Maroc, Etats-Unis et Israël ou le long chemin royal de réconciliation

Maroc

Hassan Alaoui

Ce n’est pas seulement un tournant historique, mais une étape décisive dans l’histoire des relations entre le Maroc et Israël. Qu’elle soit placée sous l’égide des Etats-Unis, la visite que vient d’entreprendre au Maroc une importante délégation américano-israélienne témoigne en effet de la place significative qu’occupe notre pays dans la région et, au-delà, dans le monde. Présidée par Jared Kushner, Conseiller principal du président Donald Trump et Meier Ben Shabbat, Conseiller à la Sécurité nationale d’Israël, cette délégation inaugure ainsi un cycle inédit dans les relations triangulaires entre le Maroc, les Etats-Unis et Israël.

Mais surtout, elle s’inscrit dans une tradition à la fois historique et conjoncturelle. Car, ne l’oublions pas, la relation maroco-américaine et maroco-israélienne ne relève point du fortuit. Histoire et mémoire les fondent et justifient leur intensité dans le temps. Avec les Etats-Unis, le Maroc tisse une profonde amitié qui remonte à 1777, lorsque le président Georges Washington écrivit au Sultan Mohammed III, dit Mohammed Ben Abdallah et sollicita son soutien face aux pirates turcs qui imposaient leurs lois en Méditerranée et s’attaquaient aux bateaux de commerce américains. De là a commencé un échange de lettres entre le Souverain marocain et le fondateur de la jeune Amérique qui déboucha sur une reconnaissance solennelle par le Roi du Maroc de ce pays.

C’est peu dire, dans ces conditions, que le Royaume du Maroc est le tout premier Etat à avoir reconnu la jeune République américaine, composée en 1776 de quelque treize colonies qui , comme le souligne Raymond Aron, « acquièrent à la fois les avantages de l’insularité et ceux d’une unité de dimension continentale ». Le poids de ces événements lointains continuent de peser sur l’amitié ainsi née il deux cents quarante-trois ans , fortifiée au fil du temps et des épreuves, consolidées au cours des siècles et demeurée comme la marque intangible de deux nations solidaires. Tout au long de leur histoire, les deux pays resteront solidaires et jamais un différend, fût-il si fin et tenu, ne viendra y faire ombrage. Le Maroc sera constamment aux côtés de l’Amérique, allié et fidèle lorsque celle-ci sera confrontée notamment à la guerre en 1940 face au nazisme, aux épreuves de la guerre froide et aux terrorismes divers.

Force est de souligner que le Président Donald Trump, tout à sa reconnaissance et à sa gratitude, a tenu à rappeler l’attachement du Maroc à la liberté et à l’indépendance de la nation américaine. En promulguant le décret et signant la proclamation présidentielle au nom des Etats-Unis de reconnaissance pour la première fois de la souveraineté du Maroc sur son Sahara, il a renforcé la légitimité de la cause marocaine et rappelé le poids de son pays dans le monde et au sein du Conseil de sécurité.


« De même que le Maroc a été le tout premier Etat à reconnaître l’Amérique, celle-ci connaît à son tour la souveraineté de ce dernier sur son Sahara », a-t-il indiqué en substance. Une telle proclamation, lancée du haut de la Maison Blanche, est venue mettre fin aux tergiversations supposées de Trump, mais marquer également un tournant : mettre en échec toutes les tentatives désespérées de nos adversaires. Le cachet présidentiel est ainsi apposé sur une proclamation solennelle que personne n’usurpera.

Pendant la Seconde guerre mondiale, les soldats marocains ont pris grandement part à la libération de l’Europe aux cotés des troupes américaines, tant et si bien que notre pays a été qualifié à juste titre « d’allié des Alliés »…Cette qualité prévaudra au lendemain du conflit et fera du Maroc en 2004 l’Allié stratégique majeur des Etats-Unis hors OTAN ( Organisation de l’Atlantique Nord) et se distingue, de ce fait, comme étant l’unique pays africain ayant conclu un Accord de Libre-Echange avec les Etats-Unis.

Cette alliance se traduit aussi par la coordination des politiques de défense, dite interopérabilité , par la mise en place de manœuvres militaires conjointes, elles-mêmes résultat d’une coopération militaire exemplaire. D’où l’engagement à travers la signature du MoU d’une « feuille de route de dix ans qui renforce la coopération militaire et sécuritaire entre le Maroc et les Etats-Unis en appuyant la décision royale de lancement et renforcement d’une industrie militaire nationale ».

A vrai dire, la coopération maroco-américaine, érigée en partenariat privilégié ne date pas d’hier. Elle s’inscrit dans une tradition historique , consolidée au fil des ans, gravée dans le marbre des choix idéologiques du Maroc pour une économie libérale, une politique des libertés publiques et privées, un modèle de société démocratique qui est dès le départ antinomique avec les systèmes totalitaires, inspirés du communisme. Qu’il ait été confronté aux Etats et aux régimes totalitaires dès l’indépendance, le Maroc a réussi à faire prévaloir son modèle libéral et démocratique et son adhésion au credo universel fait de lui un exemple.


Diplomatie et économie

Il convient de souligner que la reconnaissance par les Etats-Unis de la souveraineté du Royaume sur son Sahara constitue une victoire incontestable pour les deux pays. Après la décision magistrale de Donald Trump , une autre est venue confirmer une tournure supplémentaire au processus nouveau, celle de l’ouverture d’un Consulat général américain à Dakhla, cité phare qui accueillera d’importants investissements américains et contribuera au rayonnement de la province et surtout au profit des populations des provinces du Sud. Cette décision s’inscrit à coup sûr dans le renforcement du partenariat économique entre les deux pays, et consolidera également l’Accord de Libre-échange.

Dakhla, carrefour stratégique et essentiel pour le développement d’un pôle économique continental, fait déjà l’objet d’un intérêt croissant des firmes américaines, notamment dans l’industrie éolienne. Elle en drainera d’autres, dans divers secteurs, notamment le tourisme. Mais elle constituera aussi une plaque tournante entre le Nord et le Sud, l’ouverture du marché africain étant à moyen et long terme un objectif recherché.

Les Etats-Unis d’Amérique, première puissance mondiale, économique et militaire sont aussi les cofondateurs des Ntions unies et le membre le plus influent au sein du Conseil de sécurité. A ce titre, ils disposent du droit et du pouvoir de véto, comme aussi de celui de pouvoir y imposer leur décision et leur choix. Dans l’affaire du Sahara marocain, ils jouent un rôle fondamental et, eu égard au Maroc, déterminant. Ils sont ce qu’on appelle le « Penholder », le porte-plume des différentes résolutions adoptées par le Conseil de sécurité. Leur soutien à la marocanité du Sahara, s’est aussi exprimé encore une fois lorsqu’ils ont pris la décision d’informer officiellement le Conseil de sécurité de l’ONU et le secrétaire général , M. Antonio Guterres du contenu de la proposition du Maroc d’autonomie soumise par ce dernier en avril 2007, qualifiée de « seule base crédible pour une solution durable au différend sur le territoire du Sahara occidental ». Une telle proclamation solennelle cimente, réaffirme et donne un sens à toutes les expressions ( Lettres, communications, déclarations) formulées par les plus hauts responsables américains, aussi bien des Administrations républicaines que démocrates, en privé et en public, durant les dernières décennies.


On citera au passage « L’Action Memorandum » qui a été officiellement développée et entérinant le souhait de l’Administration Clinton de poursuivre une « solution politique négociée basée sur le compromis et un plan d’autonomie élargie respectant la continuité de la souveraineté du Royaume ». En 2004, le président George W.Bush avait adressé une lettre à S.M. Roi Mohammed VI dans laquelle il a souligné le « plein soutien  des Etats-Unis au plan d’autonomie proposé par le Maroc ». Le même Bush a adressé au Souverain en juin 2008 une nouvelle lettre dans laquelle il estime « qu’un Etat indépendant au Sahara n’est pas envisageable » comme il a rappelé en décembre 2008 dans sa dernière lettre officielle que « l’indépendance est une option irréaliste » et réaffirme le « plein soutien des Etats-Unis au plan d’autonomie ».

En 2009 , Hillary Clinton, alors secrétaire d’Etat soutiendra un « plan d’autonomie sérieux et crédible », tandis que Barack Obama, recevant en 2013 à la Maison Blanche SM le Roi réitérera que la position des Etats-Unis demeure inchangée et soutiendra le plan d’autonomie , jugé sérieux, réaliste et crédible ».  Depuis 2015, le Congrès entérine , en effet, dans sa Loi budgétaire fédérale la décision de faire bénéficier les provinces du Sud du Maroc.

Ces faits, adoptés officiellement, ont valeur de symbole et dénote l’intérêt considérable que les gouvernements successifs des Etats-Unis, fussent-ils à majorité républicaine et démocrate, manifestent en faveur d’un règlement politique de l’affaire du Sahara. Ils démentent également les thèses d’un polisario désormais disqualifié et en perte de vitesse, comme aussi leurs stipendiés lancés dans des campagnes de propagande mensongère. Il reste que, comme le soulignent des observateurs sérieux, « Rabat et Washington, s’inscrivant, désormais, dans la perspective post-décembre 2020, sont appelés à capitaliser sur cet élan pour œuvrer ensemble à la résolution du conflit artificiel du Sahara au sein du Conseil de sécurité, d’une part, et à conjuguer, d’autre part, les synergies afin de trouver une issue à la question palestinienne. »

Celle-ci demeure une constante de la politique royale, tant et si bien que , Président du Comité al-Qods, le Roi Mohammed VI reste vigilant à cet égard et préconise là aussi une solution politique qui ne souffre d’aucune ambiguïté. « La position en faveur d’une solution fondée sur deux Etats implique implicitement une reconnaissance des deux Etats et ce, dans le cadre d’une vision cohérente qui ne date pas d’aujourd’hui mais trouve déjà sa première articulation dans les années 1990 avec l’ouverture d’un bureau de liaison israélien à Rabat et un autre marocain à Tel-Aviv ».