L’initiative royale pour l’Afrique, une vision afro-optimiste

Le Roi Mohammed VI a proposé une initiative africaine pour accompagner la gestion de la pandémie du coronavirus en Afrique. Une initiative pragmatique, visant à renforcer les liens de coopération économique et sociale entre les pays africains, non seulement durant cette période difficile, mais également après la crise sanitaire. Dr. Atik Essaid, politologue et chercheur universitaire à l’Université Hassan II, à Casablanca, nous livre son analyse de cette initiative africaine et ses différentes dimensions, à l’heure de la Covid-19.

MAROC DIPLOMATIQUE : Dr Essaid, tout d’abord, quel est le contexte de l’initiative menée par Sa Majesté le Roi Mohammed VI visant à mettre en place un mécanisme collaboratif afin de gérer l’évolution de la pandémie de la Covid-19 en Afrique ?

Atik Essaid : Avant de parler du contexte de la coopération initiée par Sa Majesté le Roi Mohammed VI pour les pays du continent africain, face à la crise épidémique, il faut revenir un peu à l’histoire de la coopération maroco-africaine, qui est considérée comme incubateur de cette initiative. Depuis le premier noyau de coopération continentale, appelé Organisation de l’Unité africaine (OUA) en 1963, l’institution en 2020 de l’Union africaine, et le retour au Conseil de l’Union africaine en 2017, qui a vu le retour du Maroc à la famille institutionnelle africaine.

Un retour triomphal non seulement pour le Royaume, mais aussi pour l’Afrique, qui a retrouvé un acteur majeur dans le développement du Continent, et il a réussi grâce à diverses initiatives économiques, sociales et industrielles, de renforcer ses liens de coopération.


Dans ce sens, on peut dire que le Maroc est resté, depuis le début de ce bloc continental en Afrique, un partenaire essentiel et un fervent supporter des enjeux du continent dans divers domaines. Cette initiative incarne la volonté du Roi de faire figurer les différents pays du continent africain parmi les principales priorités et préoccupations du Maroc, ce qui affirme concrètement le rôle actif et dynamique du Royaume dans les différentes causes du continent africain.

MD : Comment qualifieriez-vous cette initiative royale du point de vue de sa pertinence pour contrer la crise épidémique et ses répercussions sur les sociétés ?

AE : La situation exceptionnelle et difficile à laquelle sont confrontés les pays du continent africain, comme le reste du monde, confirme réellement que l’Afrique a besoin du Maroc qui est placé parmi les pays africains les plus avancés, avec lequel la plupart des pays de l’Union africaine aspirent à une coopération mutuelle.

De plus, le Maroc a constamment mis en place le mécanisme de suggestion et de soutien dans divers domaines. Le Royaume a démontré également la perpétuation de la solidarité et de l’interdépendance visant à résoudre les crises du continent. En effet, l’initiative d’accompagner les pays africains dans les différentes phases de leur gestion de la pandémie du virus Covid-19, reflète la vision du Roi d’apporter de l’assistance et de l’appui durant cette crise épidémiologique.


Le Maroc est un pays qui réitère régulièrement la proposition des initiatives et des projets au service de ce bloc continental, surtout durant cette crise mondiale. C’est une tendance qui est devenue rare à l’heure du Coronavirus, de sorte que le monde, en général, est devenu plus enfermé à ses frontières, et l’accent est désormais mis sur les questions et les problèmes internes des pays pour endiguer la pandémie sans coordination. Cette dernière est quasi absente, même dans les systèmes bipolaires.

MD : La solidarité au sein des blocs internationaux et régionaux face à cette pandémie du Coronavirus, est confrontée, aujourd’hui, à des difficultés comme c’est arrivé en Europe au début de la crise… L’Afrique a-t-elle tiré des leçons au moment où le Maroc a été le premier initiateur à créer une culture de solidarité ?

AE : Le Maroc était le premier pays à instaurer ce genre d’initiatives au niveau continental. Il y avait même des pays européens qui ont demandé de l’aide pour couvrir certains besoins. Quant à la comparaison de l’Afrique avec l’Europe, je pense que ce sera une comparaison injuste, non seulement en termes de taille des unions, mais aussi en termes des mesures et des ressources. Cependant, l’Union européenne a commencé dernièrement à prendre un ensemble de mesures et d’efforts pour les pays européens, afin que l’Europe démontre sa solidarité.

En réalité, l’Europe n’a pas réussi au début de l’invasion épidémiologique, ce fut un début confus et exempt d’une solidarité internationale. Cette situation va bientôt changer ; et progressivement les pays se retourneront pour surmonter la crise actuelle. En ces temps difficiles, l’Europe devrait recourir à la solidarité, car cette crise sanitaire constitue une menace existentielle.


La crise de Coronavirus risque de faire craquer l’Union européenne, si aucune mesure ou position ferme n’est prise. Au niveau de notre continent africain, je pense que notre pays a été proactif dans la création de cette confiance et solidarité humanitaire face à l’actuelle situation épidémiologique et ses répercussions, et c’est une importante étape qui sème des valeurs de solidarité internationale au sein de l’Union.

MD : A votre avis, quelles sont les dimensions stratégiques et politiques de cette initiative solidaire et humanitaire de Sa Majesté le Roi Mohammed VI ?

AE : Le Maroc a travaillé très dur pour développer des relations solides et concrètes avec les pays du continent africain. Depuis l’année 2000, environ 1 000 accords ont été conclus avec des pays africains dans différents domaines de coopération.

A titre de comparaison, entre 1956 et 1999, 515 accords ont été signés, alors qu’entre 2000 et 2017, le nombre d’accords a atteint 949, soit environ le double. Ces chiffres témoignent l’efficacité de la coopération maroco-africaine, dont le démarrage n’a pas été associé seulement avec le retour à l’Union africaine, mais il a été précédé par un grand nombre d’initiatives de solidarité, ce qui met en évidence l’inter-connectivité du Maroc avec l’Afrique. Le Royaume a réussi, depuis son retour à l’Union africaine d’être un membre principal, de contribuer à en faire une organisation plus puissante, cohérente et solidaire.


Le Maroc était conscient que la politique des sièges vacants de l’Organisation africaine, à cette époque-là, ne pouvait pas refléter ses aspirations et ses objectifs de développement pour les pays du continent. Dans cette optique, le Royaume constitue une pierre angulaire dans l’amélioration du cadre de la coopération maroco-africaine.

Il convient de noter que le Parlement panafricain a salué la proposition du Roi de mettre en place un cadre opérationnel sur le terrain visant à suivre les pays africains dans leur gestion de la pandémie du Coronavirus. Cette avancée prouve que l’institution législative de l’UA apprécie les initiatives du Maroc et les considère comme une feuille de route pour développer et fortifier le continent contre tous les risques, et démontre également le sérieux et la responsabilité du Royaume envers les problèmes du continent.

Sa Majesté a tenu sa promesse et son engagement de mettre l’Afrique parmi ses priorités dans toutes les situations. Cette position a incité des institutions internationales, notamment le Fonds monétaire international, à décrire le Maroc comme un pilier d’appui au développement de l’Afrique, ce qui assure aux Africains l’aboutissement à une solidarité économique et sociale.

MD : Le Maroc dispose-t-il des moyens pour accompagner la gestion de cette épidémie en Afrique ?


AE : Il est clair que le Maroc a méticuleusement profité de ses expériences dans les domaines de la santé, de l’éducation, de la sécurité et de l’industrie avec une expertise et des compétences locales. Ainsi, le Royaume a œuvré, depuis l’accession de Sa Majesté le Roi Mohammed VI au trône, au développement des infrastructures du pays et de leur modernisation.

Cette coopération menée par Sa Majesté le Roi, dans ces circonstances difficiles, montre le sens de la responsabilité humaine, sous une perspective de solidarité avec le reste du continent africain. Une tendance que Sa Majesté a affirmée dans de nombreux discours royaux, notamment le discours d’Abidjan, à l’occasion du Forum économique, dans lequel le Roi a indiqué que «La crédibilité veut que les richesses de notre Continent bénéficient, en premier lieu, aux peuples africains. Cela suppose que la coopération Sud/Sud soit au cœur de leurs partenariats économiques.»

Rappelons qu’il y a 20 ans, le Maroc a connu une révolution au niveau des réformes dirigées par Sa Majesté, classant le Royaume parmi les principaux pays du monde qui ont adopté des mesures décisives pour endiguer la propagation du nouveau virus Covid-19.

Le Maroc dispose d’un équipage de haute qualité et des inventeurs qui rivalisent pour l’innovation sanitaire, en inventant des pompes à oxygène et des équipements médicaux. Par ailleurs, les industriels ont atteint une production de 7 millions de masques par jour. Les militaires, pour leur part, ont construit des hôpitaux en moins d’une semaine… Bref, c’est une révolution de solidarité qui permettra inévitablement au continent d’être capable de partager des expériences et des compétences dans divers domaines au service des peuples de l’Afrique.


En conclusion, je tiens à souligner que notre pays est toujours sorti victorieux des guerres épidémiologiques, depuis 1983, comme la peste, le choléra, la lèpre, et bien d’autres épidémies. Notre pays, grâce à la coopération étroite et la prise de conscience des mesures de prévention, est capable de surmonter cette crise, laissant des valeurs et des principes d’une large solidarité.

Par Noura MZAGHRANI