« Le Triangle des certitudes »

« Le Triangle des certitudes »

 Abdessamad Mouhieddine

Le rapport des Marocains à la Pa­lestine date de temps immémoriaux. Des flux migratoires divers et variés se sont déroulés entre le Maroc et la Palestine depuis au moins trois mille ans. Juifs, Chrétiens puis Musulmans se sont livrés à des va-et-vient inces­sants sur toute l’étendue du déroulé historique de l’Afrique du Nord et de la terre de Palestine.

Deux précisions avant d’explorer l’histoire des flux migratoires et des influences entre le Maroc et la Palestine : Dans ce qui suivra, le vo­cable Palestine campera le territoire, et, par conséquent, l’épopée du judaïsme marocain, puis, après l’islamisation d’Al Maghrib Al Aqsa, le vecteur religieux qu’est l’islam. Deuxième précision : En Palestine, jusqu’aux années 40, les faits nationaux palestinien et israélien n’ont jamais émergé à la surface de l’histoire. Jusqu’au lendemain de la seconde guerre mondiale, aux sens tant khaldounien qu’hégélien du terme, la nation n’existait ni chez les Arabes de Palestine ni chez les Juifs qui y vivaient ou qui y ont immigré. Sous tutelle Ottomane puis anglaise, cette contrée ne verra les soubresauts du fait national juif et arabo-palestinien qu’à la faveur du combat anticolonialiste.

En vérité, les relations multidimen­sionnelles entre le Maroc et la Pales­tine sont profondément ancrées dans l’histoire. Des témoignages existent sur le commerce que les Juifs du Ma­roc pratiquaient avec les Romains, dès le IVe siècle avant J.-C. Ces premières communautés seront rejointes par les Juifs de la première diaspora, lors de la destruction du Temple de Jérusalem, en 581 avant l’ère chrétienne. Des villes, comme Salé (Chella) et Larache (an­cienne Lixus), deviennent des centres importants de négoce pour les Juifs du Maroc pratiquant le commerce de l’or et du sel. Cependant, le plus ancien té­moignage épigraphique ne remonte qu’au IIe siècle avant J.-C., s’agissant essentiellement d’inscriptions funéraires en hébreu et en grec trouvées dans les ruines de la Volubilis romaine. Au dé­but de l’ère chrétienne, les Romains en­vahissent la région, sans que les tribus berbères, pour la plupart de confession juive, n’opposent une très grande ré­sistance, et donnent au Maroc (et à une partie de l’Algérie occidentale actuelle) le nom de Maurétanie Tingitane (de Tin­gis, ancien nom de Tanger qui en était la capitale). Des traces archéologiques attestent d’une présence juive importante dans ces nouvelles provinces romaines.

Durant cette période, le judaïsme ber­bère s’épanouit au point que l’écrasante majorité des Marocains s’est choisie un mode de vie au rythme de la judaï­té. À partir de l’an 429, les Vandales du roi Geiséric commencent à envahir la Maurétanie, et vers 430, chassent les Romains de l’Africa romana. Les Van­dales trouvent en les Juifs des alliés so­lides et ceux-ci connaissent une liberté de culte pendant un siècle. En 533, le général Bélisaire, envoyé en Afrique par l’empereur byzantin Justinien pour chasser les Vandales, envahit la région et y impose les lois de l’Empire byzan­tin. Les Juifs vont alors connaître une période très sombre, entre brimades et conversions forcées, culte restreint et persécutions. Néanmoins, cela n’empê­chera pas la migration vers cette région des Juifs de la péninsule ibérique fuyant la répression exercée par les rois wisi­goths d’Espagne (devenus catholiques) dès le début du VIIe siècle (avec le roi Sisebut). Selon Ibn Khaldoun, à la veille de la conquête musulmane du Maghreb, plusieurs tribus berbères pratiquaient le judaïsme[]. Il rapporte : « Une partie des Berbères professait le judaïsme(…)Par­mi les Berbères juifs, on distinguait les Djeraoua, tribu qui habitait l’Auras et à laquelle appartenait la Kahena, femme qui fut tuée par les Arabes à l’époque des premières conquêtes. Les autres tri­bus juives étaient les Nefouça, Berbères de l’Ifrikïa, les Fendelaoua, les Medîou­na, les Behloula, les Ghîatha et les Fa­zaz, Berbères du Maghreb-el-aqsa » (1). Au VIIe siècle, les Arabes avaient tenté au Maghreb extrême plusieurs expédi­tions sans lendemain. Mais c’est au dé­but du VIIIème siècle que le gouverneur d’Ifrikya (correspondant à la Tunisie et à l’est algérien actuels), Moussa Ibn Noçaïr occupa définitivement Tanger, poussa jusqu’à Sijilmasa (l’actuelle Ris­sani) et imposa l’Islam parmi les tribus berbères. Mais le mouvement kharidjite, fortement égalitariste et rejetant l’or­thodoxie sunnite, va se répandre dans ces tribus et nourrir de nombreuses in­surrections contre les émirs arabes de Kairouan, représentants du califat. Dans cette période agitée, des juifs habitent dans les capitales des royaumes khari­djites, notamment Tlemcen et Sijilmasa.

A la fin du VIIIe siècle, un autre opposant au califat, Idris Ibn Abdallah, descendant de l’Imam Ali, est accueilli par la tribu des Awraba et fonde la ville de Fès, qui devient, par la suite, la capi­tale du royaume idrisside. Dès le début du IXe siècle, des Juifs venus d’Anda­lousie s’installent à Fès où ils cohabitent avec des juifs autochtones, et paient l›impôt de capitation, la « jizyah ».

Toutes dynasties confondues

Du côté marocain, depuis les Idrissi­des, le pèlerinage à Al Qods s’est imposé comme une halte plus ou moins obligée, d’autant que les moyens de transport vers la Mecque et Médine encourageaient les fidèles à emprunter un itiné­raire qui conduisait vers la première Qibla de l’islam à travers le canal de Suez puis la Palestine.

Deux périodes ont échap­pé à cette tradition : celle de l’Almohade Ibn Toumert et son « exécutant testamentaire » Abdelmoumen, d’une part, et celle du Mérinide Abou Youssef Yacoub (mort à Al­gésiras en mars 1286). Pour­voyeur d’un islam rigoriste, le chef des Almohades était opposé à toute démarche ha­giographique et maraboutique allant jusqu’à prohiber le pèlerinage du tombeau du Prophète. Quant à Abou Youssef Yacoub, réagissant aux harcèle­ments pratiqués par les Fatimides à l’en­contre des pèlerins marocains, il appela au sacrifice de l’Aïd al Adha au Maroc même et instaura le rituel de la fête du Mouloud in situ. « Al Hajjou houna kadalik » (« Le pèlerinage peut se faire ici aussi »), proclama-t-il. En dehors de ces deux exceptions, toutes les dynasties marocaines étaient sensibles à la sécuri­té, à la sacralité et au statut d’Al Qods. Ainsi, au Moyen-âge, lorsque les croisés occupèrent la Ville sainte, les Maro­cains se mobilisèrent. Sous la houlette de Saladin (Salah Addine Al Ayoubi), un contingent fort de quelques centaines de Marocains a vaillamment défendu Al Haram Ach-Charif. C’est ainsi que Saladin récompensa ces combattants Marocains en leur octroyant un quartier jouxtant l’Esplanade des Mosquées. « Hay Al Maghariba » était né. Durant plusieurs siècles, le quartier est resté le point de chute des pèlerins marocains, et, plus généralement, les Maghrébins. Des oulémas, des poètes et des penseurs d’origine marocaine s’y sont illustrés et nombre d’entre eux y moururent après y avoir fondé maisons d’hôtes et medersas.

Hélas, au lendemain de l’occupation d’Al-Qods en 1967 par les Israéliens, le quartier fut purement et simplement rasé. Sur ses décombres, la municipali­té israélienne de la Ville et l’Etat hébreu aménagèrent une grande place attenante au Mur des Lamentations. Mais le long rayonnement de « Hay Al Maghariba » a laissé des traces indélébiles à tous égards. Ainsi, les noms Maghribi, Fas­si, Morrakochi, Doukkalli ou Chinguitti (de Chinguitt, Mauritanie actuelle)...etc. ne sont pas rares parmi la population pa­lestinienne d’extraction « maqdiçienne ». Certains plats de la cuisine palesti­nienne de Jérusalem sont d’inspiration typiquement marocaine. L’artisanat lo­cal porte jusqu’à ce jour l’empreinte de villes telles que Salé, Safi, Fès et Mar­rakech. En réalité, l’attachement des Ma­rocains à la première qibla et au second Haram-Charif procède d’un mécanisme mental qui fait appel à un référentiel religieux massif. En effet, le fait même d’y pèleriner constitue un acte cinétique faisant référence à l’épisode de la « té­léportation » du Prophète Mohammad de la Mosquée Haram de la Mecque à la Mosquée Al Aqça (« al israe ») ainsi que son transfert de la terre au ciel (« al miâraj »). Dans l’imaginaire collectif des Marocains, tel que le soufisme et la tradi­tion hagiographique nous le décrivent, il s’agit d’une opération doublement trian­gulaire destinée à la quête d’affection et de bénédiction divines. Triangulaire, une première fois, parce qu’elle associe les trois espaces les plus sacrés pour un individu issu d’un islam foncièrement maraboutique : le chez-soi, Al Qods et la Mecque.

Dans la configuration ethnocultu­relle et cultuelle du Marocain, il s’agit là de «lignes rouges » irrévocables. Le « chez-soi » renvoie au territoire, au sentiment national, donc. Al Qods et la Mecque, eux, renvoient à la genèse même de cet islam marocain qui glo­rifie « Al Al-Bayt », les Chorfas. C’est là, en effet, où se trouve la matrice qui a enfanté la prophétie, d’Abraham jusqu’à Mohammad. L’imaginaire religieux marocain porte en lui un autre mécanisme triangulaire, à savoir le « chez-soi », la terre sainte (Al Qods et Makka) puis l’espoir d’une ascension sereine au ciel tel que la relate le Coran concernant « al israe oual miâraj ».

A l’indépendance du Maroc, le rap­port à la Palestine connaîtra des épisodes intenses dont, principalement, l’exode massif des Juifs vers Israël et la forte implication de Hassan II dans le conflit israélo-arabe. Commençons par la fin : Aujourd’hui, nous savons que les rela­tions réelles (sciemment occultées) entre Israël et le Maroc sont des plus intenses.

Certains chiffrent ces relations éco­nomiques au double des échanges entre l’Etat hébreux et la Jordanie ! « Mais, dès lors qu’il s’agit de l’Etat hébreu, en tant qu’entité politique, aucune des personnes concernées n’admettra pu­bliquement et ouvertement avoir un lien, de quelque nature que ce soit, avec Israël. Et pour cause. Entre un conflit israélo-palestinien vieux de plus de près de 60 ans et ses feuilles de route régulièrement « chiffonnées », un islamisme tentaculaire, des peuples arabes au bord du gouffre, le tout sur fond de « choc civilisationnel » et de guerres moyen-orientales, le contexte ne se prête pas vraiment à la franchise. Le silence et le malaise autour de la question se sont faits encore plus pe­sants, au lendemain de la fermeture, le 23 octobre 2000, à Rabat, de l’unique bureau de liaison israélien au Maroc et de celui du Maroc à Tel-Aviv suite à la seconde Intifada. Pourtant, des Maro­cains musulmans et des Juifs israéliens continuent à entretenir des relations politiques, commerciales, touristiques ou amicales » (2).

Par ailleurs, le Maroc s’est soustrait habilement de toute implication volon­tariste à la Hassan II. La richesse des rapports humains, commerciaux, poli­tiques et diplomatiques entre Israël et le Maroc ne peuvent être soumises à un examen surfacique. On dirait là qu’il s’agit là d’un « pacte de connivence » permettant aux deux parties de se sortir des aléas diplomatiques sans la moindre blessure narcissique. « Je suis attaché au droit d’Israël à l’existence à équidis­tance par rapport au droit inaliénable des Palestiniens à construire un Etat viable », semble professer le décideur marocain. Et puis, fondamentalement, la rue marocaine ressent avec la même intensité, d’une part, l’indignation face aux actes barbares commis par les forces israéliennes et, d’autre part, une certaine « admiration-répulsion » vis-à-vis d’Is­raël. D’ailleurs, l’ensemble de l’arc po­litique marocain a flirté plus ou moins régulièrement avec les personnalités politiques et sécuritaires israéliennes. Depuis le retour de Mohamed V de son exil jusqu’à ce jour.

De Ben Barka  à Hassan II

Ben Barka lui-même a navigué dans ces eaux-là. Sans doute avec les meil­leures intentions qui soient. Mordekhay Gazit du Mossad raconte : « L’idée d’envoyer un délégué israélien à Ben Barka venait du chef du Mossad Isser Harel, après un entretien qu’il eut avec Gazit à l’aéroport de Lod, lors du re­tour du Premier Ministre Ben Gourion de l’étranger. Par la suite, Golda Meir accepta l’idée d’une mission de Caroz au Maroc. Elle « décida d’envoyer à Ben Barka « un délégué particulier », qui n’était autre que le chef de la sec­tion Tevel au Mossad, Yaaqov Caroz. Chouraqui (André, islamologue et an­cien maire de Jérusalem, NDLA) fut sollicité pour organiser, au plus tôt, une rencontre avec le leader maro­cain en exil, en présence de l’ambas­sadeur Walter Eitan (…) Après les premières médiations de Chouraqui et de Golan, et l’entretien de Ben Barka avec Yaaqov Caroz, le prince héritier Moulay Hassan dépêcha un délégué spécial au ministre des affaires étran­gères, Golda Meir. Le président de la commission économique de l’Assem­blée consultative, Bensalem Guessous de Fès, arriva à Jérusalem le 15 avril 1960 et suggéra un plan détaillé pour l’évacuation des Juifs du Maroc. Le 11 mars, Alexandre Easterman rencontra le Prince pour mettre en oeuvre le pro­jet d’évacuation. Des pourparlers plus poussés furent entrepris avec le cousin du roi Moulay Ali par l’intermédiaire de Isaac Cohen Olivar et Becking» (3). Malgré son admiration du système coopératif et du «génie agricole» israéliens, Ben Barka inspirait plutôt des réserves de la part des responsables israéliens. «La réserve d’Israël à son égard, était motivée par des pourpar­lers qui se déroulaient parallèlement depuis août 1960, entre Easterman et le Prince héritier (futur Hassan II) et qui avançaient prudemment vers un accord global pour l’évacuation des Juifs du Maroc » (3). Par conséquent, aussi bien le chef de l’Etat que le chef de «son» opposition la plus radicale ont eu des contacts, parfois conclu des «accords», avec l’Etat d’Israël. Les épisodes de la série d’entretiens préparatifs de la visite de Sadate sous la houlette de Hassan II, de la rencontre d’Ifrane, de la visite de Rabin à la Mosquée Hassan II et tant d’autres épisodes attestent de la proximité multiforme existant – et résistant toujours – entre les deux pays. Qui peut évaluer à la dizaine de millions de dollars près le volume actuel des échanges entre les deux pays ? Sous des licences européennes, américaines ou asiatiques, des sociétés écrans et des «prête-noms» divers, les Marocains acquièrent une foultitude de produits et de services allant de la technologie, voire des nanotechnolo­gies, aux dattes importées à la veille du Ramadan. Sur les plans politique et diplomatique, les relais ne manquent ni en Israël ni au Maroc. « Je ne te parle pas ; je te « fais dire » par « envoyés (très) spéciaux » interposés », semble être le credo. D’autant que, à proximité du Roi, sont logés un André Azoulay habile, discret et loyal et un chef communautaire (Berdugo) gratifié du statut d’« ambassadeur itinérant ».

La question palestinienne, quant à elle, s’est imposée aux forces politiques marocaines dès le lendemain de l’indé­pendance. Allal El Fassi en fit une prio­rité au point d’avoir inspiré la création de la puissante «Association marocaine de soutien à la lutte palestinienne». Cer­tains politologues se sont même risqués à lier l’engagement de Hassan II dans le soutien à l’OLP de Arafat au dynamisme politique de la gauche et de l’Istiqlal sur le terrain de l’activisme pro-palestinien. La reconnaissance, lors du sommet de Rabat de 1974, de l’OLP en tant que re­présentant exclusif du peuple palestinien constitua autant un billet d’entrée au coeur de la stratégie « arafiste » qu’une auto-proclamation « partie concernée » à l’adresse des Israéliens ou encore un outil efficace de « pouvoir de médiation ». De plus, les manifestations monstres de soutien à la cause arabe, particulière­ment palestinienne, si elles constituent avant tout un défouloir et une démons­tration de force face aux pouvoirs pu­blics, elles viennent confirmer la fibre religieuse qui habite l’imaginaire maro­cain à cet égard.

La stratégie  Mohammed VI

A l’ère de Mohammed VI, la règle semble aller vers des rapports dépas­sionnés tant à l’encontre des Israéliens qu’à l’égard des Palestiniens. Face aux premiers, on s’arrête devant la décla­mation des principes du droit même si le lobbying pour le Sahara mérite quelques entorses plus ou moins mi­neures. Aux seconds, on offre les fonds récoltés par le Comité Al Qods, on ga­rantit un alignement sur les positions arabes que chaque sommet pourra énoncer et on intensifie l’aide huma­nitaire durant les épisodes les plus meurtriers, comme celui de Gaza en cet hiver de fin 2008-début 2009. En revanche, on s’interdit toute diploma­tie volontariste dans un sens ou dans un autre, les rares initiatives du début de règne ne valurent pas que des assen­timents. Durant le massacre de Gaza, Mohammed VI a été même jusqu’à ex­primer vigoureusement son refus d’as­sister à un sommet arabe que les Etats de la Ligue du même nom n’arrivent ni à qualifier, ni à en choisir le lieu, ni, a fortiori, à en sortir avec des décisions tangibles et praticables.

Chaque fois que l’armée israélienne récidive en commettant les actes bar­bares que l’on sait à Gaza, les Marocains se partagent les rôles : la colère et l’indi­gnation tonitruante aux élites politiques et à la société civile ; au gouvernement la stigmatisation au nom du droit interna­tional et au Palais la dénonciation prin­cipielle doublée d’un activisme zélé au chapitre de l’humanitaire. Cette réponse au sein de laquelle les islamistes ma­rocains ont pu prendre (leur) pied ren­seigne sur la multitude des paramètres qui s’imposent au Maroc arrimé doréna­vant à l’Europe par le biais du « Statut avancé » et qu’il y a lieu de prendre en considération s’agissant du rapport à Is­raël et aux Palestiniens, toutes tendances confondues. Par ailleurs, Près d’un bon million d’Israéliens sont originaires du Maroc. Même si, majoritairement, ils gonflent les rangs de la droite et de l’extrême-droite israéliennes, ils sont contents de compter plus d’une ving­taine de places, de rues et même d’ins­titutions culturelles dédiées au Maroc et, surtout, à ses deux avant-derniers souve­rains.

En somme, le rapport des Marocains au judaïsme et à la question palesti­nienne demeurera présent tant que le flux émotif de la rue n’aura pas décidé du contraire. L’imaginaire a ses lois contre lesquelles la réalité se trouve souvent contrariée. Une chose est sûre : l’impact de l’humiliation de juin 1967 est encore vivace dans cet imaginaire. Sabra et Chatilla aussi. Gaza risque de produire le même type de rancoeurs, sinon davan­tage. « Ils détruisent leurs propres de­meures de leurs mains et de celles des Croyants. Méditez donc, ô éclairés », dit le Coran. « Israël est en train de creuser sa propre tombe », diront à l’unisson un ancien ambassadeur de France à Tel- Aviv et Tarik Ramadan sur un plateau de télévision (4). n

(1) Ibn Khaldoun, Histoire des Berbères

et des dynasties musulmanes de l’Afrique septentrionale, traduction de William McGuckin de Slane, éd. Paul Geuthner, Paris, 1978, tome 1, pp. 208- 209

(2) MHI, N° du 13 mars 2007

(3) Croisement de « L’amour comme

la Mort » d’André Chouraqui avec

les mémoires de Mordekhay Gazit

(4) « Ce soir ou jamais », une émission

de la chaîne française France 3

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