Modèle de développement : Ce qu’il faut retenir du bilan de la CSMD

Youssef Guerraoui Filali
Youssef Guerraoui Filali : Directeur du Centre marocain de gouvernance et du management (CMGM)

Face aux nouveaux enjeux économiques et sanitaires liés à la pandémie Covid-19, la Commission spéciale du Modèle de Développement (CSMD) a présenté son diagnostic et ses recommandations axés sur les principaux secteurs vulnérables du Maroc, notamment l’éducation, la santé, l’économie, et les services sociaux.

Le mardi 14 juillet 2020, la CSMD a dévoilé, lors d’une conférence de presse, son premier bilan sur les acquis et les points noirs observés dans certains secteurs socio-économiques. Un nouveau pas vers l’endiguement des transformations induites par la crise de la Covid-19, qui ont exigé le prolongement de la durée de la conception du nouveau modèle de développement de six mois, jusqu’en mois de janvier 2021. Pour comprendre les principaux axes de réflexion de cette nouvelle étape, nous avons contacté, Youssef Guerraoui Filali, Président du Centre marocain pour la Gouvernance et le Management, qui nous a livré son analyse sur ce sujet.

Maroc Diplomatique: Comment évaluez-vous le dernier bilan présenté par la Commission du modèle de développement CSMD ?

Youssef Guerraoui Filali: Il s’agit des principaux piliers sur lesquels se basent les travaux de préparation du projet de modèle de développement. La CSMD a présenté les principaux axes de développement faisant l’objet d’actions d’approfondissement des réflexions, eu égard au contexte sanitaire actuel marqué par la crise sanitaire du Coronavirus. En revanche, les propositions reçues par les différentes parties prenantes de la société ont permis de confirmer les cinq dimensions retenues à savoir : la relation économie-emploi, la justice et solidarité sociale, la valorisation du capital humain, la place prépondérante des jeunes, et la transformation numérique.

M.D_Quelle lecture faites-vous aux principales composantes du nouveau modèle de développement, notamment celles liées à la justice sociale et le développement économique ?


Y.G.F_La justice sociale est la porte d’entrée vers le développement économique. L’équité des chances et l’accès équitable aux services sociaux constituent le gage de la satisfaction citoyenne susceptible de garantir l’implication et l’adhésion de la population au projet de développement de la société. Par conséquent, la réalisation du développement économique dépend aussi de plusieurs autres facteurs, je cite, entre autres, l’efficacité des politiques publiques économiques sectorielles, la promotion de l’investissement étatique productif, l’encouragement à l’entrepreneuriat et le soutien technique et financier aux TPME, et la formation des jeunes aux métiers de l’avenir.

M.D_Selon le bilan présenté, la croissance économique ne permet pas d’absorber le besoin en emplois des 500.000 jeunes qui arrivent annuellement sur le marché. Comment pouvez-vous commenter ce constat ?

Y.G.F_Afin de satisfaire les 500.000 nouveaux demandeurs d’emploi par an, il va falloir créer de l’emploi hors croissance et dans le cadre d’un plan de relance et d’insertion professionnelle. En effet, pour le cas du Maroc, un point de croissance ne permet de créer que 25.000 postes d’emploi public, et eu égard aux circonstances sanitaires actuelles, le secteur privé se retrouve lui aussi en difficulté pour la création de nouveaux postes de recrutement pour le triennal actuel 2020-2022, fortement marqué par la crise socio-économique causée par la Covid-19. Il est question aussi de préserver les postes d’emplois actuels pour mieux maitriser le taux de chômage au niveau national et afin d’éviter une crise d’emploi. Nous sommes devant un paradoxe, d’une part, il faut créer des postes pour les nouveaux demandeurs d’emploi, moyennant les lauréats et jeunes diplômés des universités et écoles marocaines, et d’autre part, il faut soutenir les activités économiques pour protéger les postes d’emploi générés par l’économie.

M.D_La commission a constaté également certaines défaillances en capital humain, à votre avis comment pourrait-on remédier à cette défaillance ?


Y.G.F_Le développement des aptitudes des jeunes reste nécessaire pour améliorer leur performance en apprentissage pédagogique ainsi qu’en milieu professionnel. Pour cela, nous avons véritablement besoin d’une révolution autour du développement personnel et des compétences, en vue de faire émerger une nouvelle génération de talents, gisements d’innovation et de créativité. Par conséquent, il va falloir développer des « Career Centers » dans plusieurs établissements d’enseignement, afin de libérer les esprits et en vue d’encourager la recherche et le lancement des start-ups. Cependant, les donneurs d’ordre et les incubateurs ont un rôle prépondérant à jouer en matière de soutien technique et financier des idées les plus innovantes.

M.D_Quelle place pour la production et l’expertise locale dans le processus de développement ?

Y.G.F_La production locale est le principal déterminant du profil du « PIB Régional ». Son encouragement reste tributaire des mesures d’accompagnement à mettre en œuvre par les pouvoirs locaux et régionaux, tels que la facilitation de l’accès au foncier, l’octroi du financement bancaire et la simplification des dossiers d’obtention des autorisations et agréments d’exploitation. Elle reste le véritable moteur du développement économique, régional et national, et doit prendre en considération les atouts présentés par chaque région en vue de parvenir à hausser la productivité, et par conséquent à améliorer la valeur ajoutée et la croissance régionales.