L’ouverture du Centre africain de contrôle et de prévention des maladies : les atouts du Royaume du Maroc

Par Monceyf Fadili

Le projet de construction d’un Centre africain de contrôle et de prévention des maladies (CDC Afrique – Africa Centre for Disease Control) par un Etat africain fait aujourd’hui débat au sein de la Commission de l’Union africaine, initiatrice de ce projet d’envergure continentale.

Dans le contexte actuel, alors que le monde traverse une pandémie d’une rare intensité, le lancement d’un tel projet revêt une forte portée symbolique. Il est censé fédérer les engagements et les efforts en termes de prophylaxie et d’accompagnement en Afrique, comme il est censé intervenir en amont du processus sanitaire, à travers la recherche et le principe de précaution qui figurent parmi les défis à relever, à la lumière des enseignements de la crise actuelle.


D’un tel projet doivent également découler des politiques publiques mieux coordonnées à l’échelle de continent, plus efficientes et opérant dans un cadre concerté et transparent, au vu des résultats escomptés, à savoir anticiper les risques et apporter des solutions sanitaires et médicales collectives.

Ce processus met aujourd’hui en lice deux pays, le Royaume du Maroc et l’Ethiopie, qui se trouvent au-devant de la scène d’une entreprise où entrent en ligne de compte divers facteurs en termes d’éligibilité, technique, scientifique et logistique, mais également politique.

Il nous appartient, au vu de nombre de données objectives qu’il est utile de rappeler, de présenter les atouts et les avantages comparatifs dont dispose le Royaume du Maroc, pour accueillir une structure qui aurait l’aval de la communauté des Etats d’Afrique, et serait investie d’une mission sanitaire à l’échelle du continent.


Dans la course qui est ouverte, certains organes de presse ont d’ores et déjà parlé du Maroc comme « techniquement mieux placé » ce qui, dans une large mesure, s’avère une réalité.

L’actualité donnant force au jugement, le Maroc a pu démontrer, en ces mois de pandémie, qu’il était largement en mesure de gérer la crise sanitaire, ce qui renvoie à ses capacités en termes techniques, scientifiques et logistiques, mais aussi institutionnelles, une chaîne organisée qui aura prouvé son efficacité à l’échelle de l’ensemble du territoire.

S’y est bien entendu ajoutée la dimension de contrôle, qui donne la mesure des règles et standards nécessaires à l’accompagnement sanitaire, ainsi que les textes et règlements à même de donner au contrôle l’efficacité requise.


Cette technicité, que le Maroc peut mettre en avant à l’échelle de l’Afrique, et dont les médias internationaux se sont largement fait l’écho, s’appuie, aux plans scientifique et technique, sur des établissements et des centres de santé publics, appuyés par le partenariat public-privé.

La mission de ces structures en termes de formation médicale et sanitaire, d’encadrement et de maillage territorial, est adossée à une industrie pharmaceutique sous le contrôle de l’Etat, ce qu’a confirmé la production de médicaments nécessaires au traitement du Covid-19.

Le Maroc s’est d’autre part doté, en matière technique et au cours des vingt dernières années, de laboratoires pharmaceutiques et de PME dont la production est aujourd’hui articulée et adaptée aux métiers de la santé.


De manière plus large, et aux fins de donner au Maroc le positionnement qui lui revient pour cette mission, il importe de rappeler la situation stratégique dont il bénéficie, ce qui peut s’avérer un atout de taille pour la réussite d’un projet de niveau continental.

Le Maroc constitue en effet une tête de pont entre l’Europe et l’Afrique et tire parti, de facto, d’un avantage géographique notable. Notre pays est un espace d’articulation et l’un des principaux relais entre les deux continents, position partagée avec les pays d’Afrique subsaharienne. Enfin, sa position de plaque tournante portuaire ouverte sur la Méditerranée et l’Atlantique ne peut que plaider en sa faveur pour un tel projet.

Pays africain, le Royaume du Maroc appartient à l’aire géographique et culturelle arabe, un réel atout si l’on considère que sur les vingt-deux Etats membres de la Ligue arabe, onze sont africains. De quoi renforcer les liens et rapprocher les différentes parties autour d’une cause sanitaire et médicale commune.


Il importe également de souligner que la coopération inter-africaine constitue un avantage comparatif pour le Royaume, une vocation qui résulte d’un volontarisme politique affiché et d’une vocation historique et culturelle.

Il est aujourd’hui de notoriété que le Maroc « s’est attaché à consolider (nos) liens avec les pays subsahariens en les plaçant au cœur de l’agenda diplomatique marocain ». Message on ne peut plus clair en termes d’engagements, que traduit le millier de conventions bilatérales signées par le Maroc avec une trentaine de pays à l’échelle du continent au cours des vingt dernières années. Ces échanges dépassent largement l’espace géographique d’Afrique de l’Ouest, pour inclure l’Afrique anglo-saxonne avec l’Afrique du Sud, l’Ethiopie, la Gambie, le Ghana, le Nigeria, le Rwanda et la Zambie.

Au plan interne et en matière médicale et sanitaire, le Maroc a fondé ses relations de partenariat avec l’Afrique sur la formation et l’encadrement, notamment à travers la formation médicale – civile et militaire –, dont le relais est assuré par les CHU et dont les liens avec les pays africains frères sont appelés à se renforcer.


En matière d’encadrement scientifique, les passerelles se multiplient dans le champ de la recherche appliquée, avec pour points de rencontre les expériences partagés en Afrique, de même que la promotion et la valorisation des savoir-faire locaux dont recèle le continent en matière sanitaire et médicale.

On ne saurait faire référence à l’ensemble de ces atouts sans citer l’esprit de solidarité érigé en principe par le Maroc, qui anime sa politique de partenariat. Cette solidarité, qui procède d’un véritable panafricanisme du développement, se mesure à travers les visites effectuées par Sa Majesté le Roi dans vingt-cinq pays, et son engagement pour la mise en œuvre de ce plaidoyer.

Cette solidarité a d’autant plus de portée lorsqu’elle se manifeste en période de crise, à l’instar de celle que nous traversons, ce que confirme le récent acheminement de matériel médical à l’attention de quinze pays frères, en réponse à la pandémie.


Au-delà de l’élan de solidarité, par la mise à disposition de produits de première urgence, il faut y voir aussi la volonté d’un partage d’expériences, face à un fléau qui touche l’Afrique et les autres continents.

L’ensemble de ces atouts, qui militent de manière forte en faveur du Royaume du Maroc, pour l’accueil d’un Centre africain de contrôle et de prévention des maladies, viennent confirmer, si besoin est, « combien l’Afrique est indispensable au Maroc, (et) combien le Maroc est indispensable à l’Afrique. »

Monceyf Fadili
Expert international en planification urbaine
et développement territorial
Ancien Conseiller ONU-Habitat


Rabat, 21 juin 2020