Les Musulmans de France se disent « trahis » par Tariq Ramadan

Tarik Ramadan

Par Yasmine El Khamlichi

Invité au plateau de BFM TV, Tariq Ramadan a admis, la semaine dernière, avoir eu des relations extra-conjugales, tout en présentant ses excuses à « Dieu, sa famille et à la communauté musulmane». En réaction à ses propos, la fédération Musulmans de France (MF) s’est dite « trahie par le comportement » du théologien suisse.

La semaine dernière, Tariq Ramadan est sorti de son silence sur le plateau de BFM TV, où il a déclaré qu’il est « victime d’un traquenard » et qu’il n’a jamais violé quiconque, parce qu’il est « un homme de paix ». Toutefois, il a reconnu avoir eu « des relations sexuelles consenties » tout en présentant ses excuses à « Dieu, sa famille et à la communauté musulmane ».

La fédération Musulmans de France n’a pas tardé à réagir à ses déclarations. Dans un communiqué publié sur son site aujourd’hui, cette fédération s’est dite « trahie » par le comportement du théologien suisse, qu’elle juge « en totale contradiction avec les principes attendus d’un homme qui prône l’islam ».

Selon cette organisation, « les imams, les prédicateurs et les cadres religieux musulmans sont tenus de vivre avec une moralité cohérente avec ce qu’ils prêchent et à la hauteur de ce qu’attend d’eux leur public ».

Notons que le théologien a longtemps été « une vedette récurrente » du salon annuel de MF, tenu à Paris, où ses conférences attiraient les foules.


Rappelons les faits. L’islamologue est accusé par six femmes, dont quatre en France, pour viol, agression sexuelle et harcèlement sexuel.

En février 2018, Tariq Ramadan est mis en examen pour le viol de deux femmes en France, l’une d’elles est Henda Ayari, pour des faits qui remonteraient à 2012, et la deuxième est connue sous le pseudonyme « Christelle ».

Aujourd’hui, cela fait un an, depuis qu’il a été libéré. Après cinq demandes de remise en liberté, la chambre d’instruction a décidé de la lui accorder sous conditions, à savoir, interdiction de quitter le territoire français, passeport confisqué, interdiction de rentrer en contact avec les plaignantes et certains témoins, et versement d’une caution de 300 000 euros.

Après son passage sur la chaîne BFM TV, le théologien a annoncé la sortie de son nouvel ouvrage « Devoir et vérité », qu’il prévu de rendre public demain. Mais au dernier moment, une des plaignantes l’accusant de « viol » a déposé un référé afin de faire interdire la parution de ce livre, en vue de protéger son identité.


« Christelle » qui a gardé son anonymat depuis le début de cette affaire, risque d’avoir son identité dévoilée, si le livre sort demain. Tariq Ramadan cite son vrai nom à plusieurs reprises dans son nouveau livre. La plaignante et son avocat décident ainsi de le poursuivre en justice, pour dénoncer une infraction de la loi sur la liberté de la presse, qui stipule qu’il est interdit de « diffuser des renseignements concernant l’identité d’une victime d’une agression ou d’une atteinte sexuelles ».

Une audience a eu lieu ce mardi matin pour délibérer sur ce référé. La sortie de cet ouvrage pourrait éventuellement être reportée.

Dans son ouvrage, « Devoir de vérité », l’islamologue donne sa version des faits et raconte comment il a vécu cette affaire qui lui a valu de passer près de dix mois en détention provisoire, avant d’être remis en liberté en novembre 2018.