Les héros de tous les jours

médecins

La pandémie a mis sous les projecteurs des médias le corps médical. Il ne se passe pas un jour sans que les uns et les autres, gouvernants en tête, ne rendent hommage aux combattants du coronavirus, de l’aide-soignante au professeur émérite, le pacha de ce bâtiment si spécial qu’est l’hôpital.

Loin de moi l’idée de méconnaître les mérites des soignants, des médecins et des scientifiques de la recherche médicale. Mais en toute chose, il faut raison garder. C’est la faute aux médias si certains docteurs en médecine se sont pris au jeu du vedettariat. Ils ont vite compris le mécanisme de la popularité et certains sont restés dans le cycle alarmiste, propice à la prééminence de la profession.

Mais chaque chose a un temps, et chacun a son heure de gloire. Toutes les professions ont leurs héros, et en cela ce sont les circonstances qui décident. Ne croyez-vous pas que les boulangers, qui transpirent dans les fournils aux aurores, ne sont pas les héros de notre pain quotidien ?

Nous vivons en société, c’est-à-dire dans l’interdépendance des uns des autres. Nous sommes toujours un héros pour quelqu’un.


Les médecins, les pompiers, les forces publiques et bien d’autres sont considérés, à juste titre, les héros du quotidien. Ces personnes sont présentes tous les jours en cas de besoin pour le bien-être de leur prochain. Chacun, à son tour tient, tiendra ou a tenu le rôle principal, faisant de lui le héros du moment.

Le coronavirus n’a nullement changé l’échelle de valeur ou la construction de la société. Il a mis en lumière, c’est certain, des corps de métiers dont nous avons peut-être oublié l’importance. Il nous a fait prendre conscience de nos interdépendances, mais ne peut pas aboutir à une révision drastique des relations humaines qui sont, elles, basées sur la sérénité et pas la panique.

Les médecins vous diront qu’à force de frapper un individu, il finit par ne plus sentir la douleur. Les spécialistes de la torture le savent bien, et mettent une pause entre chaque sévice. Les médias et les gouvernants, à force de matraquer le même message, vont finir par obtenir le contraire du but recherché.

Autrefois, le monde médical était clos, vertical et hiérarchisé, plus, il était muet, tenu par le secret médical. Aujourd’hui, l’émergence des technologies de l’information et de la communication modifie la donne. Cette intrusion de la technologie a pour conséquence de perturber la relation singulière médecin-patient.


À l’ère des médias sociaux, de l’information instantanée et de la perméabilité entre les sphères publique et privée, il peut être tentant pour le corps médical de répondre aux questions pressantes des médias qui s’intéressent à la condition de ses patients, alors que ces derniers ne sont pas en mesure de lui fournir les autorisations requises.

Désormais, un nouveau rapport de force s’impose : celui d’une société consumériste d’information médicale où transparence, confidentialité, échange et partage des données s’affrontent à travers les enjeux humains et éthiques qui en découlent.

Plus les technologies de l’information et de la communication s’étendent et plus elles bouleversent notre vision du monde. En ce sens, les notions d’échange, de partage et de flux, qui matérialisent la capacité des parties à interagir, se mélangent et se complètent.

La transparence exigée constitue «un fondement essentiel de la sphère publique», mais la quête d’une transparence de l’information n’a rien de nouveau. Ces vingt dernières années, la pression s’est amplifiée, sous l’effet d’un mouvement de citoyenneté à l’allure de phénomène de société. Ce phénomène s’est renforcé par l’émergence grandissante des médias dans le monde de la Santé.