Mieux entreprendre en Afrique: Entre Intelligence économique et Communication d’influence

En Afrique comme dans le reste du monde, l’intelligence économique est devenue, depuis quelques années, un processus clé de la stratégie d’entreprise, car c’est elle qui permet de cibler et de calibrer toute démarche d’investissement dans un environnement en mutation.

Au sens strict du terme, elle désigne le processus par lequel les agents éco­nomiques rassemblent et traitent l’in­formation économique, qui leur permet d’identifier leurs clients ou débouchés potentiels, analyser et comprendre leurs besoins, éclairer les décideurs et les pou­voirs publics sur les enjeux et contraintes de leurs secteurs respectifs, tout en pro­tégeant leurs propres données des incur­sions de leurs concurrents. Dans ce sens, l’information économique a toujours été au coeur de toute démarche entrepre­neuriale, et se fonde sur la théorie éco­nomique qui veut que les modèles de marché soient optimisés en « information parfaite ».

Le besoin en information

Les premières années de la mondia­lisation, des années 90 jusqu’au début des années 2000, ont fait de l’Afrique le parent pauvre de la croissance mon­diale. Comme si le monde bipolaire ne s’était pas effondré, l’Afrique est restée le « Tiers Monde », ce troisième monde sous développé qui aurait raté le rendez-vous de l’Histoire. C’est du moins ce que disaient les manuels de géopolitique de l’époque, qui décrivent un continent en proie aux nombreuses catastrophes humanitaires, démographiques, sanitaires, et bien sûr institutionnelles, entre coups d’Etat, guerres civiles, génocides, ou conflits larvés.

Dans ce contexte de déliquescence, les puissances européennes se sont atta­chées, autant que possible, à préserver ce que l’Afrique avait été pour elles depuis la colonisation : une réserve de matières premières accessibles à bas coût autant qu’une base stratégique, le tout maintenu par des gouvernements peu démocratiques soutenus par leurs anciennes métropoles. Or cette « Françafrique » comme l’Afrique du Commonwealth a perdu d’importants bastions tels que le régime Mobutu dans l’ex Zaïre ou le régime Gbagbo en Côte d’Ivoire, et même le régime Ben Ali en Tunisie, sans parler de l’effondrement des gouvernements somalien ou kenyan en Afrique de l’Est. En quelques an­nées, l’environnement géopolitique de l’Afrique a considérablement changé en remplaçant ces chasses gardées par des territoires plus ou moins stables et ou­verts, désormais à la recherche d’inves­tisseurs internationaux d’où qu’ils soient.


De leur côté, ces investisseurs inter­nationaux ont commencé à s’intéresser à l’Afrique, dès les années 90. Ils ont vu arriver sur le Continent noir des par­tenaires nouveaux, en particulier les grands acteurs de la mondialisation, avec pour point commun un besoin vital en matières premières. Les échanges com­merciaux de l’Afrique avec la Chine, en particulier, ont ainsi été multipliés par 12 entre 2000 et 2018.

Dans ces conditions, les pays africains n’ont pas fini d’attirer la convoitise. Alors que l’Algérie et l’Egypte cumulent, à eux deux, une impressionnante production de gaz naturel, l’Afrique du Nord – à l’exception notable du Maroc qui n’en reste pas moins leader mondial des phos­phates – partage avec le Nigeria, l’An­gola, la Guinée Equatoriale, le Soudan et la Gabon une part considérable de la production mondiale de pétrole. Quant à l’Afrique subsaharienne, elle dispose d’importantes réserves minières à très haute valeur ajoutée comme les diamants, voire des ressources stratégiques comme l’uranium, sans parler des réserves d’or et de cuivre dont les cours mondiaux flambent.

Un terrain vierge ?

Si les besoins en Intelligence économique sont plus importants en Afrique qu’ailleurs, compte tenu des nombreuses incertitudes que comporte l’investisse­ment sur le Continent Noir, les ressources en information stratégique restent faibles.

Sur le plan de l’information et de la technologie, la pauvreté des dispositifs de gestion des données et de l’information laisse à penser que le nombre de données disponibles n’est pas vraiment signifi­catif. Pourtant, la révolution numérique est en marche comme partout dans le monde. Elle puise ses forces, en particu­lier, dans l’accélération autour du mobile, l’internet et les réseaux sociaux. De fait, les échanges de données s’intensifient jour après jour, constituant un véritable vivier d’informations exploitables pour les entreprises et les décideurs publics. Grâce aux développements en cours, ne serait-ce que par l’essor du mobile qui ne compte pas moins de neuf millions d’abonnements supplémentaires chaque mois, ce sont des millions voire des mil­liards de données qui circulent régulière­ment entre les personnes…