Le Senior Fellow au PCNS propose une stratégie basée sur les risques pour déconfiner l’économie

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Dans une publication du Policy Center for the New South, le Senior Fellow au PCNS Uri Dadush, a proposé « une stratégie basée sur les risques pour déconfiner l’économie » pour éviter une deuxième vague de la pandémie.

Ce papier traite les possibilités d’utilisation des ressources internes limitées en matière de tests et de traçage en les concentrant sur les personnes les plus exposées au risque d’infection. « Malheureusement, à ma connaissance, on ne dispose pas de statistiques systématiques sur la manière dont les personnes ont été infectées en France et sur les lieux où elles l’ont été. Il est urgent d’obtenir ces renseignements », précise Uri Dadush.

Par ailleurs, le Senior Fellow a rappelé quelques enseignements des statistiques qui viennent d’être publiées sur l’origine des infections en Italie, où l’épidémie a suivi une trajectoire encore plus dévastatrice qu’en France, bien qu’elle soit à bien des égards similaire. « Entre le 1er et le 28 avril, 8.208 patients atteints de Covid-19 ont été interrogés par le très respecté “Istituto Superiore della Sanita” afin d’identifier le lieu d’infection le plus probable. Les maisons de retraite sont de loin le lieu d’infection le plus fréquent et représentent 49% de l’échantillon. Le deuxième lieu d’infection le plus fréquent était le domicile ou la famille, 22 % – ce qui n’est guère surprenant lorsque les personnes sont confinées chez elles. Viennent ensuite les hôpitaux, avec 10% des cas. Seuls 4 % des personnes infectées ont déclaré avoir contracté la maladie sur leur lieu de travail, même si une minorité importante d’Italiens ont continué à aller travailler- les travailleurs essentiels étant beaucoup plus nombreux que ceux des hôpitaux et des maisons de retraite. Environ 2 % des personnes interrogées ont déclaré avoir été infectées lors de croisières et de services religieux. Les 14 % restants ont identifié « d’autres » lieux non précisés ».

La suite de la publication_ Si les données italiennes renseignent la situation en France, et si de nombreuses preuves anecdotiques le suggèrent, les tests de dépistage fréquents et le traçage dans les maisons de retraite et les hôpitaux pourraient réduire le taux d’infection jusqu’à 60%. Enrayer les nouvelles infections dans les maisons de retraite et les hôpitaux n’est pas chose facile. La France compte environ 7.200 maisons de retraite, dont 57% sont privées, qui ont une capacité d’accueil de 600.000-750.000 résidents et emploient plus de 400.000 personnes. La France emploie plus de 600.000 infirmières. Mais, comme l’incidence de Covid-19 est très disparate en France avec des zones « rouges » beaucoup plus touchées que les zones « vertes », il est envisageable de tester régulièrement les personnes les plus à risque dans une population d’environ 2 millions de personnes, que l’ensemble de la population. Le traçage peut également être simplifié si l’on demande à tout le personnel des maisons de retraite et des hôpitaux de tenir un journal quotidien de leurs contacts. Comme les hôpitaux et les maisons de soins infirmiers sont une source si importante de nouvelles infections, leur éradication dans ces structures contribuera aussi grandement à réduire les infections à domicile ou en famille. En effet, celles-ci peuvent diminuer avec la fin du confinement même sans interventions supplémentaires.

Une stratégie de tests basée sur les risques est essentielle mais ne suffit pas. La politique actuelle de confinement des personnes infectées doit être révisée. Cette politique peut fonctionner pour les personnes vivant seules. Mais pour les personnes qui partagent un petit espace avec leur famille, rester à la maison est simplement la porte ouverte à plus d’infections. Pour ces personnes, un test positif doit signifier soit une hospitalisation, soit une mise en quarantaine dans un établissement distinct, par exemple un hôtel à proximité, réaménagé à cet effet, avec l’aide du gouvernement. Ce changement de politique pourrait, s’il est correctement mis en œuvre, réduire le taux d’infection de 20 % supplémentaires, toutes choses égales par ailleurs.


Avec la reprise des bureaux, des usines, des écoles et des bars et restaurants, les infections dans ces lieux vont forcément augmenter. La réponse à ce problème n’est pas simple. La meilleure façon est sans aucun doute de rendre les patrons responsables. Chaque usine, bureau, prison, bateau de croisière, porte-avions et école a un patron. Comme tout capitaine, une des responsabilités premières de cet individu doit être de veiller à la sécurité de son organisation. Cette exigence n’est guère nouvelle, comme en témoignent les nombreuses grèves et protestations qui réclament la sécurité au travail. Mais il nous faut désormais pouvoir attribuer explicitement les responsabilités de Covid-19 et contrôler les résultats, pour déterminer les responsables, si nécessaire, par la force de la loi.

Les infections au Covid-19 attribuées anonymement à une maison de retraite, un hôpital ou une usine doivent être comptabilisées et publiées en ligne sous une forme facilement accessible, pour permettre des comparaisons entre entités similaires. Si cela est fait, il faut s’attendre à ce que tous les patrons insistent, organisent et financent un dépistage accru là où les conditions l’exigent. Et s’attendre également à une application stricte de la distanciation sociale au sein de ces diverses organisations.

Pour survivre, le virus doit passer à au moins une nouvelle victime de chaque personne infectée. Ce ratio, appelé R0, est déjà inférieur à 1 en France. Une stratégie de dépistage basée sur les risques peut le réduire encore plus, même si l’économie est déconfinée.