Meurtre d’une journaliste : démissions en cascade au sein du gouvernement maltais

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Deux ans après le meurtre de la journaliste anticorruption, Daphne Caruana Galizia, l’enquête avance et trois haut responsables démissionnent du gouvernement.

Daphne Caruana Galizia, journaliste d’investigation, était à l’origine d’enquêtes contre certains membres du gouvernement maltais. Elle tenait un blog sur la corruption qui avait servi dans le cadre des Panama Papers. Elle a été assassinée le 16 octobre 2017, à 53 ans, dans un attentat à la bombe, alors qu’elle se trouvait à bord de son véhicule.

Son meurtre avait choqué le monde entier. Alors qu’elle faisait déjà l’objet d’un harcèlement judiciaire et de la part de certains partisans du gouvernement, Daphne avait pour unique but de dénoncer la corruption omniprésente dans ce petit pays de l’Union européenne.

Une enquête qui piétine depuis 2 ans

Deux ans après, l’enquête commence à peine à s’accélérer. Certains avancent l’implication du Premier Ministre, Joseph Muscat, victime à plusieurs reprises des attaques de la journaliste, à vouloir entraver la progression de l’enquête. Le fils de la victime a, pour sa part, déclaré « ma mère fut assassinée parce qu’elle se tenait, comme de nombreux bons journalistes, entre le Droit et ceux qui cherchent à le violer. Mais elle fut aussi visée car elle était seule. C’est ce qui arrive quand les institutions d’un Etat sont rendues inopérantes: la dernière personne encore debout est souvent un(e) journaliste. Ce qui fit d’elle la première à mourir”.


En effet, quelques mois avant sa mort, la journaliste avait révélé l’existence de sociétés offshore de plusieurs membres du gouvernement. Dans le cadre de l’enquête trois personnes avaient été arrêtées en décembre 2017 : Vincent Muscat, George Degiorgio et Alfred Degiorgio. Ils sont soupçonnés d’avoir exécuté le meurtre, sur ordre de commanditaires qui n’ont toujours pas été identifiés.

Ce Mercredi 20 novembre, une nouvelle arrestation a eu lieu, celle d’un puissant homme d’affaires, du nom de Yorgen Fenech, alors qu’il tentait de fuir l’île à bord de son yacht. C’est un proche du pouvoir maltais, soupçonné d’être le commanditaire du meurtre.

Les découvertes du « projet Daphné »

Le « projet Daphné » a été lancé par 18 medias européens et américains, afin de poursuivre les enquêtes de la journaliste maltaise. Le député européen, Frans Timmermans, a déclaré « nous devons savoir ce qu’il s’est passé et nous n’aurons pas peur, même s’il y a des conséquences pour les autorités maltaises ». D’après le journal Le Monde, cette poursuite de l’enquête avait révélé que « la police maltaise écartait la piste de commanditaires politiques, en dépit de plusieurs éléments troublants ».


Démissions en série

Quelques jours après l’arrestation de l’homme d’affaires, trois hauts responsables maltais ont démissionné, ce mardi. Le chef de cabinet du premier ministre et le ministre du tourisme qui avait été soupçonné d’avoir reçu des pots de vins à travers des sociétés offshore, ont quitté leurs fonctions. Le ministre de l’économie a décidé de « se mettre en réserve pendant la durée des enquêtes en cours ». Quant au Premier Ministre, Joseph Muscat, il a déclaré qu’il « démissionnerai à coup sûr, s’il existait un quelconque lien »  entre le meurtre et lui.