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Maroc : Un foisonnement culturel en 2017 qui marque le début d’une nouvelle ère dans le Nord

La région du Nord aura vécu un fort bouillonnement culturel au cours de l’année qui s’achève. Tanger, Tétouan, Assilah, Ouazzane, autant de villes devenues un melting-pot où se mêlent diverses formes de culture. Un coup d’œil sur le calendrier de 2017 en donne toute l’étendue.

De la préservation des traditions ancestrales qui font la particularité du cachet de la région à la revigoration de son patrimoine culturel, en passant par la célébration des arts modernes (cinéma, théâtre, musique, arts plastiques…), les manifestations culturelles n’ont point manqué. D’ailleurs, cette effervescence et ce foisonnement ayant marqué la région n’ont laissé indifférents ni les médias, ni le public. Aux premières loges à la capitale du Détroit, s’installe majestueusement le Tanjazz tirant vanité de ses shows éclectiques sur les scènes du Palais des institutions italiennes, où générosité, moments de partage et bonne humeur règnent en maîtres.

Avec au menu une cinquantaine de concerts rendant hommage aux jeunes talents de la scène mondiale du jazz, la 18ème édition, à elle seule, a vu l’affluence de 4.000 visiteurs internationaux, sans compter les milliers de spectateurs présents sur les scènes grand public. Le festival Twiza de Tanger, qui fait la part belle à la culture amazighe, est un autre fait inédit.

S’il y a 13 ans qu’il est né, l’édition 2017 aura battu son plein en réservant tout un cycle de conférences-débats autour d’un seul thème fédérateur: “Le besoin de l’intellectuel”. Bon nombre de penseurs de grand talent étaient de la partie, en l’occurrence la féministe égyptienne Nawal Saadaoui et l’écrivain marocain Ahmed Assid. A cela s’ajoute une programmation artistique à couper le souffle.

Outre la musique, le septième art arrive à se tailler une place sur la scène locale. C’est le cas du Festival national du film qui offre une vitrine de choix pour la production nationale de l’année. Toute une semaine durant, les professionnels du cinéma se sont rués au cinéma Roxy. Le public était au rendez-vous, la salle étant constamment comble.

Côté cinéma toujours, mais à Tétouan cette fois-ci, les projecteurs ont été braqués sur le 23ème Festival international du cinéma méditerranéen qui a connu un franc succès avec à la clé un palmarès vivement salué et une fréquentation dépassant les 10.000 spectateurs. Et ce n’est pas tout, car l’ambition du festival est bien plus grande: susciter la création d’un institut de cinéma dans la région du Nord afin de promouvoir la culture cinématographique. C’est ce qui l’a d’ailleurs poussé à inviter des écoles de cinéma venues de tout le pourtour de la Méditerranée.

Et pour célébrer l’apport de la femme à la culture, le festival Voix de Femmes de Tétouan s’est engagé, de son côté, à mettre en valeur un patrimoine de voix féminines de qualité, puisant dans les cultures méditerranéenne, arabe et africaine. Cette année plus encore, des festivités diverses ont commémoré cet engagement qui dure depuis 10 ans, à la grande joie d’un public tétouanais avide d’ouverture. Viennent ensuite d’autres formes culturelles qui animent de temps à autre les soirées de la Colombe Blanche, comme la bande dessinée qui possède son propre forum, les rencontres poétiques, les expositions d’arts plastiques ou encore les cérémonies de signature d’ouvrages.

Le père des arts est loin de rester en rade. Après s’être tenu pendant de nombreuses années à Meknès, le Festival national du théâtre a été délocalisé dans le Nord. C’est ainsi que la 19è édition s’est déroulée, comme sa devancière, dans les villes de Martil, M’diq, Fnideq et Tétouan. Le point d’orgue fut le vibrant hommage rendu aux figures de proue du théâtre marocain Touria Jebrane et Abdelkrim Berrechid. Une belle manière de consacrer la culture de la reconnaissance.

Assilah, cette cité atlantique baptisée “ville des arts”, elle, est l’illustration parfaite de la vitalité du paysage artistique du Nord. Le temps d’une rencontre multidisciplinaire, des artistes de tout le monde se réunissent pour repenser les espaces de la ville blanche transformés en œuvres d’art éphémères.

Il s’agit du Moussem culturel international d’Assilah qui a réuni, pour souffler sa 38è bougie, des participants issus du Maghreb, d’Orient, d’Europe et des États-Unis, au fil d’un programme riche et d’échanges intenses. On en retient l’exposition “Sept artistes-peintres femmes…Et sept portes” dont les diverses œuvres ont fleuri les murs du Centre Hassan II des rencontres internationales.

Retour en musique mais avec une touche de spiritualité bien visible. La Rencontre nationale de l’art du Madih et Samaa d’Assilah a mis à l’honneur, en 2017, le patrimoine musical spirituel hassani. La soirée inaugurale a été rythmée par les mawals arabo-andalous du célèbre marocain Abderrahim Souiri, séduisant l’assistance, comme à son accoutumée.

A cela s’ajoute, au registre religieux, le Moussem de Moulay Abdallah Chérif à Ouazzane placé sous la devise “Invocation et pensée”. Un jalon à retenir: la conférence sur l’esprit de la tolérance religieuse au Maroc qui s’est tenue en présence d’André Azoulay, Conseiller de SM le Roi. Parallèlement au Moussem, et dans une convergence spirituelle et philosophique exemplaire, des centaines de pèlerins juifs du monde entier ont afflué à la commune d’Asjen pour célébrer la Hilloula. Ce rendez-vous annuel est l’illustration du caractère originel de la rencontre de deux monothéismes musulman et juif, mais également la conséquence d’une cohabitation multiséculaire qui, malgré les aléas de l’histoire, s’est renforcée dans le respect mutuel de la tolérance.

A Larache, il y a lieu de citer le Moussem annuel de Moulay Abdessalam Ben M’chich, fondateur de la Tariqa Shadhiliya et père spirituel de plusieurs courants soufis de par le monde. Cette année encore, des dizaines de milliers de pèlerins, de fidèles et de disciples des quatre coins du monde ont afflué à Jbel Alem pour explorer les voies de cette grande sagesse spirituelle qu’est le soufisme et débattre de l’actualité de ses paradigmes résolument humanistes et existentiels.

La cité bleue de Chefchaouen, avec ses ruelles enchâssées dans la montagne, consacre à son tour l’ancrage de la région du Nord comme un creuset de cultures diverses et une terre aux influences variées. Ouvert au monde latino-ibéro-hispanique, le festival Alegria ne peut être qu’un écrin raffiné reflétant la richesse et la profondeur de la culture locale. Mélanges et fusions, authenticité et ouverture furent autant de caractéristiques de l’édition 2017.

Ces multiples rencontres symboles de diversité, dont certaines comptent parmi les plus prestigieuses sur la scène internationale, ont balisé le terrain devant d’autres qui commencent à prendre de l’assurance et à s’affirmer sur la scène culturelle nationale, à l’image des Nuits sonores de Tanger ou encore du festival Nekor pour le théâtre méditerranéen d’Al Hoceima. Mais parmi toutes les formes de culture, ce sont les festivals qui s’imposent comme principaux dispositifs de médiation culturelle.

Si au niveau quantitatif, la scène culturelle est sortie gagnante avec cette floraison de manifestations, le vrai enjeu est de s’interroger sur le pourquoi de ces carrefours culturels, voire de penser autrement la donne culturelle comme une condition sine qua non pour le développement global de la région. Cohésion sociale, développement humain et essor économique seraient autant de répercussions positives de la dimension transversale de la culture.

Par Wahiba Rabhi 

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