L’intégration politique de l’Afrique : Un impératif urgent pour sa gouvernance, son développement et sa sécurité

Il est de coutume de considérer que l’Afrique est un continent qui renvoie de lui-même l’image de la mendicité ins­titutionnalisée, de l’errance de millions de migrants, d’une dette colossale et d’un continent infesté de mouvements sépa­ratistes (et pas uniquement le Front du Polisario), de groupes armés jihadistes sous la bannière de l’Etat Islamique ou d’Al Qaïda. Et, depuis une quinzaine d’années, un continent qui abrite, en toute impunité, les grandes organisations criminelles transfrontalières, et plus in­quiétant, transcontinentales. Sur le plan humanitaire, l’Afrique est cycliquement confrontée à des épurations ethniques ou confessionnelles, aux ravages des épidémies, à des saisons de sécheresse provoquant des famines et des déplace­ments massifs de millions d’habitants. Cette « malédiction » semble perdurer dans plus de 27 Etats et les populations semblent se résigner à vivre sous per­fusion onusienne ou celle des ONG, en l’absence d’horizon politique ou straté­gique de nature à changer cette image désastreuse qui stigmatise près d’un mil­liard d’habitants.

Afrique fataliste ?

Quelques organisations africaines (UMA, CEDAO), à portée régionale, ont tenté vainement d’apporter des réponses pour se soustraire de ce déterminisme géopolitique qui plombe le décollage économique, la stabilité et la fatalité qui accréditent le pseudo droit d’ingérence étrangère (civile ou militaire) pour ve­nir au chevet d’un continent agonisant. Pourquoi un tel fatalisme qui a conduit l’Afrique « à rater son rendez-vous avec l’Histoire ?», dixit Sarkozy.

Plusieurs facteurs d’ordre géogra­phique, géopolitique et humain sont à l’origine de ce naufrage d’un continent, qui regorge pourtant de richesses straté­giques.

En matière d’enjeux militaires et de prolifération d’armes, l’Afrique consti­tue la deuxième zone crisogène après le Moyen-Orient de par le maillage car­dinal du continent par des conflits poli­tiques, ethniques et armés inter ou infra Etats. Sur les cinquante-quatre pays, 37 Etats sont en conflit de voisinage ou face à des menaces endogènes, à l’intérieur de leurs périmètres de souveraineté, soit 68,5% de la surface du Continent.

Le continent africain est fortement marqué par un déterminisme géopoli­tique, à travers le choc frontal et idéo­logique entre son Histoire (celle d’une récente intégration dans les standards de la civilisation contemporaine, sauf la rive nord de la Méditerranée) et sa Géogra­phie postcoloniale dessinée à la règle et à l’équerre, ignorant, au passage, toutes les réalités anthropologiques, ethniques et linguistiques. En dépit de ce choc entre son Histoire et sa Géographie, l’OUA, devenue UA, persiste, avec orthodoxie, dans le maintien intangible des frontières héritées des anciennes puissances colo­niales !

Le continent est «maudit » y compris par les lois de la nature et par le déterminisme géographique qui a fragmenté son socle en cinq entités géomorphologiquement, historiquement et idéologiquement hétérogènes (le Nord de l’Afrique méditerranéenne, le Sahara, le Sahel, l’Afrique équatoriale et l’Afrique australe). De telles fractures géographiques ne peuvent favoriser des interconnexions et des infrastructures terrestres. La part de la logistique aérienne et maritime ne représente que 19% des échanges commerciaux intra africains.

Si l’Europe, de par son histoire, sa géographie, ses institutions et son niveau économique, a pu renforcer une coopé­ration continentale, amorcée en 1956 et matérialisée en 1998 par la libre cir­culation des biens et des personnes, ce scénario est peu probable en Afrique, dans les cinquante prochaines années. La porosité des frontières et leur artificialité ont donné naissance à des Etats-Nations hybrides et disloqués. Comment, dans une telle configuration géopolitique, une Afrique sans frontières puisse voir le jour sans risques majeurs, en matière d’immi­gration, de tensions ou de génocides ? Toutes les études ont, hélas, démontré la prévalence de la matrice ethno-confes­sionnelle sur le concept de l’Etat- Nation moderne, comme socle immuable de l’identité des peuples africains…