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Rachid Boufous

Médecins et patients Je t’aime … moi non plus

 Dossier du mois

Numerus Clausus…

Rachid Boufous, architecte-urbaniste membre du Conseil national de l’Ordre des architectes

Voilà un autre scandale en pers­pective qui se profile. On refuse aux étudiants en médecine issus des 2 universités privées de Rabat et de Casablanca d’accéder au concours du ré­sidanat, et ce, suite à la levée de boucliers des étudiants issus des facultés publiques, qui ont peur que ceux issus du privé trustent leurs places, et accèdent plus facilement plus tard aux spécialités, tant convoitées par tous les futurs médecins.

Les pouvoirs publics en agissant ainsi ne semblent pas se soucier des attentes de l’ensemble de la population marocaine, qui souffre justement des manques de notre médecine, et celle-ci peut at­tendre de meilleurs jours, et une prise de conscience réelle des enjeux de Société actuels au sein de notre pays.

Public/Privé : La nouvelle fracture

Personne ne prend la peine d’expli­quer que les universités privées, même si elles sont payantes, sont gérées sous forme de fondations, donc pas de divi­dendes ou de profits à redistribuer à qui que ce soit. Alors on instille dans la tête des étudiants du public des idées fausses qui voudraient que les futurs médecins issus des universités privées seraient moins bien formés, les accusant presque d’acheter leur diplôme, du simple fait que leur scolarité est payante. Certains esprits mal intentionnés sont en train de créer une nouvelle fracture sociale au sein du corps médical, qui n’a franche­ment pas besoin de cela.

Il ne faut pas se leurrer, la méde­cine moderne a besoin de beaucoup de moyens en termes de formation, car elle est devenue très exigeante et très poin­tue, c’est pour cela que ces universités sont payantes.

Si l’enseignement public n’arrive pas à offrir les mêmes conditions de forma­tion que dans les facultés privées, c’est son problème, ou alors le gouvernement n’avait qu’à ne pas autoriser ces univer­sités privées de médecine à exercer…

L’Etat à travers les ministères de l’enseignement supérieur et de la san­té a validé, en 2015, la création de ces universités privées de médecine. Il doit assumer ses responsabilités et permettre aux étudiants issus de ces universités de passer les concours d’internat au même titre que les étudiants issus du public. Il ne peut y avoir deux examens différents. Il n’y a qu’à augmenter le Numerus Clausus ou nombre d’accédants à l’in­ternat, car on a besoin de médecins spécialistes et généralistes en nombre important pour couvrir les besoins de notre pays, en matière de santé et qui sont criants.

Un médecin reste un médecin, la so­ciété en a grandement besoin et le Ma­roc ne peut pas faire l’économie de cette denrée rare.

S’ils ne sont pas suffisants en nombre localement, il faut aller chercher ailleurs les professeurs et les formateurs et les payer à prix d’or pour accompagner nos futurs médecins en termes de formation.

Dans un monde devenu hy­per compétitif, il n’y a que l’ex­cellence qui prime et nous devons bien former nos futurs médecins.Il faut qu’on arrête définitivement de jouer avec l’avenir de nos enfants, qu’ils soient issus des enseignements publics ou privés. Ils ne doivent plus être les victimes expiatoires des hésitations poli­tiques en matière d’enseignement.

Pour une médecine pour tous

Notre pays a besoin d’être construit par toutes ses franges, car nous demeu­rons, n’en déplaise aux «dragonistes» qui voient en nous un futur Singapour, un pays sous-développé en matière de médecine et dans beaucoup d’autres do­maines d’ailleurs…

Par ailleurs, quand on refuse de payer correctement les médecins qui travaillent au sein de l’hôpital public, comme c’est le cas actuellement, ceux-ci migrent naturellement vers les cliniques pour s’en sortir, dépeuplant l’hôpital public et mettant ainsi la médecine entre les mains exclusives du secteur privé. Les Médecins désertent l’hôpital public aus­si car les moyens techniques, le matériel et conditions de travail y sont en grande souffrance.

Je me souviens de cette amie pneu­mologue que l’administration voulait absolument envoyer travailler dans un hôpital de zone dans le Sud, alors que cet hôpital ne possédait même pas de machines de radiographie.

Quand elle a relevé cette anomalie, on lui a dit que c’était cela ou rien, la privant d’exercer son métier sans lui permettre d’ouvrir son cabinet ou de travailler dans une clinique privée équipée.

Un exemple parmi d’autres de l’absurde qui pousse nos médecins à quitter le pays et d’aller travail­ler dans les hôpitaux européens, où justement le Numerus Clausus vient d’être supprimé non seulement des concours de médecine mais aussi de l’exercice dans les hôpitaux publics. Du coup, notre pays s’appauvrit de ses compétences et les pays plus intelligents s’enrichissent du sa­voir-faire de nos médecins, acculés malgré eux à émigrer vers d’autres cieux plus cléments…

Mêmes les patients suivent de plus en plus la tendance des médecins et vont se faire soigner à l’étranger, car localement, ils n’arrivent pas à trou­ver les conditions adéquates pour le faire en toute sérénité. C’est cela le constat amer que personne au gou­vernement ne veut voir en face.

Quand allons-nous arrêter de tuer ce pays à petits feux, juste pour conten­ter les intérêts obtus et stupides de quelques-uns ?

Nous voulons une médecine per­formante, exercée par des médecins bien formés et en nombre suffisant, conscients de leurs responsabilités et pouvant exercer leur profession dans des conditions décentes et confortables, afin de ne pas chercher à survivre en faisant des «ménages médicaux» ici ou ailleurs dans d’autres pays.

Je suis sincèrement fier de nos méde­cins marocains, spécialistes ou généra­listes, qui sont pour leur grande majorité très bien formés et consciencieux. Mais ce qui leur manque gravement, ce sont les moyens d’exercer leur métier dans des conditions optimales.

C’est en médecine qu’il faut do­rénavant mettre le plus d’argent en matière d’investissements pu­blics, de formation et d’équipement. Nous construisons de plus en plus de CHU et d’hôpitaux, qui nous coûtent des milliards de dirhams, mais s’ils sont dépourvus de compétences médicales et de matériel adéquat, à quoi bon conti­nuer à le faire ?

Il faut permettre aux collectivités ter­ritoriales de contractualiser les médecins dont les communes et les régions ont besoin.

Des zones entières de notre pays sont dépourvues de médecins, d’hôpitaux, de matériel médical, de médicaments ou de simple personnel qualifié dans les domaines de la santé. On ne peut pas accepter que cette situation se perpétue éternellement.

Nous sommes tous les citoyens d’un seul et même pays, et nous avons tous le droit d’accès à une médecine de qualité, quelles que soient les conditions maté­rielles des patients… Numerus Clausus ou pas…

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