A LA UNEMonde

LE MAROC ET L’ALGÉRIE DANS LE PIÈGE DE THUCYDIDE ?

Par Omar Hasnaoui (*)

Le Maroc et l’Algérie se dirigent-ils vers une guerre dont ils ne veulent pourtant en réalité, ni l’un ni l’autre. Ce paradoxe avait été mis en exergue durant les guerres du Péloponnèse, lorsque Sparte disputait à Athènes la suprématie. Pour nous éclairer Graham Allison invoque lui, ce qu’il  appelle le Piège de Thucydide. Celui ci se met en place quand une puissance émergente vient défier la puissance régnante. Au cours des cinq derniers siècles, cette configuration mortelle s’est présentée seize fois; à douze reprises, elle s’est soldée par une guerre.

Aujourd’hui, nous avons face à face, des pays qui prétendent à la grandeur, voire à l’hégémonie. La dix-septième fois se profile à l’horizon. C’est le cas de la rivalité de puissance entre les Etats Unis et la Chine. Serait-ce le cas entre le Maroc et l’Algérie ?  Un simple incident terrestre ou maritime pourrait–il entrainer une escalade vers la guerre ? Pourtant, bien des puissances rivales ont su à travers les siècles préserver la paix. Aujourd’hui le droit international donne une définition de la paix qui ne me satisfait pas. La paix est un état de non-guerre. Le Maroc vit cette situation depuis 45 ans.

Est ce une simple coïncidence avec les événements du Mali, où des convoyeurs marocains ont été lâchement abattus par des milices armées formellement identifiées venus de l’est, qu’intervient la nomination du Général de Corps d’Armée, Belkhir El Farouk, inspecteur général des FAR, en remplacement du Général de Corps d’Armée, Abdelfattah Louarak ? Mes interlocuteurs, des diplomates, représentants de puissances avec lesquels nous entretenons les meilleures relations, s’interrogent, certains m’ont posé la question ? Je suis obligé d’improviser, d’esquiver.  Car Nul ne sait !

Ayant été élevé et fréquenté des cercles majoritairement composés de militaires, je sais, et il est établi que le commandement militaire doit être subordonné au pouvoir politique, en toutes circonstances. Cette règle en temps de guerre, met le commandement militaire pleinement responsable de la conduite des opérations, alors que le pouvoir politique, quant à lui, l’est de la conduite générale de la guerre. Or, ce à quoi nous assistons à l’est de notre Royaume, c’est l’inexistence  d’aucun pouvoir, ni exécutif, ni législatif, pour modérer les militaires dans leur désespérante fuite en avant, et tenter de circonscrire une fois pour toute la crise qui sévit depuis des années entre l’Algérie et le Maroc. Ces rigidités du pouvoir militaire à Alger se retrouvent à un degré encore exacerbé depuis quelques semaines.. Nous en sommes au cycle de concentration et de mise en alerte, qui si elles sont déclenchées vont s’emboîter  les unes dans les autres.

Selon les experts militaires, lorsqu’un pays cherche à prendre des mesures conservatoires visant à préserver sa liberté d’action en cas de surenchères et d’aggravation de la tension, il se pose automatiquement en position d’agresseur vis-à-vis de son interlocuteur. C’est à ce « jeu » destructeur que se  livre l’ état- major algérien au paroxysme de la crise. Le cas le plus typique de l’inconstance de l’état major algérien se révèle au jour le jour, en essayant notamment de décourager et désolidariser certains « pays » du Maroc. Que peut leur promettre l’Algérie, un accès à l’Océan Atlantique ? Une promesse qui s’affranchit du sentiment national unanime du peuple marocain derrière  notre chef suprême SM LE ROI. C’est le cas le plus typique de l’inconstance de la politique algérienne qui se révèle dans les promesses les plus folles. Par son inconséquence, la politique algérienne aboutira à terme à dresser le peuple algérien et à le plonger dans une autre guerre civile. Car, là bas, bien sûr que les médias aux ordres agitent l’épouvantail, jettent de l’huile sur le feu, contre le Maroc.

Au cours des batailles féroces que les Forces armées royales ont eu à livrer contre les éléments de l’armée algérienne qui avaient pénétré  sur le sol national notamment à Amgala, les officiers supérieurs marocains suppliaient le commandement suprême, qu’il les autorise à pousser leur avantage au delà des frontières, et reprendre des territoires confisqués par la colonisation française à notre détriment. A quoi l’ancienne puissance coloniale répond encore et toujours, par des atermoiements et des  incohérences. J’avais posé la question à Dominique de Villepin, ancien Premier Ministre et Ministre des Affaires étrangères de la France, sur cette épineuse affaire ; lui l’historien, lui le natif du Maroc. Il était resté évasif.

Alors comment s’y prendre ? Comme on le fait avec constance et détermination, sans menacer personne ! Il faut comprendre, que les algériens utilisent la tactique des Russes -qui les forment et les entrainent – celle qui consiste à user progressivement l’adversaire, et ceci toujours,  en fonction de leur appréciation du rapport objectif des forces. Les Russes ont toujours montré que leurs intérêts correspondent à leur conception de l’opportunisme stratégique. Ils exploitent les circonstances qui leurs sont favorables. Notre responsabilité est d’empêcher les algériens de saisir des occasions et de fixer des objectifs par voie de conséquences.

(*) Président fondateur , Fondation Hélios pour le dialogue et le développement

Articles similaires

Laisser un commentaire

Bouton retour en haut de la page