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Le décès de deux adolescents dans des rixes entre bandes rivales suscite l’émoi en France

Le décès de deux adolescents dans des rixes entre bandes rivales a suscité, de nouveau, l’émoi en France qui s’interroge sur ce phénomène qui commence à prendre des proportions de plus en plus inquiétantes.

Des rixes entre bandes de jeunes en Essonne, un département de la banlieue Sud de Paris, ont fait en moins de 24 heures deux morts: un adolescent tué mardi et une collégienne de 14 ans lundi, selon la police.

Ces drames interviennent un mois après l’agression de Yuriy, un autre adolescent de 15 ans, lynché le 15 janvier à Paris dans le cadre d’un règlement de compte. Une affaire qui avait suscité l’émoi de la classe politique et braqué les projecteurs sur le phénomène de bandes dans la capitale.

Le phénomène est-il en train de prendre de l’ampleur ? S’interrogent médias et spécialistes, alors que le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin a annoncé l’envoi mardi soir d’une centaine de policiers et de gendarmes en renfort dans les deux villes de l’Essonne où les deux adolescents ont été tués, afin “que les choses puissent s’apaiser”.

Selon le ministère de l’Intérieur, les rixes seraient reparties à la hausse depuis environ sept ans. En 2020, au total, 357 affrontements entre bandes ont été recensés, soit une hausse de 24 % en moyenne par rapport à l’année précédente.

A elle seule, la région Île-de-France concentre 80 % des affaires, avec l’Essonne comme premier département concerné. Ce département regroupe des cités, des territoires très urbains, mais aussi des quartiers difficiles qui ont souvent un historique de rivalités, selon les syndicats de police. Ce qui expliquerait son positionnement.

Le préfet de l’Essonne, Éric Jalon, le confirme : “les rixes entre bandes ont augmenté à la fois en nombre, en intensité et en gravité”. “En nombre, on en a recensé 91 en 2020 contre 56 l’année précédente”, avec “en gravité, deux décès à l’été 2020”, a-t-il précisé dans des déclarations à France Info.

Pour faire face à ce phénomène, il a annoncé que le dispositif anti-rixe, déjà mis en place dans le département entre les forces de l’ordre, les établissements scolaires, les services sociaux et les transports publics, allait être “généralisé” et fonctionnera 24 heures sur 24 pour permettre aux acteurs concernés, qui travaillent comme une boucle de réseau, de se mobiliser et de réagir dès la détection même de signaux faibles sur une possible rixe entre bandes rivales.

Selon le préfet de l’Essonne, il s’agit de phénomènes qui sont plus ou moins organisés, plus ou moins structurés, qui peuvent se déclencher très vite et qui entretiennent des rivalités ou des haines entre quartiers ou entre secteurs, “parfois, sans qu’on puisse en connaître les raisons”.

La géographie de ces rixes, ce n’est pas la géographie classique administrative des communes, elle est la géographie des établissements scolaires, des lignes de transport, puisque ces affrontements ont parfois lieu près des gares ou des arrêts de bus. “Il faut donc absolument décloisonner l’information entre tous les acteurs”, a-t-il préconisé.

Les spécialistes, eux, affirment que le phénomène de règlements de comptes entre bandes de jeunes rivales n’est pas nouveau. Ces rixes impliquent généralement “des jeunes disqualifiés par l’école et qui essaient de se refaire une santé sociale en valorisant ce qu’ils détiennent: leur force physique”, comme le souligne sur BFMTV le sociologue Gérard Mauger.

Toutefois, depuis quelques années, les rixes entre bandes rivales semblent prendre de l’ampleur notamment sous l’effet de l’essor des réseaux sociaux. Tik-Tok, Twitter, Snapchat, Télégram… offrent un terrain propice aux invectives verbales qui ravivent les haines, explique le sociologue.

Une analyse que partage le préfet de l’Essonne qui a plaidé pour le renforcement de la veille sur les réseaux sociaux. “C’est une de nos difficultés. Effectivement, il peut y avoir des choses, comme des clips provocateurs d’un quartier à un autre, qui sont diffusées via les réseaux sociaux mais, en réalité, beaucoup de choses passent par des messageries cryptées qui, aujourd’hui, ne nous sont pas accessibles en termes de renseignements”.

“D’où la nécessité de développer un réseau de renseignements, un réseau d’alerte avec l’ensemble des acteurs, parce que nous avons des limites en termes de renseignements techniques”, a-t-il préconisé.

( Avec MAP )

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