Liban : démission du gouvernement, énième impasse politique 

Liban

Après les démissions en cascade depuis la double explosion sur le port de Beyrouth, le Premier ministre a annoncé le 10 août la démission de son gouvernement. Le pays doit maintenant faire face à une crise humanitaire, économique, mais aussi politique. La démission du gouvernement signe-t-elle le début d’une nouvelle ère pour le Liban ? Une chose est sûre, la tension ne redescend pas, les Libanais poursuivent une nouvelle journée de manifestations.

« Aujourd’hui, nous répondons à la volonté du peuple qui exige que les responsables de ce désastre dissimulé pendant sept ans rendent des comptes, et à son désir d’un véritable changement », a déclaré le Premier ministre Hassan Diab lundi soir. « Face à cette réalité, j’annonce aujourd’hui la démission de ce gouvernement […] Le système de corruption s’est étendu au sein de l’État. Je me suis rendu compte que ce système est plus grand que l’État qui, les mains liées, n’a pas réussi à le combattre », a-t-il confié. Pourtant, le Premier ministre, universitaire peu connu du public, se présentait comme étant indépendant lors de sa nomination fin décembre, suite au soulèvement qui a conduit Saad Hariri à la démission. Mais il admet avoir eu « les mains liées », face à un système profondément corrompu, faisant de sa mission un échec.

Les Libanais ne décolèrent pas
Malgré l’annonce de la démission du gouvernement, les Libanais poursuivent leurs contestations et appellent à la démission de toute la classe politique : « Tous veut dire tous », ont-ils scandé durant leurs mouvements rapporte l’AFP. Tous, à savoir le président Michel Aoun et le chef du Hezbollah, Hassan Nasrallah, qui contrôle et valide les nominations. De plus, le gouvernement devrait rester en place durant une période indéterminée pour la gestion des affaires courantes avant les nouvelles nominations. Pour l’heure, les spéculations vont bon train, mais beaucoup de Libanais ont confié ne pas croire en un réel changement tant le défi est de taille. Quant aux analystes sur place, ils insistent sur la nécessité d’un gouvernement indépendant, qui n’aura pas peur de nommer les choses ainsi que les responsables. Mais face à une classe politique bien en place depuis plusieurs années, il y a peu de chances qu’elle lâche enfin les reines, dans un pays en faillite où la population n’a même plus accès à ses comptes en banque. Il n’empêche, la pression populaire se maintient et les Libanais gardent espoir de pouvoir faire basculer l’avenir de ce pays à travers la solidarité et la démonstration de leur ras-le-bol.

Le gouvernement aurait été averti de la présence des matériaux
Suite à la double explosion dans le port, et après le refus du président de soumettre le pays à une enquête internationale pour déterminer les causes et les responsables de l’incident, une note publiée par l’agence de presse Reuters risque de mettre davantage le feu aux poudres. Ce dernier explique que des avertissements auraient été émis il y a un peu plus de deux semaines avant l’explosion. « Un rapport de la direction générale de la Sécurité de l’État, portant sur les évènements qui ont mené à l’explosion, fait référence à une lettre privée adressée au président Michel Aoun et au Premier ministre Hassan Diab le 20 juillet ». Selon la même source, « Il y avait un danger que ce matériau, s’il venait à être volé, soit utilisé pour une attaque terroriste ». Un haut représentant des services de sécurité aurait par ailleurs déclaré qu’une enquête judiciaire, débutée en janvier, concluait que les produits chimiques devaient être mis en sécurité immédiatement.