrer la belle image du Royaume aux investisseurs chinois.

SEM. L.C : Sachant que le Maroc, qui dispose de multiples atouts à même de s’ériger en leader dans le domaine numérique en Afrique, s’apprête au déploiement de la 5G. La Chine n’envisage-t-elle pas d’en faire un centre pilote dans le domaine de la haute technologie au service du continent africain ?

SEM. L.C : En effet, nous avons constaté que le Maroc s’est orienté, dans ses stratégies de développement et de modernisation, vers l’utilisation massive des technologies de l’information et de la communication afin d’assurer un développement inclusif de l’ensemble des écosystèmes sociaux et économiques. Capitalisant sur une stabilité politique, des avancées économiques et sociales et une position géostratégique privilégiée, le Maroc est à même de s’ériger en leader dans le domaine numérique auprès des autres pays de l’Afrique avec lesquels il entretient des liens multidimensionnels.

Aujourd’hui, plus de 960 000 stations du réseau 5G ont été déployées uniquement en Chine, qui représente environ 70 % des stations du réseau 5G dans le monde entier. Dans ce sens, la Chine demeure le meilleur partenaire du Royaume en matière des nouvelles technologies, notamment la 5G, et affirme sa disposition à partager ses expériences en la matière afin de soutenir le Royaume à devenir un hub africain de l’industrie du futur.

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