“Le Maroc prépare la guerre pour avoir la paix”, selon Abderrahmane Mekkaoui

CAESAR
Camion équipé d’un système d’artillerie (CAESAR)

Le mois de février 2020 sera marqué par une visite du Président Français, Emmanuel Macron, au Maroc. Une occasion pour discuter de tous les événements et les dossiers géopolitiques, et probablement, pour annoncer la signature des contrats d’armement conclus avec Nexter.

Selon des médias français, Nexter a récemment signé un contrat de 200 millions d’euros portant sur la vente de systèmes d’artillerie sur camion Caesar (170 millions) et de ses munitions (30 millions), de même que le missilier MBDA a vendu en 2019 des missiles VL-Mica terrestre pour 200 millions d’euros.

Certes, en devenant un client de l’industrie d’armement française, le Maroc compte développer son système de défense militaire avec l’acquisition de plusieurs types d’armes sophistiqués et de haute qualité. Mais, quel avantage va-t-il tirer de cette diversification d’achats auprès de plusieurs pays ? Contacté par Maroc Diplomatique, Pr. Abderrahmane MEKKAOUI, un expert en affaires militaires, nous a livré l’analyse de cette nouvelle avancée.

La visite du président Emmanuel Macron, les 12 et 13 février, au Maroc rentre dans le cadre des relations historiques et amicales entre la France et le Royaume. Selon Abderrahmane Mekkaoui, c’est l’occasion de discuter de tous les dossiers d’intérêts communs, à savoir les questions géopolitiques, les événements que connait actuellement l’Afrique du Nord, notamment la conférence de Berlin sur la Libye, ainsi que les combats régionaux, à savoir la lutte contre le terrorisme dans le Sahel… etc.

« Il n’est pas du tout exclu que le Président français abordera avec le Roi Mohammed VI, un peu la question du terrorisme dans cette partie qui concerne l’Afrique », indique-t-il.

Du côté de l’industrie de défense, une initiative royale portant sur un projet ambitieux, s’est lancée récemment, dans le but de conclure un certain nombre d’accords avec plusieurs complexes militaires ou industriels étrangers.

D’après cet expert, l’objectif du Maroc est d’aboutir à une autonomie en termes d’armes légères et de pièces de rechanges (armée de l’air, armée de terre…). « C’est un projet qui nécessite un transfert de technologies, qui est un domaine très complexe et coûteux. Je pense qu’il y a beaucoup d’investisseurs et beaucoup d’usines d’armement à travers le monde qui sont intéressés par une délocalisation au Maroc. De plus, le Royaume dispose d’un potentiel énorme, soit du point de vue des ressources humaines, ou des débouchés de cette industrie sur le continent et sur d’autres pays », ajoute-t-il.

Il convient de rappeler que Naval Group travaille sur un projet de reprise d’infrastructures dans le port de Casablanca, le deuxième du Maroc, afin de réaliser la maintenance des navires militaires marocains (trois corvettes Sigma vendues par le néerlandais Schelde en 2011 et 2012 et la frégate multi missions FREMM vendue en 2008) ainsi que de navires étrangers.

Par ailleurs, depuis l’avènement du Roi Mohammed VI en 1999, il a renoué avec la doctrine maritime du Royaume, en accordant plus d’intérêts et d’accompagnements à la mer, surtout que le Maroc veille un peu sur le « détroit de Gibraltar » qui « constitue un passage stratégique pour le Maroc et pour le commerce mondial ».

D’après des centres d’études anglais et canadiens, le Maroc a certainement une expérience importante dans ce domaine. A cet égard, Abderrahmane Mekkaoui a souligné que le Royaume dispose de plusieurs chantiers maritimes, qui peuvent aider les brigades et les bateaux de guerres qui sont mis en méditerranée et en atlantique à trouver des solutions aux problèmes techniques ou technologiques.

Il a indiqué, notamment, que la Marine Royale dispose d’un potentiel énorme en matière de savoir-faire technique de ses cadres, qui peuvent accompagner le système de la défense nationale surtout avec l’achat des frégates françaises multifonctionnelles, ajoutant que les ingénieurs et les techniciens marocains ont démontré leur maîtrise et leur connaissance de ces frégates et de ces bateaux de guerres qui sillonnent dans toute la méditerranée. D’autant plus que, la création du centre de maintenance à Casablanca servira à améliorer la situation de tous les bateaux qui seront nécessaires dans le futur. C’est une occasion, également, pour créer un nombre important de main d’œuvre.

S’agissant des dépenses du Royaume dans le système de la défense nationale, ce professeur, considère que les investissements du Maroc dans ce domaine constituent un choix stratégique, parce que le Maroc se heurte à plusieurs menaces et plusieurs défis et vit dans une zone qui est menacée par le « terrorisme », le « séparatisme » et la « piraterie maritime ».

Le Royaume est devenu un pays « multipolaire », par ce qu’il achète non seulement chez ses partenaires historiques (les Etats-Unis et la France), mais aussi, parce qu’il diversifie ses achats avec la Russie, la Chine et d’autres pays.