« L’Appel de Rabat » ou le rayonnement international de l’ONCF

Entretien réalisé par Farida Moha

Dans l’entretien qu’il a accordé en exclusivité à « Maroc diplomatique », Mohamed Rabie Khlie, Directeur général de l’Office national des chemins de fer (ONCF), vice-président de l’Union Internationale des Chemins de fer et président de la région Afrique fixe le cap : « Dépasser la crise sanitaire, relever les défis de la transition écologique et numérique pour faire de l’ONCF le leader de la mobilité durable » .Un leader qui en mobilisant les acteurs , ses capacités d’influence et de rayonnement, insufflera à coup sûr un effet d’entrainement en Afrique.

L’Appel de Rabat, dénommé « African green deal ferroviaire pour une mobilité durable », initiative présentée récemment à Paris qui a recueilli l’adhésion de tous les membres de l’UIC, va dans ce sens. On assiste ainsi à une véritable diplomatie d’entreprise où les parties prenantes investissent dans un futur plus connecté, plus écologique et plus interactif. L’ambition d’un transport zéro carbone n’est pas hors de portée : le rail est économe en énergie, il ne produit que peu de C02 et la traction électrique s’adapte aux énergies renouvelables.

Après la métamorphose des gares, modèles d’architecture, lieux de vie, d’échanges et de convivialité pour les citoyens, l’ONCF qui a contribué à l’aménagement du territoire se lance d’autres défis : la réforme de l’entreprise pour aborder un nouveau cycle de développement, la décarbonation, la digitalisation, les projets ferroviaires et la mise en place d’un écosystème performant . Ce sont là entre autres quelques questions qui ont été abordées lors du Conseil d’administration de l’Office tenu vendredi 28 janvier sous la présidence du ministre des Transports et de la logistique, Mohamed Abdejalil, lequel a mis en avant les efforts de résilience et d’agilité de l’office. Il a par ailleurs mis en exergue les efforts de modernisation qui en font « l’épine dorsale de la mobilité durable et l’un des leviers du développement économique du Royaume » .

Maroc diplomatique : Lors de la 98ème Assemblée Générale de l’UIC en juillet 2021, vous avez été élu à la vice-présidence de cette institution qui cette année 2022 son centième anniversaire. Quelle signification donner à cette première au niveau arabo-africain pour le transport ferroviaire ?

Mohamed Rabie Khlie : L’Union Internationale des Chemins de Fer (UIC) a été créée en 1922 et fêtera donc son centième anniversaire cette année. Avec l’ensemble des opérateurs et exploitants ferroviaires à travers le monde, elle compte plus de 200 membres. C’est l’unique organe de production, de standardisation, d’unification de référentiels, de définition des normes techniques et d’exploitation optimale et sécuritaire du système ferroviaire. Elle œuvre également dans la recherche et le développement du ferroviaire.

L’élection de notre pays à la Vice-Présidence de cet organisme ferroviaire mondial est une première du genre au niveau arabo-africain. C’est le résultat du leadership du Maroc dans ce secteur, matérialisé par son engagement et sa mobilisation permanents et intenses au service de la mobilité durable et ce, conformément à la vision éclairée et aux orientations prospectives de Sa Majesté Le Roi Mohammed VI. Une vision qui a permis un tournant majeur opéré par le secteur ferroviaire national grâce aux projets structurants réalisés dans le cadre de la politique des grands chantiers insufflée par le Souverain. Ces projets se sont notamment traduits par un saut qualitatif remarquable de la mobilité aussi bien en ce qui concerne les voyageurs que le trafic des marchandises et de l’activité logistique, ainsi que par un repositionnement privilégié international et continental en termes de compétitivité et de qualité. Somme toute, un réseau viable et performant à l’image d’un pays émergent !

Depuis plus d’une décennie, le Maroc a d’autre part assuré la présidence de la région Afrique de l’UIC en réalisant un travail de fond qui a permis de fédérer les réseaux africains autour d’un projet commun, soutenu par des actions structurantes et novatrices. Le bilan est éloquent : cet engagement a permis de gagner en termes de notoriété, de reconnaissance, d’implication dans les grands projets régionaux et continentaux ainsi que d’un positionnement privilégié auprès des institutions gouvernementales et régionales concernées comme l’Union Africaine, le NEPAD, les Communautés Economiques Régionales, les bailleurs de fonds….

Une intelligence collective au service de la mobilité durable

Cette place de l’ONCF dans les instances ferroviaires internationales et régionales est en droite ligne avec la politique tracée par notre pays en matière de rayonnement sur l’échiquier mondial et de renforcement de la coopération Sud-Sud qui constitue l’un des leviers de taille arrêté dans le cadre du Nouveau Modèle de Développement de notre pays.

– Lors de la 99ème Assemblée de l’UIC qui a eu lieu début décembre, réunissant en hybride 180 responsables des réseaux du monde entier, l’initiative « green talk » a abouti à l’Appel de Rabat. Qu’en est-il de cette initiative ?

Effectivement, lors de la 99ème Assemblée Générale de l’UIC, les responsables ferroviaires mondiaux ont adhéré à l’unanimité à l’initiative de notre pays relative aux « green l’Appel de Rabat, dénommé « African green deal ferroviaire pour une mobilité durable », au service talks », ayant abouti à d’une éco-mobilité et en adéquation avec les Objectifs de Développement Durable (ODD).

→Lire aussi : Conseil d’administration de l’ONCF sous le signe de la reprise et de la performance

Partant d’un ensemble de motivations à l’échelle mondiale et de considérations spécifiques liées au continent, cet appel est le fruit des réflexions menées, tout au long d’une année, avec un collège de partenaires internationaux et régionaux : décideurs, institutionnels, gestionnaires d’infrastructure, opérateurs, industriels, bailleurs de fonds, experts, chercheurs. Ils ont conclu qu’il est désormais indispensable de faire de la mobilité durable, au niveau mondial, un nouvel enjeu de l’éco-mobilité.

Cette réalité est dictée par des facteurs d’influence incontournables, surtout devant les impératifs des nouveaux paradigmes et du changement climatique. C’est le cas de l’Afrique, continent de l’avenir, au regard du potentiel qu’il présente : une population jeune et en pleine transition (qui représenterait 35% dans le monde à l’horizon 2050), des ressources naturelles abondantes, une urbanisation en expansion (près de 60% en 2050) et une économie sans cesse en évolution.

Ce sont là autant de facteurs de changements et de tendances lourdes, qui exigent des schémas pertinents de développement des infrastructures au sein du continent. Autrement dit, le secteur du transport représente un enjeu majeur, insuffisamment perçu comme tel, pour le changement climatique, et « développer, transformer, adapter les territoires sans simultanément concevoir les flux de biens et de personnes revient à faire l’impasse sur une partie importante des engagements climatiques ».

– Comment a-t-elle été perçue et reçue par les responsables des réseaux ferroviaires ?

Présenté lors de la COP 26 au Pavillon marocain, l’appel de Rabat constitue la voix commune de la communauté ferroviaire et de ses partenaires. Il a été adressé à tous les acteurs concernés pour repositionner le transport propre et vert au cœur des stratégies de développement et faire du ferroviaire l’épine dorsale de la mobilité durable. Prenant en compte ces challenges et convaincus de l’importance stratégique de promouvoir le mode ferroviaire en tant que moyen de transport de masse, propre, créateur de valeur, plus sobre et moins énergivore offrant une réduction notable d’émissions de GES et des coûts plus compétitifs, les responsables ferroviaires et leurs partenaires à travers le monde, affichent clairement leurs ambitions .

Relever les défis de la transition écologique et numérique

Des ambitions qui nécessitent volonté et détermination pour réduire l’empreinte écologique avec des activités sobres en carbone , pour améliorer davantage l’efficacité, la viabilité, la durabilité et la mobilité bas carbone du transport ferroviaire, pour assurer un haut niveau de sécurité et de sûreté et enfin pour renforcer l’implication territoriale du transport ferroviaire en tant qu’acteur essentiel du développement économique et sociétal des territoires…dans un spectre plus large il s’agit également de promouvoir l’écosystème des parties prenantes de ces chantiers dans un souci de contribuer à l’intérêt général du continent.

– On sait que le secteur ferroviaire constitue près de 4% d’émission de CO2 au Maroc contre 60% pour le transport routier. Les grands défis de la transformation du secteur ferroviaire sont la numérisation et la décarbonation. Où en sont ces chantiers ?

Tout d’abord, je tiens à rappeler que le secteur du transport, tous modes confondus, est à l’origine de 23% des rejets de gaz à effet de serre (GES) et consomme à lui seul 30% d’énergie. Sur ce registre, le ferroviaire, reconnu comme mode incontournable des mobilités bas carbone, n’émet que 3% des GES pour une part de marché de 8% environ. Au Maroc, le train s’inscrit totalement dans cette configuration. Il jouit d’un positionnement privilégié en tant « qu’ami de l’environnement » du fait que les émissions de nos activités en CO2 demeurent de loin les moins pesantes : Elles ne représentent que 0,47% du total des GES du Maroc et 2,6% du secteur de transport pour une part de marché de 8,5% pour les voyageurs et 18% environ pour les marchandises.

En plus des multiples atouts intrinsèques au train comme la préservation de l’environnement, la sécurité, l’économie de l’espace et d’énergie, transport de masse…, la réduction des GES constitue un objectif permanent et un enjeu de taille pour notre Office, tout en œuvrant dans le sens de faire évoluer son mix énergétique vers un verdissement et une décarbonation progressive. Durant ces dernières années, nous avons procédé au déploiement de cette stratégie ambitieuse faisant de cette question un levier majeur pour rendre l’offre ferroviaire plus attrayante, plus viable, plus durable et à la hauteur des ambitions affichées par notre pays en la matière.

Les initiatives prises sont nombreuses avec des retombées multi-facettes dans le cadre de notre politique RSE en général : certification progressive des sites ONCF selon les normes ISO 14001 et 50001, réalisation systématique des études d’impacts des grands projets ferroviaires, évaluation annuelle du bilan carbone, adoption d’un système d’éco-conduite, recours aux énergies alternatives photovoltaïques au niveau des gares et bâtiments…

A ce registre, l’ONCF a entamé le nouvel an en franchissant un pas supplémentaire dans sa transition énergétique. Dès le 1er Janvier la totalité de ses trains Al Boraq, roulent à l’énergie propre. L’Office opère en effet sa transformation verte de manière progressive, en faisant passer 25% de sa consommation énergétique globale à l’énergie verte, pour en atteindre 50% en 2023 avant de la porter à la totalité, à moyen terme. A travers cette transformation écologique, l’ONCF s’inscrit en droite ligne avec la stratégie énergétique nationale, conduite sous l’impulsion et le leadership de SM le Roi Mohammed VI , qui place les énergies renouvelables au centre du mix énergétique de notre pays.

Ainsi, grâce à l’énergie propre fournie par un opérateur national, l’ONCF verdit le cycle d’alimentation électrique du réseau ferré national, en substituant sa consommation électrique par une énergie propre. Ce qui lui permettra à court terme, d’améliorer globalement son empreinte carbone, avec l’équivalent de 120 000 tonnes de CO2 évitées chaque année, ou encore à 4 millions d’arbres plantés.

Le digital, un virage impératif pour plus de performance

Quant au volet digitalisation, je ne manquerai pas de rappeler que dans le cadre de sa vision groupe ONCF 2025, l’Office se positionne en tant que leader national de la mobilité durable au service des politiques publiques, accélère sa transformation digitale et se réinvente face à ses enjeux stratégiques.

En tant que fournisseur de premier plan, de services de transport et de logistique au service des objectifs de développement nationaux, l’ONCF a lancé son projet de transformation digitale #ONCFDIGITAL pour répondre aux besoins des clients en matière de voyage et de transport en offrant les meilleurs services, offrir une expérience client exceptionnelle, offrir une technologie de pointe pour simplifier et améliorer les différents processus et bien entendu, améliorer les performances de l’entreprise grâce à une meilleure qualité, efficacité et technologie.

L’ONCF accélère donc sa transformation digitale en activant plusieurs leviers tels que l’innovation dans les services aux clients et aux partenaires, la performance industrielle et économique, la transformation en interne vers une culture digitale, une gouvernance efficace du SI & digital et une agilité du SI garantissant cyber sécurité et confiance numérique. Le digital va aider l’ONCF à accélérer le chemin vers l’entreprise intelligente. Le digital doit inclure l’écosystème complet d’acteurs dans une vision d’entreprise étendue. L’ONCF peut réaliser des bénéfices significatifs grâce à la transformation de ses processus, innovation dans les services et les produits et la création de nouveaux business modèles.

Pour résumer, notre conviction est claire : l’industrie du voyage et de la mobilité se transforme grâce au digital. Ce n’est plus une option pour la croissance de notre entreprise, mais un virage impératif à saisir pour favoriser une culture de la performance. Notre transformation digitale est en marche, elle met le cap sur l’Open Innovation, les nouvelles technologies, l’intelligence artificielle, la BIG DATA, la robotisation, etc …

– Ce sont également les défis lancés aux réseaux africains dont la plupart ont été concèdes au privé. Le message est- il entendu ?

Aujourd’hui et partant de motivations d’ordre mondial et de considérations spécifiques liées au continent, il y a une réelle prise de conscience à tous les niveaux pour faire de la mobilité durable au sein de l’Afrique, continent en pleine expansion, un nouvel enjeu de l’éco-mobilité en adéquation avec les aspirations de l’agenda africain 2063 « L’Afrique que nous voulons » qui place cette question en toile de fond de sa vision prospective.

Bien entendu, les parties prenantes du ferroviaire sont appelées à soutenir durablement et efficacement le mode ferroviaire. C’est la voie pour qu’il puisse contribuer en tant qu’épine dorsale d’un système de transport plus fiable et plus efficace, à atténuer le dérèglement climatique.

-Le repositionnement du secteur ferroviaire au cœur du développement durable nécessite un changement de modèle. Quelles seront les conséquences, les ruptures de cette transition climatique pour le secteur ?

La contribution à la transition climatique occupe une place centrale dans la stratégie de développement adoptée par l’Office, centrée sur la mobilité durable. Outre la conformité au cadre réglementaire en vigueur, elle repose sur des piliers de transformations comme facteurs de progrès. Je citerai certains facteurs comme l’amélioration de l’efficacité énergétique et le développement de l’utilisation des énergies renouvelables ; le respect de la diversité des écosystèmes ; le choix de l’économie circulaire pour le recyclage et la valorisation de nos produits en fin de vie, réduire et trier les déchets ;le développement de l’écoconception de nos produits, services et projets ferroviaires notamment lors des phases d’étude, de conception et de développement ; l’achat responsable et la rationalisation de la consommation d’eau..

Mobilisation contre la pandémie de la Covid19

Il y a d’autres facteurs de progrès qui peuvent créer et renforcer cette dynamique de transformation, je pense à l’accélération des projets d’extension du réseau ferré national auquel une part des financements Climat sera affecté , l’adoption des incitations réglementaires et fiscales, la promotion du shift modal et la multi-modalité, l’internalisation des externalités…, sont autant d’axes pour repenser, voire transformer, l’espace ferroviaire et apporter une solution viable à la problématique de la mobilité durable au sein de notre pays.

– La crise sanitaire a impacté le secteur des transports même si le ferroviaire a fait preuve de résilience, d’agilité et d’adaptabilité selon les termes consacrés au sein de l’ONCF. Comment avez-vous vécu cette crise qui est loin d’être terminée ?

Maillon vital de la chaine économique, le secteur du transport n’a pas fait l’exception et a subi de plein fouet les impacts néfastes de la pandémie. En effet, la crise sanitaire s’est étendue à la mobilité tous modes confondus au niveau de l’ensemble des pays, et dont l’ampleur s’est accentuée par les décisions de restriction voire de suspension du trafic des voyageurs décrétée par les pays, limitant ainsi les déplacements.

Face à ces circonstances exceptionnelles, l’ONCF et l’ensemble de ses collaborateurs ont observé une mobilisation générale sans précédent pour contribuer à l’effort national afin de lutter contre la propagation de la Covid-19. Ainsi, l’ONCF a instauré un dispositif complet de prévention en termes d’hygiène, de mobilité, de mesures strictes, de vigilance, d’information… conforme aux recommandations des autorités. Les hauts cadres dirigeants ont également participé à l’élan national de solidarité initié par Sa Majesté le Roi Mohammed VI en contribuant par un don équivalent à un mois de salaire au Fonds spécial pour la gestion de la pandémie Covid-19.

L’Office a su d’autre part s’adapter et se mobiliser pour conforter davantage son positionnement en tant qu’épine dorsale de la mobilité durable. Comment ? en travaillant sur le redressement de la situation économico-financière, sur la rationalisation et la réduction des coûts confortée en cela par des leviers comme la Digitalisation qui permet la transformation de l’entreprise dans le sens de plus d’efficacité, de rentabilité et de performances de l’Office ; dans ce sens, l’office a mis en en place une stratégie commerciale plus vigoureuse et adaptée au contexte, en valorisant le capital matériel et immatériel de l’Office, en diversifiant davantage les activités et en accélérant la concrétisation des projets de développement de l’activité Fret et Logistique.

-A la lumière de tous ces changements peut-on parler d’une nouvelle ère du rail avec in fine quels résultats ?

Comme cela a été annoncé lors du Conseil d’administration de l’office présidé par le Ministre des Transports        , l’activité Voyageurs a connu une reprise remarquable par rapport à 2020. Les prévisions à fin Décembre, dénotent d’un rebond exponentiel de l’ensemble des indicateurs : le nombre de passagers s’est amélioré de +64% en passant de 21,1 Millions en 2020 à 34,5 Millions en 2021, et le chiffre d’affaires a progressé de +87%, en s’établissant à 1,5 Milliard de Dh en 2021 contre 803 Millions de Dirhams en 2020.

Pour ne citer qu’Al Boraq, qui a bouclé sa 3ème année d’exploitation en novembre dernier, il a compté en 2021 +100% de nouveaux adeptes en transportant 2,4 Millions passagers, contre 1,3 Million de voyageurs en 2020 et le chiffre d’affaires généré a suivi la même tendance en s’établissant à 317 Millions de Dh en 2021 contre 165 Millions de Dh en 2020 (soit +100%). Quant au transport ferroviaire fret et phosphates, il a su malgré les affres de la crise sanitaire, démontrer beaucoup de résilience et a marqué globalement en 2021, une amélioration soutenue de ses indicateurs. Il a enregistré plus de 25,5 Millions de tonnes de marchandises transportées au cours de 2021 soit +2,6% par rapport à 2020, il a généré un chiffre d’affaires de 1,8 Milliard de DH soit +2,3% par rapport à 2020.

Grâce à la bonne reprise de l’activité voyageurs et à la résilience des activités de transport des marchandises, l’Office prévoit de réaliser en 2022, un chiffre d’affaires de 3,5 milliards de DH contre 2,8 Milliards de DH en2020 (soit+25%).

Ecosystème, réformes pour un nouveau modèle de développement de l’ONCF

De même, l’ONCF a réalisé en 2021 des investissements pour un montant de 1,6 Milliard de DH, en se limitant à l’achèvement des opérations en cours et aux projets prioritaires de maintien de la sécurité et de la qualité de service.

Concernant les budgets de l’année en cours , l’Office s’inscrit ainsi dans la continuité de la performance enregistrée en 2021, avec un objectif de chiffre d’affaires de 3,8 Milliards de DH en progression de +9% par rapport à 2021, corrélé à la reprise normale de l’activité Voyageurs.

– Le contrat programme Etat-ONCF est prévu pour la période 2021-2026. Vous avez évoqué l’idée de création d’un écosystème ferroviaire. Qu’en est-il de cet écosystème ?

Effectivement, le projet de Contrat-Programme Etat-ONCF acte les principes structurants de la réforme ferroviaire tels que définis dans le Protocole d’accord Etat-ONCF signé en Juillet 2019. Il cristallise l’engagement ferme des deux parties, pour la mise en place d’un nouveau modèle économique à même de pérenniser les performances réalisées par l’ONCF, et d’assurer le développement du réseau ferroviaire marocain dans un cadre optimal, notamment en termes de financement et de synergies avec d’autres établissements et entreprises publics.

Pour ce qui est de l’écosystème, l’Office œuvre activement, en étroite collaboration avec les différentes parties prenantes, à l’émergence d’un écosystème ferroviaire national à forte composante technologique, intégré autour d’opérateurs publics et privés structurants, créateur de valeur économique & sociale, compétitif et exportable. Cette ambition de création d’un écosystème ferroviaire fera l’objet d’une convention à conclure prochainement avec les pouvoirs publics.

– L’ONCF à l’instar d’autres offices comme récemment l’ONDA qui dispose du statut de société anonyme, on avait évoqué l’ouverture à la concurrence mise en œuvre  en France à la SNCF …est-ce un projet à court terme et selon quelle modalité serait-il déployé ?

Pour une bonne compréhension de la question sans doute faut-il décrire la genèse de notre projet de réforme. L’ONCF est un opérateur intégré qui porte aujourd’hui l’ensemble de la chaine de valeur du ferroviaire. Ce modèle a permis à l’ONCF de réaliser plusieurs grands projets structurants, dont notamment la ligne à grande vitesse avec la concrétisation d’Al Boraq, tout en garantissant une bonne performance de l’exploitation du réseau. Néanmoins, après ce dernier cycle d’investissement de plus de 50 GDh sur les 10 dernières années, ce modèle a atteint ses limites. Le poids des activités de développement de nouvelles infrastructures, à rentabilité socio-économique qui s’inscrit sur du très long terme , commence à peser sur le bilan de l’Office.

La réforme envisagée du secteur ferroviaire, objet d’un protocole d’accord signé avec l’Etat en Juillet 2019, devrait ainsi permettre une séparation et une lisibilité des périmètres portés aujourd’hui par l’ONCF et lui permettre d’envisager un nouveau cycle de développement plus performant. Ainsi le périmètre d’exploitation aurait vocation à être porté par une Société Anonyme. Le nouveau schéma devrait aussi permettre une ouverture du secteur au privé, à travers l’octroi de licence d’exploitation pour des Opérateurs Spécialisés de Transport Ferroviaire, principalement sur des niches d’activité comme le Fret. Par ailleurs, le schéma permettra également d’envisager la participation du secteur privé dans les projets de développement d’infrastructures et ce, dans le cadre de Partenariat Public -Privé.

Les équipes de l’ONCF, en concertation avec le ministère des Finances et le ministère du Transport, ont déjà finalisé les différentes études juridiques et financières nécessaires pour garantir la réussite de cette grande réforme. A noter que cette réforme s’inscrit pleinement dans l’esprit de la réforme des EEP qui fait suite aux orientations royales dont les principes ont été repris au niveau d’une loi-cadre adoptée en Juillet dernier.

– La conférence internationale fondatrice de l’UIC a eu lieu à Paris le 17 octobre 1922 il y a un siècle. Une conclusion sur cette institution ?

C’est avec joie que la communauté ferroviaire mondiale a donné le coup d’envoi aux célébrations du centenaire de cette institution. Célébration qui au-delà de sa forte signification symbolique, constitue une occasion idoine pour mettre en exergue les grandes transformations, avancées technique et technologique remarquables du mode ferroviaire, et son renouveau pour une mobilité durable et intelligente. C’est également un moment fort pour s’arrêter sur les réalisations éloquentes de notre organisation tout au long de ce voyage centenaire, et arrêter une nouvelle vision du ferroviaire à l’horizon 2030, avec l’ambition de soutenir et appuyer le développement de ce mode à travers le monde.

Je reste persuadé que l’unicité et la solidarité des acteurs du secteur ferroviaire, leur engagement et mobilisation demeurent un gage collectif pour écrire de nouvelles pages de l’histoire du rail, et emprunter le train de l’avenir avec comme maîtres-mots : être plus fort, plus performant, plus solidaire, plus attractif et plus utile !

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