Les pharmaciens appellent à leur implication dans le circuit covid

Ils sont en première ligne de la guerre contre la pandémie du coronavirus. Les pharmaciens se sont mobilisés depuis le départ de cette crise sanitaire, à l’instar de tout le personnel soignant, afin de garantir l’accès des citoyens aux médicaments de manière fluide. Toutefois, ils demandent à ce que leur ministère de tutelle leur fasse confiance et les implique davantage.

« Les pharmaciens étaient au front depuis le début de la pandémie, mais c’est rare qu’on fasse appel à eux », c’est le message lancé par Oualid Amri, vice-président de la Fédération nationale des pharmaciens du Maroc et président du Syndicat des pharmaciens de Casablanca, dans son passage sur l’émission de L’Info en face. Ce responsable réitère la volonté des pharmaciens de s’impliquer davantage aux côtés du ministère de la Santé et au service des citoyens. « Nous sommes à la disposition de notre pays et je lance un appel au ministère de la Santé pour lui dire qu’on est là pour participer activement dans la lutte anti-covid ».

Sur la campagne de vaccination anti-Covid, ce pharmacien est revenu sur les contraintes logistiques qui conditionnent le choix du vaccin. Notons que la plupart de ces vaccins, nécessitent une conservation à très basse température, entre moins 60 et moins 80 degrés, pendant le transport et le stockage. Mais ce n’est pas le cas du vaccin de Sinopharm qui nécessite une conservation et un stockage entre 2 et 8 degrés. Cela rend néanmoins très complexe l’organisation logistique.« C’est pour cette raison que le Maroc a opté pour le vaccin chinois, parce qu’il n’a pas les moyens d’entreposer les autres vaccins », dit-il. Le Maroc, rappelons-le, a signé un contrat avec le laboratoire chinois Sinopharm pour la fourniture de 10 millions de doses avant fin 2020 et probablement davantage en 2021. Ce qu’on sait, par ailleurs, c’est qu’une partie des essais de phase 3 ont eu lieu au Maroc, auprès de 600 volontaires. Les essais au Maroc seront complètement terminés le 15 novembre. Ce vaccin a été testé sur 50.000 personnes en dehors de la Chine (Maroc, Émirats, Bahreïn, Pérou, Argentine) et près 100.000 personnes en Chine, selon la presse chinoise. Dans le même registre, le Maroc est également entré en contact avec CanSino Bio, Pfizer et Johnson & Johnson, autres candidats producteurs de vaccins, pour s’approvisionner auprès d’eux. À ce stade, nous ne savons pas si ces contacts ont abouti.« C’est pour cela que je dis que la communication est très importante, pour aider les professionnels de la Santé aussi à expliquer ce choix aux citoyens », indique ce pharmacien.

Au sujet du vaccin antigrippal, Oualid Amri explique qu’il a été livré aux pharmaciens le lundi 2 novembre, le jour du lancement de la campagne, c’est-à-dire que « toutes les mesures restrictives liées à ce vaccin ont été annoncées la veille, désormais il est dispensé sur ordonnance médicale et toute personne qui a été testée positive au covid ne peut pas bénéficier du vaccin », fait-il savoir. Et d’ajouter : « on n’a pas eu le temps d’expliquer tout cela aux citoyens, entre le lancement, l’arrivée du vaccin dans la pharmacie et sa dispensation aux patients, cela s’est fait le même jour ».


Cette année le vaccin antigrippal est devenu sur prescription, mais pour quel coût ? « Entre la visite médicale, la PCR et le prix du vaccin qui est de 125 dirhams, nous nous retrouvons avec une facture de 1.300/1.400 dirhams, est-ce que vous trouvez que c’est normal de payer autant pour faire un vaccin de grippe ? », se demande-t-il avec stupéfaction, appelant le ministère de tutelle à leur faire plus confiance. En revanche, « beaucoup de personnes aujourd’hui ont décidé de ne plus le faire ». En France, par exemple, « 6 millions de personnes ont été vaccinées à 80% par les pharmaciens et sans prescription médicale », rappelle docteur Amri.

Quant au dispatching en matière de doses, il y a 350.000 doses pour 12.000 pharmacies, soit 5 doses par pharmacie, « parfois un peu plus », selon la même source. Alors qu’avant les pharmaciens préparaient leurs précommandes en fonction de nombre des patients qui demandent le vaccin. « De mon côté, j’ai eu 100 demandes de Vaxigrip cette année », indique ce pharmacien, en expliquant les quantités reçues restent largement insuffisantes par rapport à la demande. Il souligne, dans ce cadre, qu’un nouvel arrivage est attendu d’ici la fin de semaine de 100.000 doses, « mais ça restera encore une fois insuffisant », conclut ce responsable syndical.