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Maroc-Algérie : Retour aux années de plomb pour la gestion des relations avec le Maroc

Par Taieb Dekkar (*)

L’Algérie semble vouloir opérer un retour aux tristes années de plomb, à une rupture totale avec le Royaume du Maroc, paradoxalement dans un contexte intérieur de grave crise multiforme.

L’Algérie qui se démène, depuis plus de trois décennies (depuis 1988), dans une grave crise aux facettes multiples, politique, économique, sociale et identitaire, n’arrive toujours pas à s’en remettre.

Pire, la crise s’amplifie au fil des années. Comme en 1988, les algériens éprouvent aujourd’hui de sérieuses difficultés pour se procurer des produits de première nécessité. A la liste des produits frappés par des pénuries fréquentes  (huile, lait, pommes de terre, fruits, le poulet)  viennent s’ajouter les lentilles, les bonbonnes de gaz, les pois chiches…les fruits exotiques étant interdits à l’importation, et dans le cas où les bananes soient disponibles sur le marché, ses prix sont excessivement cher et  inabordables.

Dans ce contexte, doublé d’un tarissement des ressources financières, et de l’accroissement des besoins de la population, les dirigeants algériens, des caciques de l’ancienne dictature de Boumediene,  font appel à des recettes caduques du passé, inadaptées aux mutations politiques, diplomatiques, économiques au niveau international et régional, pour la gestion de leurs relations avec le Royaume.

En cinquante ans, l’Algérie, outre qu’elle a fait directement la guerre au Royaume au Sahara, combat son voisin de l’ouest sur tous les terrains, au niveau continental et international, pour s’opposer par tous les moyens à la récupération de ses territoires du sud.

Pour avoir plaidé quatre fois jusqu’ici pour l’autodétermination du peuple Kabyle, depuis 2015 (Omar Hilale), l’Algérie crie au scandale, rompt ses relations diplomatiques avec le Royaume, interdit le  survol du territoire algérien par les compagnies aériennes marocaines, à cause de ce qu’elle désigne comme étant des «provocations» continues du Royaume.

L’Algérie ne regarde certainement pas dans son rétroviseur, pour se rendre compte de l’ampleur des torts causés au Maroc et la gravité des préjudices occasionnés  au Royaume, pendant cinquante ans. Le Maroc, de surcroît,  sait pertinemment que l’armée algérienne refuse au peuple algérien tout entier de s’autodéterminer, depuis 1992 et à plusieurs autres occasions ultérieurement, notamment en 2019, lorsque le Hirak réclamait le départ de tous les symboles de l’ancien système, y compris celui des Généraux.

«Tout ce qui est mauvais pour le Maroc est bon pour l’Algérie», dit un adage arabe. L’ancien opposant algérien, qui a vécu toute sa vie en exil à l’étranger, alors qu’il figurait parmi les cinq chefs historiques dont les autorités coloniales avaient détourné l’avion, le vaillant Houcine Ait Ahmed, avait affirmé que l’Algérie était « mal placée pour parler de l’autodétermination, quand  elle en refuse l’application au bénéfice du peuple algérien». Alger ne devrait donc pas se cacher derrière des slogans vides de l’intangibilité des frontières ou de l’autodétermination, parce que inscrits dans de soi disant «chartes et préambules»  pour contrecarrer la récupération par le Royaume de ses provinces de sud. Pour  se défendre, le Maroc serait en droit d’utiliser, lui aussi, tous les moyens contre ses adversaires déclarés, y compris en soutenant  les revendications identitaires en Algérie. Bien que le Royaume ne soit pas encore passé à l’étape suivante, celle, souhaitable, d’accréditer à Rabat un bureau du Mouvement pour l’autodétermination de la Kabylie, l’Algérie fait montre d’une véritable surexcitation et  d’un alarmisme hystérique, sans se soucier des intérêts tout autant stratégiques d’autrui.

« Autant le problème s’amplifie, autant sa solution s’amenuise », dit un adage marocain, invoqué un jour par feu SM le Roi Hassan II.

Le choix de l’Algérie de retourner aux années de plomb dans la gestion de ses relations avec le Royaume ne pourra qu’enfoncer davantage ce pays voisin dans l’aventurisme, dont le peuple algérien paie le prix fort, depuis 1988. Unique survivance du  «front de la fermeté », après l’effondrement des républiques  «progressistes, démocratiques et populaires»  d’Irak, de Syrie, du Yemen et de Libye, l’Algérie semble avoir mis assez de temps pour se remettre sur les rails et éviter le même destin tragique. Les stratèges d’Alger risquent de tout perdre.

*journaliste et écrivain

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