Le kiosque nouveau du Monde diplomatique est arrivé

Par Hachim FADILI (*)

Dans son « analyse d’œuvres » du Monde diplomatique de mai 2020, l’auteur puise dans deux bouquins respectivement édités en février et juin 2019, évoquant les années dites « de plomb » sous le règle du roi Hassan II. Cela date pour faire soudainement l’objet d’une attention aussi déphasée que désuète au regard de l’actualité sanitaire, et alimenter ainsi la rubrique « les livres du mois ».

Les numéros du mensuel critique d’informations et d’analyse Le Monde diplomatique semblent se suivre et se ressembler, et dont la devise – « on s’arrête, on réfléchit », interroge face à une obstination qu’il serait opportun de qualifier de maladive en cette période pandémique.

En effet, à l’article d’opinion sur le Maroc au titre racoleur du mois d’avril 2020[1], dans une démarche que nul ne saisit, une colonne est accordée à une seconde plume. Enigmatique de prime abord, le titre « Hassan II et son jardin secret » peine à voiler ce qui se voudrait être un genre littéraire saillant maniant le sarcasme avec une subtilité prétendue. Car c’est de prisonniers marocains des années dites « de plomb » sous le règne du roi Hassan II dont il s’agit.

Et dans son « analyse d’œuvres », l’auteur de puiser dans deux bouquins respectivement édités en février et juin 2019. Cela date pour faire soudainement l’objet d’une attention aussi déphasée que désuète au regard de l’actualité sanitaire, et alimenter ainsi la rubrique « les livres du mois ».

Avec de sempiternelles antiennes, pour le premier bouquin[2] : famille Oufkirla mortle désespoirla foliele palaisles frères Bourequatle bagne de Tazmamartsouverain cruelmilitaires incarcérés.


Avec une phraséologie qui interroge sur l’équilibre de l’auteur et sa propension transcendantale, pour le second bouquin[3] : « Il choisit de troquer l’autobiographie contre l’autofiction, qui autorise une plus grande métaphorisation, et lui permet aussi de répertorier les souffrances des victimes sans accabler les bourreaux, tout en se livrant à une autocritique de son rapport aux idéalismes de gauche. »

Amnésique volontaire ou paralogique malgré lui, l’auteur omet que par un discours prononcé le 07 janvier 2004, le roi Mohammed VI avait procédé à l’installation de l’Instance Equité et Réconciliation (IER).

Selon un rapport de la Fédération Internationale des droits de l’Homme (FIDH) publié en 2015, « cette instance (IER) avait pour objet d’établir un bilan des violations graves des droits de l’Homme au Maroc de l’Indépendance à la mort du Roi Hassan II (1999), de proposer des réparations aux victimes et de formuler des recommandations en vue de garantir par la mise en œuvre des réformes institutionnelles la non-répétition des violations graves des droits de l’Homme ».

Ont entre autres été organisées des séances publiques d’auditions en présence des différentes composantes de la société et avec une large couverture des médias nationaux et internationaux. Certaines séances ont été diffusées en direct sur les écrans des chaînes publiques et sur les ondes de la radio nationale et des radios régionales.


9280 victimes bénéficieront d’une indemnisation dont 1895 ont fait l’objet en outre d’une recommandation supplémentaire portant sur d’autres modalités de réparation (réintégration dans la fonction publique, régularisation de situations administratives ou professionnelles, réinsertion sociale et restitution des biens).

En outre, 1499 victimes ayant déjà bénéficié entre 1999 et 2003 d’indemnisation de la part de l’instance indépendante d’arbitrage, ont fait l’objet de la part de l’IER de recommandations particulières concernant d’autres formes de réparation. L’IER aura ainsi positivement répondu aux demandes de réparation de 9779 victimes.

Ce mécanisme de justice transitionnelle a été chargée de régler le dossier des violations graves des droits de l’Homme du passé, de contribuer à asseoir les fondements de l’Etat de droit et la consécration des droits de l’Homme au Maroc.

Ces mutations – et bien d’autres – ont constitué les prémisses du processus de réconciliation des Marocains avec leur histoire.


« J’ai jugé bon de focaliser ce discours sur les orientations d’avenir qu’il convient de suivre pour parachever la construction de la citoyenneté digne. C’est une entreprise qui requiert le renouvellement du pacte pour la réalisation du chantier de règne, qui est celui du développement humain, ainsi que la mobilisation totale des potentialités de nos jeunes[4] ».

Scrupuleux, les propos du roi Mohammed VI tenus en 2006 prennent toutes leurs dimensions 14 ans plus tard.

Au point que la mobilisation totale marocaine soit évoquée au sein même du Palais Bourbon en sa séance du 28 avril 2020[5] par un homme qui ne peut en aucun cas être pointé de soumission.

En effet, en pleine crise de Covid-19, le Maroc de mars, avril et mai 2020 est un derrière son roi, son premier serviteur, dont le modèle de gestion est sans équivoque : actions cohérentes et concertées de l’Etat, énergies galvanisées, apports imaginatifs, investissements individuels et collectifs, supervision à tous les échelons administratifs et territoriaux, contribution de l’Etat et de l’ensemble des acteurs du secteur privé, de la société civile, des corps constitués, des autorités, des individus et des collectivités…


Au point d’impressionner la communauté internationale[6]. Au point qu’au 05 mai 2020, le Maroc produit 10 millions de masques chirurgicaux certifiés par jour.

Au point qu’au Maroc, les masques de protection sont disponibles partout – pharmacies, supermarchés, épiceries du coin. Environ 70000 points de vente dans le pays sont habilités à les vendre à 0,8 dirhams (7 centimes d’euro) l’unité, un prix fixe subventionné par l’Etat. Et cela depuis le 07 avril, jour où son port est devenu obligatoire pour sortir[7].

Au point d’en exporter en Afrique, en Amérique et en Europe[8]. Au point qu’au 05 mai 2020, le Maroc comptait 180 décès.

« Dans la gestion de crise, nous sommes des experts dans la prise de décision, c’est l’avantage de la monarchie », expliquait à BFMTV Abdelmalek Alaoui, président de l’Institut marocain d’intelligence stratégique (IMIS).


Faire abstraction de tout ce qui précède et ne pas en tirer les bonnes déductions relèveraient d’une certaine cécité, d’une infirmité certaine. Pointer des évènements passés appartenant à une période révolue dans une démarche rémanente, relèverait d’une pathologie inexplorée.

En tout état de cause, est portée à la connaissance des insistants, le témoignage du Sous-officier des Forces Armées Royales (FAR), Ahmed Marzouki, ouvrage[9] édité au Maroc dès l’année 2000, vendu à plus de 70000 exemplaires et que chaque marocain connait.

Tout a été écrit avec humanité et profondeur par celui qui a vécu 18 ans dans une cellule de béton, de trois mètres de long sur deux et demi de large, tout a été lu et relayé avec émotion et admiration, pour s’affranchir de sensationnalismes aussi répétitifs que désuets.

Serein avec son passé et fort de tous ses règnes, le Maroc est solidement ancré dans un présent aux nombreuses mutations. Que ses observateurs dépassent l’accomplissement de leur cercle et abandonnent toute démarche spéculative. Pour une raison pure à l’usage empirique, avec méthodologie et rigueur objectives.


(*) Avocat au barreau de Paris

Références:

[1] Ne pas lire Pierre Puchot, « Au Maroc, on te traite comme un insecte », Le Monde diplomatique, avril 2020.

[2] Ne pas lire Jeanne Fouet-Fauvernier, Écritures de la survie en milieu carcéral. Autobiographies de prisonniers marocains des « années de plomb », L’Harmattan, Paris, 2019.

[3] Ne pas lire Abdelkader Chaoui, À qui le tour ?, Presses universitaires de Lyon, 2019.

[4] Extrait du discours royal de janvier 2006 à l’occasion de la fin du mandat de l’Instance équité et réconciliation et de la présentation de l’étude sur le développement humain au Maroc.

[5] Extrait du discours de Jean-Luc Mélenchon : « Parce qu’il n’y aura pas la quantité de tests, parce qu’il n’y aura pas la capacité d’hébergement en quarantaine qui nécessiterait des réquisitions dans le système hôtelier, des réquisitions de la totalité de l’industrie textile pour qu’ils produisent les masques dont nous avons besoin, à l’image du Maroc que nous devrions imiter dans ce domaine parce qu’il parvient à cette performance. Oui, le Maroc c’est très bien, c’est mon pays natal, et je pense qu’il mérite votre admiration. », Assemblée Nationale, 28 avril 2020.

[6] Chadi Rhanja Benamor, « Covid 19 : le Maroc, réveil du lion de l’Atlas ? », France Soir, 02 mai 2020.

[7] Naïla Khelifi et Boris Thiolay, « L’épidémie de coronavirus transforme le Maroc en royaume du masque », L’Express, 04 mai 2020.

[8] Marie Verdier, « Des masques produits à la chaîne », La Croix, 05 mai 2020.

[9] Ahmed Marzouki, « Tazmamart, Cellule 10 », Tarik Editions, 2000.