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L’Égypte sur la voie des réformes

Par Charles Saint-Prot

Le référendum visant à modifier la Constitution égyptienne a eu lieu du 20 au 22 avril. Il a réuni 44,33% de votants (88,83 de oui), ce qui est plutôt convenable dans un pays où l’abstention est traditionnellement importante (28,3 % aux élections législatives de 2015, 41,9% au référendum constitutionnel de 2011, 38,6% au référendum constitutionnel de 2014). Cette révision constitutionnelle a été rendue nécessaire par le fait que le pays est engagé dans une phase de reconstruction. Il faut du temps pour que les dirigeants, qui ont imprimé cette ligne de développement puissent réaliser leurs objectifs. En outre, l’Égypte a été prise dans les turbulences des événements de 2011, la dictature des Frères musulmans, et un environnement géopolitique difficile avec ce qui se passe en Libye, en Algérie, au Soudan ou en Palestine, qui sont tous des voisins d’une nation qui doit par surcroît surmonter des défis sécuritaires (notamment dans la région du Sinaï proche de Gaza), économiques et sociaux. Relever l’ensemble de ces défis est le grand pari engagé par le président Abdelfattah el Sissi.

La révision constitutionnelle concerne une douzaine d’articles. Les modifications sont destinées à renforcer les libertés en garantissant la représentation parlementaire des femmes avec un quota de 25%, et une représentation adéquate des jeunes, des chrétiens, des personnes aux besoins particuliers et des Égyptiens de la diaspora. Le projet prévoit aussi le retour au bicamérisme avec la création d’une seconde chambre au Parlement afin de donner la parole à des experts et des sages. Enfin, deux articles sont destinés, d’une part, à faire passer la durée du mandat présidentiel de quatre à six ans pour deux mandats successifs, permettant au président actuel de se représenter jusqu’en 2030, et, d’autre part, à affirmer le rôle de l’armée, comme « gardienne et protectrice de l’État, de la démocratie, de la Constitution et des principes de la révolution du 30 juin 2013 ».

Ces amendements visent à parachever un processus enclenché en juin 2013 avec la révolte contre les Frères musulmans. On voit aujourd’hui quels désordres ont provoqué les prétendus « printemps arabes » qui ont surtout fait le jeu des extrémistes religieux qui constituaient la principale force organisée de l’opposition. Au Caire, l’installation au pouvoir de la tyrannie des Frères musulmans n’a pas constitué une avancée pour la démocratie, bien au contraire. C’est précisément contre les Frères musulmans que le peuple s’est révolté à partir du 30 juin 2013, avec le soutien de l’armée.

Le faux débat du nombre de mandats

Dans ces conditions, il faut sortir du faux-débat du nombre de mandats présidentiels. Il faut se garder des visions idéologiques. La question n’est pas de changer de tête tous les 4 ou 5 ans au nom d’une rotation qui s’apparente à un jeu de chaises musicales. Il faut au contraire prendre la mesure de la réalité. La Constitution égyptienne est marquée par un retour au régime présidentiel. Or un tel régime implique le droit d’être élu et d’être réélu dès lors qu’on dispose d’une majorité populaire. De facto, les limitations de mandat restreignent les droits politiques des électeurs qui doivent pouvoir réélire un candidat s’ils le désirent. Dans la Constitution de 1958 voulue par le général de Gaulle, il n’y avait pas de limite au nombre de mandats du président de la République. C’est seulement en 2008 que la Constitution française a subi une énième modification limitant le nombre de mandats à deux, en violation de l’esprit des institutions gaullistes. Sur le plan géopolitique, il est également clair que les dispositions sur le mandat présidentiel en Égypte devaient être adaptées à la conjoncture du pays et de la région. Il fallait les modifier car l’Égypte a besoin de stabilité et de continuité pour faire face à de nombreux défis en termes de sécurité et d’économie. Il est évident que l’Égypte d’aujourd’hui ne peut se passer d’un régime fort.

Les réformes économiques

Outre la sécurité, la priorité est de maintenir un taux de croissance élevé, supérieur à 5%. Les autorités égyptiennes ont engagé, depuis 2014, des réformes volontaires et courageuses. La question essentielle est de nourrir, d’éduquer et de soigner une population de près de 100 millions d’habitants et de réduire la démographie galopante. C’est la raison pour laquelle les autorités du pays ont lancé des chantiers très importants :

– le doublement du canal de Suez, qui devrait permettre de doubler les revenus liés au trafic maritime ;

– la construction d’une nouvelle capitale administrative et de 13 autres villes nouvelles ;

– l’exploitation du gaz en Méditerranée orientale, avec le champ géant de Zohr.

En outre, les fondamentaux macro-économiques ont été restaurés, puisque les réserves de change, tombées à 13 milliards en 2013, atteignent maintenant 45 milliards de dollars. D’après le FMI, le chômage a atteint son plus bas niveau depuis 2010. Mais ces réformes, pour produire pleinement leurs effets, supposent de s’inscrire dans le temps long. Donc, le temps n’est pas à pérorer mais à soutenir les efforts de redressement national et de lutte contre l’extrémisme. L’Égypte est un partenaire important pour les pays occidentaux, en particulier la France et les États-Unis. Rappelons que la France considère l’Égypte comme un partenaire indispensable dans la région, en particulier pour ce qui concerne le dossier libyen et la lutte contre l’extrémisme.

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