Les MDM, Marocains du Monde : une chance qu’il faut préserver et défendre

Par Farida Moha

C’est un chercheur africain qui a le mieux résumé  la force et le rôle de la diaspora : Emeka Chikezie a formulé les 5C du Capital de la Diaspora pour mettre en évidence les diverses formes d’engagement de la diaspora, que sont le capital financier, le capital intellectuel, le capital politique, le capital culturel et le capital social peut fournir au pays d’origine..

Des engagements qui sont d’autant plus attendus que la crise est profonde et qui se sont déployés intensément comme l’atteste la formidable solidarité manifestée par exemple envers nos compatriotes bloqués à l’étranger lors de l’explosion de la Covid 19 en 2020..2021..Comme l’atteste le rush de l’été, unique au monde, où des millions de MDM se déplacent de pays en pays pour revenir au « Bled » ,revigorer les liens familiaux tout en donnant un coup de fouet à l’économie grâce à leur consommation et transfert d’argent réalisés parfois au prix de sacrifice de leur bienêtre .

Malgré la crise qui a agi comme un rouleau compresseur au Maroc et en Europe, les transferts de fonds n’ont pas diminué, fournissant une aide aux populations les plus pauvres notamment  aux personnes du secteur informel qui occupe une place importante au Maroc. Les Marocains du monde  ont affirmé le rôle que peuvent jouer les diasporas avant, pendant et après cette crise inédite de 2020 qui se poursuit avec l’émergence d’autres variants, avec les conséquences des tensions et conflits aux portes de l’Europe et celles du changement climatique impactant la ressource hydrique et alimentaire.  Cette solidarité naturelle témoigne de la force des liens avec le pays d’origine  et  montre combien les MDM sont capables de s’engager d’autant plus intensément que la crise est forte .Or nous savons que notre pays traverse une crise économique conséquente  et qu’il a plus que jamais besoin des transferts de fonds et des  compétences de notre diaspora et de son expertise , véritable aiguillon et levier du développement

Du Brain Drain au Brain Gain

Comment mobiliser les diasporas et faire de ce capital humain et social un atout pour transcender la crise et contribuer au développement du Maroc ? Comment valoriser les compétences de la diaspora qui a conservé un lien fort avec son pays d’origine et qui veut s’impliquer et  s’engager  notamment dans les moments de crise que nous vivons ? Comment en un mot dans cette guerre des cerveaux mondiale, guerre de la captation de la connaissance transformer le brain-drain, l’exode des cerveaux en brain-gain, le gain des cerveaux étant nécessaire à la modernisation du Maroc, un Maroc qui a plus que jamais besoin de  hauts profils ?

La problématique posée aujourd’hui est d’autant plus importante que l’émigration marocaine représente 17% de la population marocaine, soit 4,4 millions répartis à travers le monde dans une trentaine de pays, avec une concentration en Europe, où 87 % des émigrés sont installés. L’émigration c’est aussi une force de frappe économique avec des  milliards de DH de transferts directs en hausse constante depuis 2020  et autant de transferts invisibles et la contribution au tourisme, à l’habitat. L’impact sur le développement et la stabilité du pays, notamment en termes de lutte contre la pauvreté au cours de ce dernier demi-siècle, a été significatif et l’impulsion donnée à la modernisation du pays, à son ouverture a été considérable. Mais cela ne suffit pas.

Dans un processus accéléré de mondialisation, le rôle des migrants est appelé à se développer mais aussi à se réajuster en faveur d’un apport plus grand de compétences, de talents, de savoir-faire, qui sont pour le Maroc autant de valeurs ajoutées. Aujourd’hui et nous le savons l’importance des savoirs, de la connaissance scientifique est devenue primordiale pour le développement durable des pays. Notre pays perçoit , en cette diaspora de plus en plus formée et qualifiée, un potentiel de compétences, de savoir-faire et un atout considérable pour surmonter la crise : 20 % des MRE actifs qui ont un niveau d’études supérieur occupent des professions scientifiques, intellectuelles et managériales qualifiées,  64% s’activent dans les secteurs de l’enseignement, la santé, la communication, la gestion et le commerce formant ainsi dans les pays d’accueil ce que l’on appelle les travailleurs de la société de la connaissance .

Aujourd’hui, la question souvent conflictuelle et passionnelle du retour est quelque peu réglée, dans la mesure où « les modalités d’exercice de la citoyenneté pouvaient s’organiser sous forme de passerelles, de réseaux, de circulation, de partenariat sans penser en termes de retour définitif ».

→ Lire aussi : Marhaba 2022 : L’inflation s’invite aux difficultés des MRE

Riches de leurs histoires, de leurs acquisitions dans le savoir et la connaissance, ces diasporas peuvent apporter une valeur ajoutée, voire une accélération dans les mises à niveau pour peu que l’on réussisse à organiser une mobilité positive, notamment à travers la construction et la connexion de réseaux ou à travers la possibilité pour les chercheurs marocains de contribuer au développement de leur pays.

Pour un renouveau des politiques publiques

La diaspora marocaine a aujourd’hui la volonté de contribuer au développement du Maroc, c’est une force disponible qui ne demande qu’à être sollicitée, sans être instrumentalisée et pour peu que l’on organise les outils et les moyens de mobilisation. Tous s’accordent à souligner que l’expertise des cadres devrait être mise au service du Maroc

Des annuaires des compétences sont disponibles concernant les chercheurs en Allemagne par exemple, en Belgique, au Canada. Architectes, ingénieurs, avocats, physiciens, cardiologues, informaticiens, linguistes, pharmacologues, biologistes…sont recensés comme des pourvoyeurs futurs de l’intelligence pour leur pays d’accueil, mais aussi « travailleurs de la connaissance » dans le nouvel ordre mondialisé, nouveaux acteurs de la coopération internationale. Ils ont acquis, en s’investissant énormément et malgré les milles et une difficulté, leur droit d’entrée dans les pays d’accueil sans pour autant abandonner leur identité. Au moment où la migration devient un révélateur de tensions et de changement, où la circulation, la production, l’usage et l’appropriation des connaissances deviennent un enjeu mondial de pouvoir, ils expriment haut et fort leur existence afin d’apporter une valeur ajoutée au monde et à leur pays d’origine avec qui ils n’ont cessé d’entretenir des liens comme en témoigne le formidable rush des MDM au Maroc durant les vacances, un phénomène unique au monde…

Aujourd’hui, ils veulent renforcer et promouvoir ces liens pour en faire un outil de développement des pays d’origine qui à leur tour veulent « construire des ponts avec les réseaux diasporiques », « profiter des compétences diasporiques » pour soutenir la dynamique actuelle. Si le mot diaspora signifie initialement en botanique «dispersion des graines», ces compétences veulent semer à leur tour ces graines de la connaissance et du savoir dans leur pays d’origine. En ce sens, ces compétences sont des acteurs clés pour faire développer leurs pays, faire reculer l’ignorance et faire avancer, grâce à leur interculturalité, leur pays d’origine. Mais pour cela, il faudrait adapter, rénover, renouveler, repenser nos politiques publiques qui doivent intégrer ces nouveaux enjeux. Il faut également renforcer les liens et éviter tout délitement, par le biais de mobilité circulatoire et de mobilisation des compétences.

Il faut aussi que les pouvoirs publics clarifient les besoins du Maroc, les projets que l’on peut présenter aux compétences, en d’autres termes, il faut un cadre général organisé, penser au dispositif et aux instruments techniques et financiers de mise en relation entre l’offre et la demande. Il faut établir une cartographie précise de la demande des différents secteurs économiques et de l’offre des compétences, et identifier les structures d’accompagnement, de conseils, de suivi et d’évaluation des projets. La mobilisation des compétences de la diaspora est en fait un champ d’investigation dans lequel tout est à construire en termes de dispositifs, d’outils, de veille et de prévisions. Il nous faut y travailler

Les compétences marocaines peuvent  s’impliquer dans le développement du pays tout en restant dans les pays d’accueil et l’exemple des diasporas de Chine, de l’Inde, des Philippines… montrent que cette démarche peut engranger des résultats intéressants. Les expériences des diasporas indiennes, chinoise ou celles de l’Amérique Latine nous ont appris que l’on peut assurer le transfert de connaissances, de partout dans le monde. Dans ces exemples, on voit à l’œuvre des modes divers de production, de circulation des échanges et du capital cognitif entre diverses parties du monde, avec des compétences où qu’elles se trouvent.

Le concept mécanique du « retour » des politiques migratoires est alors transformé en liens durables avec les compétences MDM. Des liens qui seront d’autant plus durables qu’ils concerneront les régions d’origine de ces compétences, ce qui pourrait induire un rôle actif des collectivités locales, des régions et l’intérêt de la coopération décentralisée.

Cette politique doit disposer de moyens institutionnels, humains et financiers qui lui garantissent sa réussite et qui rendra plus formelle l’implication de la communauté. Une telle démarche ne peut se faire sans la mise en place des conditions favorisant l’investissement au Maroc. Grâce aux grands chantiers nationaux impulsés par Sa Majesté le Roi dans tous les domaines, le Maroc dispose aujourd’hui d’une volonté politique d’aller de l’avant malgré le contexte anxiogène. Reste cependant a bâtir  un environnement propice à la mobilisation de ces compétences au profit du développement de notre pays.

L’approche la plus adaptée pour concrétiser ces actions est la mise en synergie de la demande nationale avec l’offre internationale de compétences marocaines en encourageant la structuration de réseaux de compétences dans les pays d’accueil et en s’appuyant sur les instances consulaires, les ambassades et les réseaux existants de compétences à l’étranger. Comme le souligne le rapport sur le modèle de développement auquel ont participé une dizaine de Marocains du monde, la diaspora marocaine constitue une véritable chance qui peut participer à la mise en œuvre de ce modèle et s’ériger en un acteur du rayonnement du Maroc à l’international. La commission recommande aussi un changement de paradigme en passant d’une logique traditionnelle à une logique gagnant-gagnant, plaçant les MDM comme acteurs du développement du pays, où les politiques qui leur sont destinées sont étroitement corrélées à leurs besoins et attentes, dit-on.

Le rapport préconise aussi la mise en œuvre des dispositions constitutionnelles pour une meilleure représentation des MDM et une vision commune pour une coordination inter-institutionnelle renforcée, ainsi que la mise en place d’un système d’information fiable sur les MDM pour mieux les connaître et améliorer le ciblage des politiques qui leur sont dédiées.

La condition essentielle pour concrétiser cette approche est l’inscription de cette stratégie, pour la rendre plus efficace et plus équilibrée, dans un cadre de coopération qui implique le Département  chargé de la communauté marocaine à l’étranger et  les réseaux de compétences structurés et installés dans les pays d’accueil .

Propositions du rapport de la Commission chargé du modèle de développement

Les MDM : une ressource positive et un formidable potentiel :

  • Contribue a réduire pauvreté grâce aux transferts de fonds contribue au financement des infrastructures
  • Favorise transfert des connaissances et participe à la promotion de l’entreprenariat exemple des start ups..
  • Quand le climat des affaires est bon, la diaspora investit davantage dans  son pays d’origine
  • Réservoir de savoir-faire et de connaissances la diaspora Contribue au transfert des compétences et des expertises le meilleur exemple étant celui de la chine ou de l’inde dans les domaines de l’informatique..
  • Elle joue un rôle essentiel dans la lutte contre des crises humanitaires urgentes exemple du rôle joue lors des épidémies ebola en guinée et dans la région Liberia sierra Leone :envoi de médicaments et de médecins qui se mobilisent
  • Une question de fonds : comment amener la diaspora a contribué davantage en temps de crise ?  pour maintenir transferts de fonds  et échange savoir-faire technique  il faudrait renforcer les capacités de l’administration publique  des pays  d’origine  en renforçant les partenariat avec le prive et la société civile .Il faudrait renforcer  le cadre juridique  et institutionnel  pour faciliter  les échanges  renforcer le cadre législatif  et réglementaire  pour favoriser engagement financiers ,
  • Il faudrait renforcer l’infrastructure financière  et l’information financière
  • S’organiser pour accueillir capital humain  et les experts par des mesures novatrices en partenariat avec les universités et le monde de la recherche

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