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Mais quelle mouche tropiste a-t-elle donc piqué Madrid ?

Depuis quelques mois, l’Espagne ne cesse de manquer de respect au Maroc, son voisin du Sud. Non contente, dès le lendemain de la reconnaissance par les USA de la marocanité de nos provinces sahariennes, d’avoir appelé la nouvelle administration Biden, par la voix de Arancha González, sa ministre des Affaires étrangères, à réviser cette reconnaissance, l’Espagne vient d’insulter et le Maroc et le droit international en recevant le mercenaire Brahim Ghali, coupable de crimes de guerre et autres atrocités contre les droits humains. Quelle mouche «tropiste» a-t-elle donc piqué notre voisin du Nord ?

Un «tropisme diplomatique» chronique vis-à-vis du Maroc, en effet. La décolonisation de notre pays ne cesse de trébucher sur les substratums coloniaux de l’Espagne, pourtant revenue de son long intermède dictatorial et admise au club des démocraties occidentales. Voilà un pays qui ne s’est pas contenté de transformer les populations du Rif en chair à canons ou en cibles innocentes de ses gaz génocidaires, mais qui n’a lâché ses ex-«possessions» coloniales marocaines du Sud qu’avec une vicieuse parcimonie, la rancune aux tripes. Après la libération de Tarfaya et Sidi Ifni, il aura fallu que le Maroc mobilise l’une des marches pacifiques les plus marquantes du siècle dernier pour déloger les Espagnols de ses provinces sahariennes.

Hélas, le «vague-à-l’âme» colonial ibérique n’est pas près, apparemment, de trouver quelque extinction. Face au nettoiement de Guergarate des hordes polisariennes, face à la légitime délimitation par le Maroc de ses frontières maritimes, face aux succès économiques enregistrés par Tanger Med et attendus de la future plateforme portuaire de Dakhla, face à la légalisation imminente du cannabis pour un usage pharmaco-industriel, face au «containment» diplomatique de la soldatesque d’Alger et ses sbires au sein de l’UA comme au sein de l’ONU, sans que l’ancienne puissance coloniale ne se sente liée par l’Accord de Madrid ou, pour le moins, témoigne de la véracité historique des thèses marocaines. Face à tout cela, dis-je, le Maroc a gardé son sang froid face à tant de dénis, de mépris et de rancune.

Aujourd’hui, le vase a bel et bien débordé ; la démocratie espagnole vient, toute honte bue, de se livrer à des barbouzeries indignes, ou plutôt dignes de républiques bananières, en offrant accueil et soins à un criminel doublé d’un mercenaire. En effet, le dénommé Brahim Ghali, porteur d’un vrai-faux passeport diplomatique sous le ridicule alias de Mohamed Benbatouche, est poursuivi, depuis des années, par la justice espagnole (Audiencia Nacional) pour, entre autres, génocide, crime contre l’humanité, détention arbitraire, torture, assassinats et viols. Un pedigree fourni en forfaits précis, tels qu’«assassinats de travailleurs canariens» dans le territoire du Sahara, ainsi que d’être «le commanditaire ayant ordonné les assassinats, les enlèvements collectifs et les disparitions d’équipages en haute mer de marins canariens lors de la période allant de 1973 à la fin de 1986». Agissant avec le soutien de la Fédération nationale des victimes d’Espagne, dont elle est membre, l’Acavite, qui réunit les proches de plus de 300 victimes du terrorisme du polisario, rapporte d’autres crimes imputés au mercenaire au service du DRS algérien.

Comment le gouvernement de Madrid a-t-il osé ainsi faire montre de mépris non seulement à l’encontre d’un voisin si soucieux de la sécurité du territoire espagnol, mais également à l’encontre de ses propres citoyens victimes des crimes du malfrat susnommé ? A cette question, il y a lieu d’adjoindre toutes celles que le ministère marocain des Affaires étrangères a posées à l’ambassadeur d’Espagne à Rabat promptement convoqué pour s’expliquer sur les tenants et les aboutissants de cette scabreuse affaire. Sans oublier de rappeler que l’Allemagne, qui vient de soigner Tebboune, a, quant à elle, catégoriquement refusé de faire de même avec celui qu’on appelle déjà «Ghali Benbatouche», alors que l’Espagne est si facilement tombée dans le piège du quarteron qui sévit à Alger.

En vérité, les offenses espagnoles à l’encontre du Maroc ne se comptent plus depuis quelques années. Dans ce guet-apens opposé au Maroc par Boumediene, il y a près d’un demi-siècle, l’Espagne s’est rendue complice des velléités expansionnistes algériennes dès son retrait des provinces sahariennes marocaines. Pourtant, elle ne sait que trop la dangerosité d’un tel jeu où le séparatisme peut être fatal à sa propre démocratie. Pourquoi l’Espagne se tait-elle au sujet de la légitimité du recouvrement de cette intégrité du territoire marocain qu’elle a largement contribué à dépecer au Sud comme au Nord ?

Ce qui est encore plus incompréhensible, en effet, dans l’attitude de l’Espagne, c’est qu’alors qu’elle réprime sévèrement toute velléité indépendantiste en Catalogne, une communauté de 7,5 millions d’habitants, elle continue à soutenir, dans les coulisses, l’autodétermination de quelques milliers de séparatistes du polisario amplement confortés par des desperados venus d’Afrique subsaharienne et d’ailleurs.

Parce qu’il a vigoureusement riposté contre toutes les offenses venues d’Allemagne, et même naguère de France et des USA, le Maroc a imposé le respect de sa souveraineté. La convocation de l’ambassadeur espagnol et l’exigence de réponses circonstanciées du gouvernement de Madrid s’inscrivent dans ce souci souverainiste inébranlable du Maroc du XXIème siècle.

En un mot comme en cent, il est temps pour l’Espagne de comprendre, une bonne fois pour toutes, que le respect et le bon voisinage strictement observé par le Maroc n’est et ne sera jamais synonyme de faiblesse. Le Maroc de Mohammed VI n’a que faire des visqueuses finasseries qui s’accommodent des offenses, d’où qu’elles viennent. Chaque offense doit être reçue par le Maroc moderne comme un casus belli, et «celui qui n’a pas de maître a forcément une maîtresse», comme dit l’adage marocain !

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