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Maroc-Algérie : Face à la bonne foi, l’incurable diversion

Par Souad MEKKAOUI

Contre toute attente, le discours du Trône de cette année était court contrairement à ce qui est habituellement fait mais concis, direct et ciblé. Convenir que Sa Majesté le Roi nous a pris de court est le moins que l’on puisse dire. Encore une fois, il se démarque par son pragmatisme et son leadership animé par l’esprit de corps, le respect de la fraternité et de l’unité du grand Maghreb.

Au moment où l’on s’attendait le moins à un énième cri de cœur royal à l’égard de l’Algérie, le discours de Sa Majesté, de nouveau, était un discours de solidarité, un discours rassembleur. Encore une fois, il tend la main au Président algérien dans des propos subtils, francs et sincères, faisant appel à la sagesse du cœur, à la noblesse de l’âme et à la grandeur de l’esprit pour que les deux Chefs d’État puissent rétablir la confiance et la paix entre les deux pays en construisant des ponts solides. C’est dire que la diplomatie est avant tout responsabilité et noblesse dans les décisions.

Un discours direct et un message fort

Dans son discours, à l’occasion du 22e anniversaire de la Fête du Trône, le Roi Mohammed VI s’est tout naturellement adressé à son peuple, avec toute l’empathie qu’on lui connaît, en réaffirmant sa compassion en raison des circonstances difficiles vécues pendant cette période sévère de la pandémie. Mais il a aussi rassuré sur l’économie du pays qui a pu relever le cap en dépit des impacts de la Covid-19 grâce à la cohésion nationale et au capital humain qui fait face aux multiples défis. Par ailleurs et comme à l’accoutumée, le Roi rend un hommage solennel à tous les acteurs et organismes qui sont aux premiers rangs dans la lutte contre la pandémie pour que le pays surmonte la crise sanitaire. En plus, la mise en place d’un Fonds spécial pour la gestion de la crise sanitaire du Coronavirus, et le Plan de relance au profit des PME étaient des solutions appropriées qui ont aidé à atténuer l’impact social et économique du virus sur la population et sur les secteurs vitaux. Sur un autre volet, l’accès aux vaccins malgré tous les défis, constitue pour le pays un motif de fierté d’autant plus que la réussite de la campagne nationale de vaccination a donné le Maroc en modèle. Et comme un exploit n’arrive jamais seul, le Royaume, dans sa quête d’une souveraineté sanitaire, a lancé un projet avant-gardiste pour la fabrication locale de vaccins, de médicaments et d’équipement médical.

Or, après l’état des lieux, le sujet noyau, qui a pris le contre-pied de nos diffamateurs, est l’appel au rapprochement entre le Maroc et l’Algérie pour la simple raison que ce sont des frères « jumeaux complémentaires ». C’est pour ainsi dire que le Roi met l’Algérie au cœur de sa vision stratégique, dans un discours qui porte une dimension régionale. Loin du bras de fer, il réinvente donc le leadership dans la diplomatie et fait du rapprochement une foi qui l’emporte sur les conflits et les divisions.

Cet appel à l’apaisement n’est animé que par le respect Royal du bon voisinage qui est imbriqué dans l’Histoire du Maroc, par l’intelligence du cœur et de la hauteur pour un développement futur mais surtout un avenir commun. La bonne foi et la volonté d’apaiser les rancœurs a été exprimée sans fard ni filtre avec l’intention de faire le premier pas pour ouvrir la voie à des rapports constructifs entre les deux pays. Un appel mais surtout une relance qui traduit, à coup sûr, le vœu de plusieurs Marocains et Algériens de voir nos deux pays enfin unis.

Dans une relation, il faut être deux pour la réussir

« Il ne faut pas perdre son temps à avancer des arguments de bonne foi face à des gens de mauvaise foi », ces propos de feu Hassan II trouvent tout leur sens aujourd’hui. Malheureusement, de l’autre côté, c’est encore une fois le scepticisme, la méfiance et la mauvaise foi ravivés par des médias qui ne pêchent qu’en eaux troubles.

Si Sa Majesté le Roi se positionne en unificateur, invite à un débat franc et sincère et tend sa main pour un avenir serein et paisible, l’appel de la raison ne trouve pas, hélas, d’écho. La paix n’est pas l’œuvre d’un seul acteur.

Ainsi, au moment où la région fait face à l’une des pires périodes de l’Histoire et où les enjeux économiques et sociaux serrent l’étau sur tous les pays, les responsables algériens préfèrent se cambrer et bomber le torse à tort.

Mais force est de rappeler que le Maroc n’en est pas à sa première initiative pour préserver le bon voisinage. Le 6 novembre 2018, le Souverain avait déjà tendu la main à l’Algérie et avait demandé la mise en place d’un mécanisme conjoint pour discuter toutes les questions en suspens entre les deux pays.

Des frontières qui divisent et des médias qui attisent la haine

Jamais des pays voisins n’ont maintenu la fermeture des frontières aussi longtemps. Depuis août 1994, les deux peuples ont hérité de cette décision du passé qui n’a plus lieu d’être et qui n’est ni dans l’intérêt du Royaume ni dans celui de l’Algérie. Ni l’actuel président algérien, ni l’ex-président, ni le Roi lui-même ne sont «  à l’origine de cette décision de fermeture » comme l’a rappelé le Roi dans son discours. « Aucune logique ne saurait expliquer la situation présente, d’autant que les raisons ayant conduit à la fermeture des frontières sont totalement dépassées et n’ont plus raison d’être aujourd’hui » a-t-il ajouté.

Quand on pense aux familles tiraillées entre les deux pays et qui ont le regard rivé sur les frontières, échinés sous le poids politique et historique de cette fermeture contre toute logique ! …

C’est dans ce sens que le Roi Mohammed VI, fort d’une vision anticipative, tournée vers l’humain et la paix, invite l’Algérie à œuvrer « de concert et sans conditions à l’établissement de relations bilatérales fondées sur la confiance, le dialogue et le bon voisinage ». Plusieurs appels au dialogue, à la concertation, à l’ouverture des frontières et à l’élaboration d’une vision économique commune ont été exprimés de la part de Sa Majesté le Roi. Toutefois, le Maroc n’a eu droit, en guise de réponse à ses initiatives répétitives, qu’à des déclarations non officielles avec la mise en emphase de la force militaire en toile de fond et les agressions verbales des ministres algériens. Or un appel à l’ouverture des frontières est clairement une invitation au dialogue afin de trouver des solutions communes aux crises et aux tensions entre les deux pays. Et cela nous rappelle le discours de feu le Roi Hassan II, à Marrakech, en 1963 : « le Maroc qui s’est toujours engagé dans sa politique extérieure à résoudre tous les problèmes par le dialogue et la concertation, tient à ouvrir un dialogue direct avec l’Algérie pour assainir le conflit portant sur les frontières hérité de l’époque du colonialisme au détriment du Maroc et de son intégrité territoriale ». L’engagement est donc ancestral et historique, dans ce sens, pour ces initiatives en vue de désamorcer le blocage dans lequel se trouvent les relations entre les deux pays.

Une main tendue face à une main qui pointe

Quand on tend la main, il faut bien que l’autre en comprenne la portée et la saisisse pour ouvrir la voie à une normalisation basée sur la confiance, la prospérité et la fraternité, dans une vision lointaine de bon voisinage, dans le respect total de l’identité et des fondamentaux de chaque pays, pour la stabilité régionale et pour la construction d’un bloc solidaire contre les ingérences étrangères. Autrement, la violence engendre la violence et ce qui se passe d’un côté impactera inéluctablement l’autre. « Ce qui vous affecte nous touche et ce qui vous atteint nous accable. Aussi, nous considérons que la sécurité et la stabilité de l’Algérie, et la quiétude de son peuple sont organiquement liées à la sécurité et à la stabilité du Maroc » a souligné le Roi Mohammed VI.

En attendant, la balle est dans le camp de nos voisins. « L’état actuel de ces relations ne nous satisfait guère car il ne sert en rien les intérêts respectifs de nos deux peuples. Il est même jugé inacceptable par bon nombre de pays. Entre deux pays voisins et deux peuples frères, l’état normal des choses, c’est notre conviction intime, est que les frontières soient et demeurent ouvertes », a expliqué le Souverain dans son discours.

In fine, espérons que le peuple algérien comprendra que nous sommes frères et croisons les doigts pour que les responsables voisins écoutent la raison et fassent passer l’amour avant la guerre surtout que nos destins sont liés. N’est-il pas possible de faire une pause pour essayer de mettre en exergue tout ce qui unit et rassemble nos peuples -et dans ce sens la complémentarité est évidente sur plusieurs plans notamment civilisationnel, historique, social mais aussi économique et stratégique-, au lieu des sujets qui fâchent ? Mais pour cela, il faut bien que le peuple frère ait la liberté de décider de son sort à la place de généraux qui le prennent en otage. Peut-être que la clairvoyance gagnera et qu’une nouvelle page soit entamée. Nous gagnerions de part et d’autre à économiser l’énergie dépensée dans les insultes et les diffamations et à jouer la même partition pour instaurer la paix dans la région. « Je rassure nos frères en Algérie : vous n’aurez jamais à craindre de la malveillance de la part du Maroc qui n’est nullement un danger ou une menace pour vous. » a ajouté Sa Majesté. C’est dire que le discours royal est une feuille de route diplomatique pour le bien-être de la Région.

Mais trêve d’illusion, il n’y a qu’à jeter un coup d’œil sur les titres algériens pour se rendre à l’évidence : il n’y a pas pire sourd que celui qui ne veut pas entendre. « Mohammed VI lâche le MAK et demande implicitement pardon à l’Algérie », « Discours du roi du Maroc : entre diversion, pression et exercice sournois de relations publiques », ou encore « Algérie-Maroc : Mohammed VI tente d’apaiser le jeu » et « Discours de Mohammed VI sur l’Algérie : Entre hypocrisie et belles promesses » pour ne citer que ceux-ci, sont autant de titres qui montrent le niveau bas de la manipulation de l’opinion publique signée par des médias qui se retrouvent dans la discorde. Entre ceux qui considèrent les appels du Maroc comme étant des signes de faiblesse, et ceux qui parlent d’hypocrisie, de diversion, de manœuvre dilatoire … la triste interprétation d’une démarche sage, responsable, noble et visionnaire qui place les intérêts des peuples frères au-dessus de toute considération nous rattrape. Comme attendu, et au lieu d’une lecture responsable du discours royal, les responsables algériens nous répondent à travers un communiqué de la RASD publié par l’Algérie Presse Service.

Bien entendu, il faut bien que les deux parties soient sur la même longueur d’ondes pour parler le même langage et surtout comprendre la  dimension et la portée des gestes nobles. Mais le langage des cœurs n’est pas donné à tous, au grand malheur de l’humanité. Rêver donc d’un Maghreb à nouveau unifié serait-ce une chimère ?

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