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Les Canaries : voyage dans le présent et le passé d’un proche voisin…

Les Canaries : voyage dans le présent et le passé d’un proche voisin…

Par Hervé Pons

Saviez-vous que cet Archipel touristique, géographiquement marocain, fut d’abord conquis par un Français et ne devint espagnol que par un hasard historique…C’est ce que vous apprendrez entre bien d’autres choses dans ces notes de vacances à travers des Iles finalement assez méconnues  malgré leur proximité.

J’ai passé mes vacances aux Canaries et j’en reviens convaincu : pas besoin d’aller au bout du monde pour aller chercher des îles paradisiaques. Elles sont là toutes proches, au large du  Sahara marocain. Toutes différentes et aussi belles les unes que les autres. Personnellement, un faible pour Tenerife, la plus variée de toutes. Avec le pic de son volcan, le Teide, culminant à plus 3700 mètres, et dont les pentes forment en fait l’île elle-même et descendent de façon douces ou abruptes jusqu’à l’océan. Ce qui fait que vous passez de sommets aux paysages lunaires (enneigés une partie de l’année), à des forêts de pins, des aires de végétation tropicale, des déserts arides à cactus, des plages de sable noir, d’autres blondes…

Bref, un continent en miniature, un microclimat qui tourne autour de 25° toute l’année, des villes charmantes, au passé riche, au présent européen…Résultat : plus de 17 millions de touristes l’an dernier, pour une population de quelque 2 millions d’habitants. Et c’est l’Espagne qui profite de ce cadeau de la nature, alors que si l’on connaît l’Histoire de cet archipel, on sait que c’est par un concours de circonstances historique que le Royaume de Castille se retrouva à la tête de ces terres « africaines », et pratiquement marocaine, géographiquement parlant. A 130 kms exactement entre Tarfaya et Fuerteventura, l’île la plus proche. Et il faut moins de deux heures entre Casablanca et Tenerife, avec un des nombreux vols hebdomadaires de la RAM (qui relient aussi les Canaries à  Marrakech, Agadir ou Lâayoune).

 C’est en effet un Français et pas un espagnol qui le premier conquit trois de ces îles en l’an 1402. Son nom ? Jean de Béthencourt. Un noble normand ambitieux et aventurier, accompagné d’un homme d’armes, Gadifer de la Salle, originaire de Gascogne.

 Les deux compagnons entreprennent la conquête de ce qui était alors connu par les vieilles civilisations grecques, phéniciennes et autres, comme « Le Jardin des Hespérides », « Les Iles Bienheureuses et Fortunées », un lieu idyllique, au-delà des colonnes d’Hercules, qui n’appartenait en principe à personne. L’Atlantique n’étant alors qu’une vaste étendue d’eau ignorée et crainte.

Voici donc Jean de Béthencourt qui arrive le premier, avec une poignée d’hommes (une soixantaine environ) sur l’île de Lanzarote, qu’il conquiert assez facilement. La peuplade qui vit sur cette île, est peu nombreuse et plutôt pacifique. Elle vit pratiquement à l’âge de pierre, est vêtue de peaux de bêtes et n’a pas d’armes à feu pour se défendre des envahisseurs. Tout se passe donc relativement bien pour Jean de Béthencourt qui en profite pour conquérir deux autres îles, celles de Fuerteventura et de la Gomera. Par contre, quand ses hommes s’attaquent aux îles de Grande Canarie et de Tenerife, ils trouvent là des tribus plus belliqueuses et moins disposées à se laisser soumettre.

→ Lire aussi : Le Maroc et les îles Canaries ont beaucoup à gagner en collaborant dans le domaine du tourisme

Béthencourt décide donc de demander de l’aide au Roi de France, mais celui-ci refuse, empêtré dans ses conflits avec l’Angleterre et ne considérant pas ces territoires lointains, sans or ni pierres précieuses, suffisamment rentables pour y investir du temps et de l’argent. Jean de Béthencourt va alors proposer ces terres au Roi d’Espagne en échange de soutien, dans l’espoir de conserver ses biens. En fait, il mourra dans sa Normandie natale lors d’un séjour dont il ne reviendra pas, et ses descendants ne parviendront jamais à récupérer leur héritage.

 C’est ainsi que l’Espagne se retrouva souveraine d’un archipel qui lui servira d’escale sur la route des Amériques  après que Christophe Colomb s’en soit servi comme halte pour se ravitailler en eau et victuailles lors de son aventure à la recherche des « Indes Occidentales ». Cette conquête des Canaries ne se fera cependant pas sans de sanglantes batailles contre les autochtones canariens (les Guanches notamment sur l’île de Tenerife). Ces combattants valeureux qui, avec des armes rudimentaires, se défendirent farouchement. Face à la défaite, beaucoup préférèrent d’ailleurs se suicider que de se rendre, en se jetant du haut de vertigineuses falaises.

D’où provenaient ces gens qui vivaient dans ces îles avant l’arrivée des Européens ? Les avis différent. Pour certains, ce serait les descendants d’un continent enfoui sous les eaux ; le fameux Atlantide, dont les restes seraient restés à la surface formant des îles, des Açores au Cap Vert. Mais l’hypothèse la plus évidente, c’est celle qui assure que ce seraient des ancêtres des tribus berbères du Sud Marocain. Il y a des preuves tangibles de cette option, selon bien des historiens et archéologues, mais celle qui saute aux yeux quand on visite les Canaries concerne le nom propre de nombreux lieux qui par leur orthographe et consonance, s’apparente à ceux des régions amazigh (berbères) du Maroc.

 Le seul doute viendrait du fait que les natifs des Canaries ne connaissaient pas la navigation. Comment auraient-ils donc pu se retrouver en plein océan et passer du continent africain à ces îles ? La réponse la plus crédible, est celle qu’ils auraient été amenés là, avec ou contre leur volonté, comme déportés en quelque sorte, et oubliés ensuite pour des raisons mal connues.

 Quoi qu’il en soit, il y a du Marocain chez ces gens, et il suffit de regarder aujourd’hui encore le physique de nombreux canariens, pour y voir la ressemblance avec le type maghrébin. Comme avec les espagnols d’Andalousie, sauf que, hormis les pirates « barbaresques » des XVIII et XIXème siècle qui y firent des incursions, le Maroc ne chercha à s’approprier de force de ces terres, malgré leur proximité. A tort peut-être, contrairement aux Français, aux Portugais ou aux Anglais qui ne se génèrent pas pour tenter de s’en emparer.

Mais ce n’est pas le sujet ici d’en discuter. Je voulais juste vous commenter mes notes de vacances chez nos voisins canariens, et vous inviter à découvrir ces îles chantées par Homère et bien d’autres vénérables poètes et érudits des temps anciens qui en faisaient rien d’autre que le « paradis terrestre »….

 

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