Les ratés de la mondialisation

GABRIEL BANON

 L’idée était pourtant louable. Nous ne sommes plus amé­ricains, français, chinois ou marocains, on est des terriens qui co­habitent dans une seule et même pla­nète. Les progrès dans les transports et les techniques de communication ont rendu la planète un village. Alors, abo­lissons les frontières, qu’elles soient administratives, économiques ou maté­rielles. La libre circulation des biens et des hommes, des marchandises et des idées, voilà le maître mot de la mondia­lisation. Depuis la création de l’OMC en 1995, le monde est entré dans une mondialisation d’une ampleur inédite. Toutefois, cette mondialisation connaît des ratés.

Aucune culture, aucune civilisation ne se trouve modifiée, le but étant une vie en commun féconde des différentes grandes cultures originales, vivant ensemble dans une communauté mondiale.

Elle a commencé au début des an­nées 1970, lorsque le système de Bret­ton Woods, fondé sur les changes fixes, a été abandonné au profit de changes flottants. En effet, ce changement a permis la libéralisation des mouve­ments de capitaux quitte à accepter une plus grande volatilité des taux de change. Cette mobilité des capitaux est, avant tout, la mobilité des titres de la dette publique comme les bons du Trésor. Mais elle soumet aussi les Etats aux caprices voire à l’irrationalité des marchés financiers. Qu’ils perdent confiance dans la solvabilité d’un pays et c’est la crise, comme ce fut le cas pour la Grèce. De fait, la confiance ne se rétablit que par des politiques d’aus­térité qui peuvent avoir pour effet para­doxal de perpétuer voire d’aggraver la crise. Ce retour des crises économiques a évidemment pesé davantage sur les plus fragiles, en premières lignes, les classes moyennes : dé­classement, baisse des salaires, alourdissement de la charge fiscale. C’est pourquoi les po­pulistes les séduisent, ils expriment le ressen­timent des exclus.


La mondialisation, sous sa forme actuelle, n’est pas tenable poli­tiquement. Comment croire que les classes moyennes et les classes populaires, en Europe ou aux Etats-Unis, vont continuer à subir les mé­faits d’une mondialisa­tion aux effets pervers?

L’émergence de Do­nald Trump, de Bernie Sanders, ou des partis populistes en Europe, sont l’expression du mal vivre des classes sociales. Pour les pays occidentaux, la mondialisa­tion a conduit à une destruction rapide et conséquente des emplois moyenne­ment qualifiés, accompagnée d’une stagnation des salaires.

Le monde, aujourd’hui, n’est pas un simple monde, mais un monde global, unique, de l’espace terrestre il fait un, par une humanité interconnec­tée. Avec la mondialisation, l’écono­mie-mondiale s’est étendue à la terre entière ; elle représente, comme disait Sismondi, le « marché de tout l’uni­vers », « le genre humain ou toute cette partie du genre humain qui commerce ensemble et ne forme plus aujourd’hui, en quelque sorte, qu’un seul marché ».


Mais pour que cette mondialisa­tion soit bénéfique à tous, il faut une communauté politique et sociale des grands peuples pris en eux-mêmes et enfin par une collaboration pacifique et respectueuse des droits de tous, de tous les grands espaces économiques et des empires mondiaux. Aucune culture, aucune civilisation ne se trouve mo­difiée, le but étant une vie en com­mun féconde des différentes grandes cultures originales, vivant ensemble dans une communauté mondiale.

Depuis la création de l’OMC en 1995, le monde est entré dans une mondialisation d’une ampleur inédite. Toutefois, cette mondialisation connaît des ratés.

Alors, la mondialisation est-elle menacée aujourd’hui ? La question a paru suffisamment sérieuse pour que les dirigeants des vingt principales économies du monde, le G20, réunis à Hangzhou (Chine), début septembre 2016, réaffirment que le libre-échange restait le meilleur moyen de relancer une économie enkystée dans une sta­gnation délétère.

Pourtant, partout, les classes moyennes se révoltent contre une mondialisation dont elles sont les grandes perdantes.


Elle a commencé par la mise en place d’un ordre libéral, un ordre qui facilite la libération des échanges et les flux de tout genre par-delà les frontières des nations. Le paradoxe est que cette libération s’est accompagnée d’une multitude de réglementations. Les États-nations sont ainsi dépossédés de leurs principaux leviers d’action. Après la chute du mur de Berlin, la mondialisation réglementaire a cédé la place à la mondialisation technolo­gique. Avec l’ouverture des frontières et la révolution technique, les travail­leurs occidentaux vont subir, de plein fouet, la concurrence, d’une main d’oeuvre bon marché des pays de l’Est et d’Asie.

Le dernier avatar de la Mondialisa­tion a été la crise financière de 2008 qui mit à mal les modèles sociaux et économiques hérités des « trente glo­rieuses ».

Aussi, les sociétés se fracturent-elles de l’intérieur et rejettent l’omnipré­sence des élites.


Mais la mondialisation devenue incontournable, les gouvernants devront trouver la réponse idoine aux victimes collatérales. Le capitalisme doit deve­nir un capitalisme social, et les entre­prises citoyennes. Les écarts que l’on constate, aujourd’hui, entre pauvres et riches, entre les nantis et les autres, doit se réduire drastiquement. C’est une question de survie de notre mo­dèle occidental. Le monde ne doit pas vivre sous la domination de la finance internationale, apatride et cynique.

Gabriel Banon