Le Maroc face à « l’humanisme » complotiste de Human Rights Watch

Human Rights Watch

Hassan Alaoui

Evidemment que démentir le dernier rapport de Human Rights Watch publié le 30 novembre , consacré aux verdicts et à la procédure en appel des détenus du Hirak, relève d’un exercice nécessaire. Nous sommes en présence d’un tissu de contradictions mensongères colportées par une ONG qui n’a jamais épargné le Maroc, qui s’appuie sur des témoignages délibérément tendancieux, et qui – plus grave encore – veut « dire la justice à la place de la justice »…

Les responsables de cette ONG des droits de l’Homme n’ont pas trouvé plus opportun – et tactique – que cette période où  a commencé le procès en appel des membres du Hirak pour publier un rapport qui « dénonce des verdicts entachés par des soupçons de torture ». Et, comble de la mauvaise foi, ce rapport reprend les phrases à l’imparfait, un langage avec le même « argumentaire » et le même vocabulaire d’il y a 6 mois, il revient à la charge sur les procédures et les jugements du verdict de la première instance, en prétendant apporter les « preuves de tortures des détenus par la police »… Repris par certains confrères l’argument fallacieux de Human Rights Watch (HRW), dont le porte-parole n’est autre que le facétieux Mohamed Réda Benchemsi,  estime donc que « la Cour d’appel de Casablanca devrait tenir compte d’éléments prouvant que la police avait torturé des accusés ». Cette déclaration survient donc 144 jours, soit près de six mois après que le Tribunal de 1ère instance eût condamné 53 accusés à des peines allant jusqu’à 20 ans de prison, avec des preuves à charge que la justice détient, notamment des violences, coups et blessures contre la force publique, les motifs d’atteinte à la sécurité intérieure de l’Etat, incendies criminels, dégradation de mobilier public, organisation de manifestations non autorisées, provocations…

Substituer une justice à la justice

D’emblée, il convient d’indiquer que la procédure de Human Rights Watch et de la campagne de presse qui l’accompagne relèvent du procès en sorcellerie contre le Maroc. Les partis-pris sur les conditions d’interpellation, les interrogations, les allégations de tortures et de sévices, les humiliations, les menaces contre les accusés et leurs famille, toute une profusion de mises en scènes sur fond d’un imaginaire fantasmatique laissent plus d’un pantois. Comme si les détenus s’étaient donné le mot pour répéter sous le mode d’un unique mot d’ordre la même déclaration, avec les mêmes mots accusateurs. Et, en fin de compte, comme s’ils invoquaient le « Tribunal de l’Histoire » pour le substituer au tribunal tout court en charge de les juger pour leurs méfaits. Le prétendu rapport de Human Rights Watch est un document qui pèche par une irrépressible partialité pour tout ce qui concerne le Royaume du Maroc.


On aura beau dire que c’est une organisation internationale cotée et même louée pour les principes humanitaires qu’elle défend depuis sa création à Helsinki en 1978. En revanche son engagement initial s’est vite, au fil de quelques années, mué en parodie d’engagement politique. C’est si vrai que beaucoup de pays et gouvernements n’ont pas cessé de voir en elle une entreprise idéologique et une source perverse de fake-news et de désinformation : la Russie, l’Ethiopie, le Rwanda et autres pour ne citer que ces derniers.

Une ONG véreuse ?

Elle continue de faire l’objet de vives critiques pour son alignement systématique sur la politique des gouvernements américains successifs, comme aussi de défendre ses donateurs privés aux Etats-Unis et ailleurs. C’est notamment le cas en ce qui concerne les attaques contre le Brésil de Lula et de Dilma Rousself et en Argentine contre Cristina Fernandez de Kirchener. Ces exemples ne sont pas des cas isolés, parce que l’ONG ramasse de l’argent aussi bien d’Etats comme les Pays-Bas à travers l’organisation OXFAM que d’un milliardaire dénommé…George Soros…dont le soutien aux soulèvements qui agitent depuis peu certaines contrées n’échappe à personne.

Le grand magazine « The Times » est allé jusqu’à dire il y a quelques années que « HRW dépend des donateurs riches, désireux de voir sortir des rapports de l’ONG sous forme de gros titres et de manchettes de journaux qui satisfassent leurs fantasmes sur des Etats pointés du doigt, livrés à la presse internationale et même nationale… » ! Nous ne sommes donc pas loin de « l’humanisme complotiste » dont HRW constitue le fer de lance.


Le rapport concernant les accusés et condamnés en première instance du Hirak ne procède pas différemment, le Maroc faisant l’objet d’un procès à charge. Celle-ci est une véritable mystification axée exclusivement sur une prétendue et unique source à géométrie variable : les militants des droits de l’Homme et leur défense qui officient depuis belle lurette dans l’escarcelle du HRW et des témoignages concoctés. Tout ce beau monde parle de « soupçons de torture », sans pour autant en fournir la preuve, les affirmations des condamnés seules faisant foi, prétendument arrachées de force et sous la menace, les sévices, les violences. Le rapport délibérément orienté ne s’embarrasse d’aucune éthique et reste truffé d’erreurs et d’approximations, comme celle relative au nombre de personnes ayant bénéficié de la grâce royale, soit 116 alors qu’ils sont 184. Cette légèreté nous renvoie à la stupéfiante méconnaissance de la règle judiciaire, notamment le fait que les condamnés, outre faire appel du premier jugement, peuvent se défendre encore devant le juge d’Appel, en apportant les preuves et les pièces nécessaires de leur innocence et bénéficiant encore du sacro-saint principe de présomption.

Des aveux arrachés, dites-vous ?

HRW n’est rien d’autre qu’un paravent dissimulé d’intérêts douteux qui se répandent en moralisateurs, elle n’en est pas à son premier mensonge confondant. Dès les premières lignes de leur rapport, ses rédacteurs écrivent que le « Hirak, un mouvement de protestation socio-économique né en 2016 dans la région du Rif, au nord du Maroc, avait organisé plusieurs grandes manifestations pacifiques jusqu’à ce qu’une vague de répression policière en mai 2017 se solde par l’arrestation de 400 activistes ». La description ici faite relève d’une hallucinante tromperie, angélique pour le Hirak et féroce pour la police. Ils oublient, en revanche, ces rédacteurs zélés, de dire que tout le long des huit premiers mois de l’année 2017, celui du Ramadan notamment, les membres du Hirak ont mené la vie dure aux troupes de police, qu’ils ont agressés, insultés, traités de tous les noms, provoqués en permanence et, d’une violence à une attaque délibérée, ils ont failli attenter à leur vie, brûlant leurs véhicules de services, et jusqu’à la résidence collective qui leur servait de dortoir. Les images de ces actes criminels existent toujours pour ne pas nous interpeller gravement, et notamment cette ambulance accourue pour secourir des policiers encerclés dans le feu, qui a été attaquée à son tour, empêchée par les délinquants de franchir le passage et furieusement saccagée.

Les images, vidéos et autres, nous ont montré une police aux aguets mais en retraite, inoffensive, face-à-face avec des provocateurs qui n’avaient de cesse de jeter toutes sortes de projectiles, de pierres, de barres de fer et de bois, monceaux de l’immobilier urbain détruit. Sans compassion ni un tant soit peu d’égard humain, ils se rassemblaient chaque nuit sur la place, après la cérémonie d’al-Fitr, cagoulés et hargneux pour s’en prendre aux policiers déplacés de leurs foyers , séparés de leurs famille. Un véritable scénario d’insurrection que les forces de l’ordre ont plus ou moins maîtrisé, mais des dizaines de blessés dont certains graves parmi  elles. Le sycophante Mohamed Réda Benchemsi, tout à sa haine de son pays, se fendant d’un commentaire fielleux estime « qu’un tribunal ne peut pas tout simplement ignorer des preuves de torture ». Se substituant à la justice, il a déjà, quant à lui, apporté la preuve par deux que les tortures sont avérées, alors que les mis en cause sont convaincus de leurs méfaits.


Un raccourci dangereux

Le pseudo rapport de HRW participe d’une campagne de presse qui , faute de privilégier la vérité judiciaire, dégénère comme toujours en procès à charge, en instruction d’un Etats de droit qu’est le Maroc. C’est finalement un implacable jeu de miroir entre certains médias et l’ONG Human Rights Watch qui n’ont de cesse d’idéologiser un jugement construit et prononcé sur la base d’implacables preuves. Nous sommes toujours dans le même tropisme : le jugement judiciaire de l’Etat de droit, le jugement médiatique et le jugement politique…

Il y a manifestement un goût de soufre dans cette hallucinante campagne de dénigrement, entreprise par Human Rights Watch et ses stipendiés contre le Maroc. Comment peut-on tolérer que la justice d’un Etat puisse-t-elle faire l’objet d’une autre justice, marquée au sceau de la politique et de l’idéologie ? Comment le pseudo « droit des droits des l’Homme » peut-il bouleverser la légitimité des systèmes du droit d’un Etat,  et s’attaquer impunément à la raison d’Etat. C’est, pour reprendre une grande juriste, Mireille Delmas Marty,  ignorer que les « droits de l’Homme reposent en grande partie sur des notions elles-mêmes faiblement déterminées ». C’est donc dans un espace gélatineux que HRW et son porte-parole Benchemsi naviguent…

Hassan Alaoui est le Directeur de la publication de « Maroc diplomatique » , il a dirigé pendant de longues années la rédaction du quotidien « Maroc Soir » et du « Matin » . Il a été aussi éditorialiste des mêmes titres. Il a collaboré à plusieurs autres titres de presse. Auteur du livre « Guerre secrète au Sahara occidental », il suit et analyse pour nous l’actualité politique, nationale, régionale et internationale.