Les maîtres de l’univers

Les maîtres de l’univers

 Par Gabriel Banon

Les Gilets jaunes en France, les populistes en Italie, les «Trumpistes» aux Etats-Unis, toutes ces manifestations du peuple profond, apparemment sans liens, sont les indices avant-coureurs d’une prise de conscience et d’une révolte contre l’ordre établi et surtout contre ceux que l’on appelle « les Maîtres de l’Uni­vers ».

Ils sont rarement des élus, ils ne re­présentent qu’eux mêmes, leur puis­sance d’argent et leur capacité de nui­sance. Ce sont incontestablement les Maîtres de l’Univers.

La complexité du Monde n’empêche pas de constater qu’une poignée d’ac­teurs exercent une influence prépon­dérante sur les affaires du monde et, souvent, aux dépens des autres.

Il ne s’agit pas ici de complot, au sens littéral du terme, il ne s’agit nul­lement de conspiration, encore moins d’une structure secrète de gouver­nance mondiale.

C’est une construction progressive que les clans, comme les grandes écoles, les grandes institutions, ont bâ­tie, petit à petit, par cette arme redou­table, la cooptation. C’est ainsi que se sont construites les Élites qui gou­vernent, politiquement, économique­ment et socialement. Ces élites sont soumises au bon vouloir des lobbies, dont les groupes de pression idéolo­gues, servent d’alibi. Ces lobbies sont une des armes qu’utilisent les vrais acteurs du monde économique et fi­nancier.

Au niveau des Nations, on ne peut nier la prépondérance de l’influence des Etats-Unis sur le reste du monde depuis 1945, année qui marque le sommet de leur puissance et le début de leur déclin. De nos jours, ils pré­sident encore largement au devenir du monde, mais partagent, maintenant, cette influence active avec d’autres puissances comme la Chine, la Russie mais plus ou pas encore l’Europe.

Politique américaine, voix des classes possédantes

Noam Chomsky, philosophe, lin­guiste et historien américain, lors d’une de ses interventions publiques, a décrit la politique étrangère des Etats-Unis comme une volonté de fa­voriser, coûte que coûte, l’expansion ou le maintien de l’empire américain. Pour lui, «les États-Unis ne peuvent tolérer le nationalisme, la démocra­tie et les réformes sociales dans le tiers monde, parce que les gouver­nements de ces pays devraient alors répondre aux besoins de la popula­tion et cesser de favoriser les intérêts des investisseurs américains». Sans approuver complètement ce jugement, force est de reconnaître que la politique américaine, qui est l’expression des classes possédantes, a été impliquée dans « le renversement de la démocratie, l’entrave au dé­veloppement indépendant et la légitimation de la force dans le monde, au nom de la démo­cratie ».

Aux États-Unis, le mouve­ment des « Occupy » a été la première réaction au cynisme de ces classes. Occupy Wall Street (OWS) ou Occupy New York, est un mouvement de contestation pacifique, dénonçant les abus du capitalisme financier, créé en 2011 et qui a fait tache d’huile aux Etats-Unis.

Tant que ce cynisme durera, on assistera à une amplification de ces mouvements qui créent des commu­nautés, des solidarités et des idées qui seront durables.

Hausse du pouvoir d’achat, dites-vous ?

Quant à la démocratie européenne, elle est menacée par la concentration des richesses et les écarts, de plus en plus importants, entre les démunis et les riches.

La foi des citoyens dans les insti­tutions démocratiques est pire en Eu­rope qu’aux États-Unis : Bruxelles concentre les pouvoirs décisionnels et les élections européennes n’ont prati­quement aucune incidence sur sa po­litique.

Les élites gouvernantes, après le choc pétrolier de 1973, n’ont pas eu le courage de dire au peuple que le mo­dèle économique des 30 années précé­dentes, fondé sur une énergie peu coû­teuse, était remis en cause.

La baisse réelle du pouvoir d’achat a été masquée par les politiques mo­nétaires, par l’inflation, les délocalisa­tions d’origine des biens consommés.

Lorsque le Président Mitterand déclare au peuple français que nous ne sommes plus à l’ère du travail mais à celle des loisirs, il égare la population dans un concept totalement erroné dont les effets seront amplifiés par le passage aux 35 heures.

Des produits fabriqués dans des pays à bas salaires arrivent en Occi­dent avec des prix plus bas que s’ils avaient été produits en Europe.

Cela donne une fausse idée d’une hausse du pouvoir d’achat.

L’emploi se délocalise, une forte pression pèse sur les revenus salariaux qui n’évoluent plus que peu.

Les salariés sont pris en tenaille. L’accroissement de la masse monétaire qui se place en immobilier, fait croître les prix. Cette hausse fait passer de 6% le revenu consacré au logement des ménages à 20/25/30% aujourd’hui. Le revenu disponible pour les autres dé­penses est donc nettement en baisse.

Aujourd’hui, l’indice du coût de la vie n’est plus le reflet de la réalité.

Dans ce contexte, le peuple se sent floué pas ses élites qui, dans le même temps, s’attribuent des avantages sa­lariaux énormes et même des exemp­tions d’impôts incroyables (comme dans le cadre du Parlement européen).

Le cocktail est explosif : baisse réelle du pouvoir d’achat, des élites vivant dans le luxe, avec des rentes inacceptables, des nantis ayant ache­té de l’immobilier préservé de l’éro­sion réelle, voient leur fortune croître, d’autres nantis effrayés par une fisca­lité trop lourde, prennent la fuite.

Le pouvoir des élites

Mais « les Maîtres de l’Univers » ne représentent pas les populations des puissances dominantes. Malgré le crédo de la démocratie, l’influence de la population sur les décisions politiques est des plus minimes. Le vrai pouvoir d’influence et in fine de décision, est exercé par des élites économiques et des organismes supranationaux, agissant au nom d’intérêts commerciaux. Leur in­fluence sur la politique gouvernementale a pour moteur une forme sophistiquée du chantage.

De ce fait, la population au bas de l’échelle, c’est-à-dire la majorité, se voit dans les faits, exclue des choix politiques au profit d’une mince couche de la popu­lation à qui est donnée une influence dé­mesurée.

Mais le peuple, même s’il n’est pas au courant du détail de l’élaboration des décisions, sent, inconsciemment, cet état de chose. Tant qu’il reçoit une partie du gâteau, aussi infime soit-elle, ses velléi­tés de rejet, restent au stade du « café du commerce ». Cette prise de conscience se traduit, d’abord, par l’abstention aux consultations. La montée de l’abstention est le signal d’alarme. C’est le premier signe d’un rejet des élites et le premier acte de défiance envers les acteurs poli­tiques.

Aujourd’hui, une vaste majorité des po­pulations, un peu partout dans le monde occidental, est convaincue que les poli­tiques obéissent à un ensemble d’intérêts dominants.

L’inégalité galopante, le phénomène quasi général de la paupérisation des uns et de la richesse grandissante des autres, amène le peuple à rechercher un nouveau « messie » en dehors de l’élite gouvernante. Il serait simpliste d’appeler le phénomène « Populisme » ou encore « opportunisme ». Les centres de décision en Europe, par exemple, se sont éloignés des citoyens, les bureaucrates de Bruxelles les ignorant superbement. Les partis po­litiques, obnubilés par l’argent néces­saire à leurs campagnes électorales, ne se montrent pas à la hauteur des situations. Ils n’analysent plus les événements qui les portent plus qu’ils ne les maîtrisent.

La guerre des classes est dépassée par l’information en temps réel, son histoire est longue et parfois amère. Les « mar­chands et manufacturiers » d’Angleterre, du temps d’Adam Smith, ont laissé la place aux « complexes militaro-indus­triels » et aux GAFAS.

Chaque jour ou presque apporte son lot d’inquiétantes découvertes scientifiques détournées par les militaires. Tout aussi funeste est la menace grandissante d’une guerre nucléaire s’accompagnant d’un sentiment d’impuissance.

Alors, le petit peuple veut prendre son destin en main. Fini le « Politiquement correct », fini les problèmes confiés à des commissions ad oc, fini l’exclusivité du savoir aux élites.

Le peuple ne se contente plus de gron­der, il agit. Il agit et bouscule les institu­tions et l’ordre établi. Il veut être entendu et respecté.

Aux Etats-Unis, ils ont mis un des leurs à la Maison Blanche ; en Italie, ils ont pris le pouvoir. Le reste de l’Occident retient son souffle.

Mais les élites restent les élites, et la bonne gouvernance n’est pas à la por­tée du premier venu, fusse-t-il un « Gilet jaune ».

La structure démocratique n’est plus contraignante pour les puissances mon­diales actuelles. Ces puissances ont, au­jourd’hui, un tel potentiel destructeur, qu’il est urgent, pour la sauvegarde de l’humanité, de prêter plus d’attention à ceux qui les critiquent.

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