Mohammed Kenbib ou le fervent plaidoyer pour un renouveau de l’Histoire du Maroc

Entretien réalisé par Farida Moha

Pour comprendre le parcours professionnel et scientifique de l’historien Mohammed Kenbib, marqué par une densité exceptionnelle de publication d’ouvrages, d’articles, de contribution, de conférences données un peu partout dans le monde, sans doute faudrait-il revenir à sa rencontre clef avec son directeur de thèse de doctorat d’Etat et professeur à la Sorbonne, Jean-Baptiste Duroselle.

Ce dernier est considéré comme le plus brillant historien du XXème siècle qui a dirigé la Chaire d’histoire des relations internationales à la Sorbonne et qui aura marqué des générations entières d’étudiants et de disciples. Par sa vaste connaissance, son érudition, sa rigueur et sa force de travail, il a imprimé à la science historique un modèle. Il prônait l’ouverture d’esprit en intégrant à l’histoire d’autres disciplines comme la géographie, la démographie et la sociologie. Il fera partager son goût prononcé pour le genre biographique, car, disait-il, « la biographie est l’une des colonnes sur lesquelles repose l’histoire ».

On retrouve l’esprit de cet enseignement , rigueur et ouverture d’esprit, dans le cheminement professionnel de Mohammed Kenbib, professeur émérite de l’Université Mohammed V de Rabat qui a enseigné aussi dans l’une des plus prestigieuses universités du monde, à savoir l’Université d’Oxford.

Mohammed Kenbib a été nommé récemment Directeur de l’Institut Royal pour la recherche de l’histoire au Maroc. Il nous a accordé l’entretien que nous publions dans « Maroc diplomatique ».

On constate ces derniers une demande et même un fort appétit d’histoire. Nos concitoyens veulent connaître ou mieux connaître le passé de leur pays. Que vous inspire cet état de fait ?

La demande sociale d’histoire est en fait un phénomène mondial. La quasi – concomitance de son émergence aux quatre coins de la planète est en tant que telle significative des réactions de l’humanité face aux profonds bouleversements générés par la mondialisation, aux questionnements d’ordre socio-économiques, identitaires et autres qui s’en sont suivis et, manifestement, face aussi au passage à une autre ère créée par l’actuelle pandémie. En raison principalement des inquiétudes, de la précarité et du désarroi inhérents à cette situation, de nombreuses personnes se tournent instinctivement vers le passé. Elles s’attendent à y trouver un éclairage susceptible de les aider à mieux comprendre ce qui se passe autour d’eux.

L’histoire est-elle réellement en mesure de les tranquilliser ? Elle ne peut, à mon sens en tout cas, que les inciter à réfléchir davantage, à comparer le passé et le présent, et à se faire leur propre idée sur les conditions qui prévalent aujourd’hui et auxquelles il leur faut impérativement s’adapter. Pensons dans le cas d’espèce et au premier chef aux mesures sanitaires que nous devons tous respecter. En termes plus clairs et pour parler de manière plus globale, l’humanité est confrontée à une ère nouvelle où il lui faut sans doute changer ses paradigmes – ou de « logiciel » comme diraient les informaticiens, pour faire face aux fortes turbulences qui agitent, ou plutôt secouent, le monde.

Eviter le bourrage de crâne

Dans la discipline qui est la vôtre, il y a toutes sortes d’enjeux et de défis qui font que l’écriture de l’histoire et son statut sont problématiques à maints égards. Que pensez-vous de ce constat ?

Je le partage bien évidemment. On ne peut pas dire en effet que cette écriture coule de source et devienne un long fleuve tranquille. Celui qui s’y livre a en principe conscience des difficultés et des défis qu’il doit affronter. L’élargissement du champ historiographique, par exemple, complique encore davantage sa tâche. Il en est ainsi, sur ce même registre, de l’inclusion du Temps présent et de l’histoire immédiate dans les compétences de l’historien traditionnellement censé ne s’occuper que du passé supposé révolu (même s’il n’est guère totalement «refroidi » en réalité). Il serait fastidieux d’énumérer des exemples précis à cet effet. En tout cas, pour ce qui est du présent et même de périodes lointaines, ce n’est pas sans raison que l’on parle de «blessures de l’histoire », de conflits ou même de « guerres de mémoires », et de « passés qui ne passent pas ».

On pourrait en parler davantage car j’ai été partie prenante, à la Faculté des lettres et des Sciences Humaines de Rabat, dans la coordination scientifique du Master et de la formation doctorale Temps Présent, et supervisé des thèses de doctorat traitant de cette période. D’ailleurs quelques uns de mes étudiants ont été associés à un important ouvrage collectif publié avec le concours du CNDH et de la Délégation de l’Union Européenne au Maroc. Il s’agit de l’ « Histoire du Maroc indépendant. Biographies politiques ».

Pour nos lecteurs, voudriez –vous nous dire de quelles biographies avez-vous-même traité ? Cela nous donnera sans doute une idée de vos affinités et de votre parcours car pendant toute votre carrière universitaire et vos années de diplomate, vous êtes resté discret. Le Maroc Diplomatique précisément souhaite mieux vous connaître.

Le fait est d’abord que chacun des contributeurs aux « Biographies… » a eu la possibilité de choisir l’acteur politique qui l’intéressait et pour lequel il pouvait éventuellement avoir de l’empathie. C’est dans ce contexte que j’ai eu le privilège de rédiger plus d’une une vingtaine de notices de personnalités dont le parcours m’intéressait.

Il s’agit en particulier de Youssef Ben Abbès (avec qui j’ai travaillé à l’Ambassade du Maroc à Paris), Haj Ahmed Bargach (ancien ministre des Habous et homme de confiance des Rois Mohammed V et Hassan II ayant, entre autres, organisé la visite à Casablanca du Président américain Dwight Eisenhower ), Mohamed Benhima, Ahmed Snoussi (connu comme ayant été à une certaine époque « Monsieur Afrique » du Maroc), Mohamed Berrada (avec lequel j’ai également travaillé en qualité de conseiller culturel à Paris et qui m’honorait de sa confiance en me chargeant de représenter l’Ambassade auprès, par exemple, du conseil d’administration de l’Institut du Monde Arabe, de l’Agence de Coopération Culturelle et Technique, du Sommet de la Francophonie tenu à Hanoï en 1997 etc..).

Finaliser le projet de Maison de l’Histoire du Maroc

Dans cette liste forcément non exhaustive, qu’il me soit permis de mentionner aussi mon ami Simon Lévy, Jo Ohana, Rachid Ben Mokhtar, André Azoulay, Omar Azziman, Habib El Malki (avec lequel j’ai co-écrit voilà plusieurs années un ouvrage collectif intitulé « l’Etat marocain dans la durée » et qui a préfacé plus récemment l’ouvrage consacré au Parlement (1963-2017) et dont la partie Histoire m’avait été confiée), Mohamed Karim Lamrani, Azzedine Laraki (qui m’a reçu à la Primature à l’issue d’une tournée de conférences effectuée aux Etats-Unis dans le cadre d’un programme décidé en 1987 par feu Sa Majesté le Roi Hassan II), Mohamed Kabbaj, M’hamed Douiri, Abdelaziz Meziane Belfkih (qui m’avait associé à la commission scientifique du Cinquantenaire de l’indépendance de notre pays), et Driss El Yazami (avec qui j’ai travaillé au CNDH ; aujourd’hui nous poursuivons le travail portant sur le projet de Maison de l’Histoire du Maroc piloté par la Fondation de l’Académie du Royaume et nous menons ensemble le programme d’auditions annoncé voilà quelques jours par un communiqué officiel).

A un autre niveau se pose en particulier l’épineuse question de l’instrumentalisation de l’histoire. Que pensez-vous de cet état de fait ?

Vous soulevez là des données fondamentales revêtant une acuité particulière. Y répondre nécessite de longs développements. Pour rester concis, disons simplement que les tentatives d’assignation à l’histoire d’objectifs autres que ceux qui vont dans le sens de l’accumulation du savoir (au sens noble du terme) sur le passé lointain ou relativement plus récent vont à l’encontre des obligations que doit garder en tête l’historien de métier soucieux d’intégrité, de vérité et de neutralité. Ceci n’empêche pas, bien évidemment, toutes sortes de parties d’essayer de récupérer l’histoire à des fins idéologiques, politiques, diplomatiques et autres. La propension à l’instrumentalisation est inévitable dans divers contextes. Elle va de soi en quelque sorte tant sont considérables les bénéfices qu’en escomptent ceux qui y ont recours.

Dans sa finalité ultime, l’histoire ne sert pas fondamentalement à égrener les dates, à raconter les évènements et s’appesantir sur des personnages illustres qui en ont marqué et infléchi le cours. Il est bien sûr important de connaître les faits et les aléas du passé quels qu’ils soient. Mais savoir faire montre de discernement et d’esprit critique vis-à-vis de ce qu’on lit ou ce qu’on entend n’est pas moins important, pour ne pas dire plus. En termes plus clairs, l’histoire peut contribuer à éviter ou atténuer, même si cela peut paraître de prime abord ambitieux ou chimérique, ce qu’on appelle communément ou prosaïquement « le bourrage de crâne ».

L’un des grands maîtres de l’Ecole des Annales, Lucien Febvre, parlait d’« d’histoire serve ». Auriez-vous un commentaire à ce sujet ?

Lucien Febvre est effectivement un grand historien. Il a laissé, comme ses pairs des Annales, une immense empreinte dans l’historiographie française, comparable, par exemple, à celle de Fernand Braudel et de Marc Bloch. Je retiens de lui, plus particulièrement, et le sujet demeure d’ailleurs d’actualité, ce qu’il avait écrit, dans son évocation de la tendance à l’uniformisation de la civilisation mondiale et des crispations identitaires qu’elle suscitait, à propos de « la lutte titanesque opposant les pouvoirs homogénéisants aux capacités différentielles ».

De la formation et du métier d’historien au Maroc

Quant à l’« histoire serve », la formule me semble excessive, en tout cas dans le contexte universitaire contemporain, ou tout au moins dans les pays démocratiques et dont les constitutions garantissent bien évidemment les libertés fondamentales des citoyens.

Qu’en est-il de la formation actuelle des historiens marocains?

Il est difficile de répondre succinctement à cette question. Je dirais simplement que pour être réellement qualifié d’historien, il faut, me semble-t-i, avoir passé plusieurs années, voire décennies, à se former soi-même et à être in fine reconnu comme tel par ses pairs – j’entends les historiens de métier. Ce n’est pas par hasard que l’on parle de « fabrique de l’histoire ». C’est d’ailleurs le titre d’une excellente émission de France Culture. Il va de soi, en effet, qu’avoir suivi des cours d’histoire à l’université ou ailleurs ne suffit pas. Le métier requiert beaucoup de temps et l’intégration pleine et entière des critères que requiert l’approche historienne et la maîtrise des nouveaux apports méthodologiques et conceptuels dont elle s’enrichit.

Vous avez séjourné à plusieurs reprises aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne pour vos recherches puis vous avez enseigné en Pennsylvanie, au Nebraska et en Virginie ainsi qu’à Oxford. Quelles impressions vous ont laissées ces passages Outre-Atlantique et Outre Manche?

Mes séjours aux Etats-Unis en tant que Fulbright Scholar ou à d’autres titres m’ont été très utiles dans mes travaux. Imaginez ce que peuvent représenter pour un chercheur marocain, dans les années 1980, 1990 et ultérieurement, des discussions directes avec des historiens, des anthropologues, et des politologues éminents d’universités prestigieuses.
Vous devinez aisément ce que peut ressentir un chercheur marocain donnant des conférences sur son pays dans une université telle que Harvard, Princeton ou Virginia, et y être cordialement accueilli par des collègues de renom tels que l’historien Abraham Udovitch ou l’anthropologue Clifford Geertz. Il en est de même, bien évidemment, pour Oxford, Cambridge et Manchester.

Les Américains s’intéressent-ils à l’histoire du Maroc ?

Pour faire court, disons que l’intérêt des Etats-Unis pour le Maroc n’est pas nouveau. A la fin du XVIIIème siècle déjà, l’empire chérifien a été le premier Etat dans le monde arabe et en Afrique à reconnaître leur indépendance malgré les risques encourus vis-à-vis de la Grande – Bretagne. A peu près à la même époque, c’est à sa médiation qu’ils ont eu recours, en raison de son statut de puissance méditerranéenne, pour régler leurs problèmes avec les Régences d’Alger et de Tripoli. Au début des années 1860, et plus précisément au moment de la guerre de Sécession, c’est à leur demande que le sultan Sidi Mohammed Ben Abderrahmane a ordonné à ses gouverneurs des ports du littoral atlantique et méditerranéen d’arraisonner les navires des sécessionnistes sudistes cherchant à y faire escale.

S’agissant cette fois-ci de l’intérêt des Américains pour notre histoire et notre culture, il convient de rappeler que le phénomène n’est pas nouveau. Outre la filmographie et ce que représentent à cet égard « Casablanca » tourné avec en vedette Humphrey Bogart et Ingrid Bergman ou, de notre côté, la célèbre chanson « L’Maricane » du fameux Houcine Slaoui, sur le plan des publications il y aurait beaucoup à dire. Il s’agit, entre autres, de celles de Ion Perdicaris (sur les abus du système des protections consulaires), de l’anthropologue Carlton Coon dans les années 1920 (sur le diversité ethno – culturelle du nord du Maroc), de ses collègues David Montgomery Hart et Dale F. Eickelman, du politologue Douglas Ashford (Université de Princeton, auteur en 1961 de Political Change in Morocco ), de son homologue William Zartman (John Hopkins University), et de John Waterbury (que j’ai connu en Sorbonne où nous avons fait partie d’un même jury de soutenance), etc…

Pour aller vite, disons que la relève Outre Atlantique est assurée depuis quelques années déjà par des chercheurs de talent tels que, pour n’en citer que quelques uns, mes collègues et amis Daniel Schroeter, Susan G. Miller, Emily Gottreich, Jessica M. Marglin, et Mary Beth Allen.

Comptez –vous élargir la relation de l’Institut Royal pour la Recherche sur l’Histoire du Maroc à la culture anglo –saxonne ?

L’ouverture aux approches, aux concepts et aux méthodologies en cours aux Etats-Unis a été adoptée par des universitaires marocains (historiens, sociologues, anthropologues, politologues etc…) depuis plusieurs années déjà, voire des décennies. Nos collègues américains sont à la pointe de ces disciplines à l’échelle mondiale. Ceux des autres pays s’en inspirent car la science n’a pas de frontières. Elle n’est pas entravée par des « brevets », dirais-je en pensant au problème fatidique et au scandale des vaccins dont pâtit l’Afrique sub-saharienne, par exemple.

Il est donc évident que l’Institut, instance relevant de l’Académie du Royaume, associera et associe déjà à ses activités scientifiques, en sus de chercheurs des différentes universités de notre pays, ceux d’Outre Atlantique et de Grande – Bretagne. Il s’attachera à faire bénéficier nos étudiants de leur savoir et de leurs méthodologies. La règle s’applique à des collègues de renom venant d’autres horizons. C’est concrètement le cas de colloques internationaux et de séminaires inscrits aux programmes de l’Institut. L’exemple est donné de fait par les conférences et les sessions annuelles de haut niveau qu’organise l’Académie du Royaume sous l’impulsion de son Secrétaire Perpétuel, le Professeur Abdeljalil Lahjomri. L’ouverture au monde n’est pas en l’occurrence un simple slogan. Espérons que les fortes perturbations et les incertitudes créées par l’actuelle pandémie depuis bientôt deux ans ne tarderont pas à s’atténuer et à prendre fin.

Venons – en maintenant à un objet d’étude sur lequel vous avez réalisé un travail pionnier qui s’impose comme référence au Maroc même et dans les centres de recherches affiliés à de grandes universités européennes et américaines. Il s’agit de l’histoire des communautés juives de notre pays. L’Académie du Royaume a d’ailleurs consacré récemment un colloque international à l’un des membres illustres de ces communautés, le Professeur Haïm Zafrani, humaniste, historien et chercheur infatigable. Les Actes de ce colloque, dont vous avez assuré la coordination scientifique, viennent d’être publiés.

L’Académie a effectivement édité ces Actes dédiés au Pr Zafrani, l’un de ses membres correspondants, récipiendaire de distinctions honorifiques que lui ont décernées feu le Roi Hassan II et Sa Majesté Mohammed VI. A ce colloque ont pris part, outre des intervenants marocains et son fils le Pr Elie Serge Zafrani, des collègues américains et français. Les communications ont mis en évidence l’apport considérable de Haïm Zafrani et son rôle essentiel dans la formation à Paris d’hébraïsants marocains. L’ouvrage en question vient de faire l’objet d’une proposition de présentation à Paris. J’espère que les conditions sanitaires permettront un déplacement à cet effet en février prochain.

Pour l’histoire, il conviendrait sans doute de rappeler que l’Académie avait organisé voilà quelques années déjà une autre importante rencontre scientifique dédiée de manière concomitante à Moussa Ibn Maïmoun (Maïmonide) et son ami musulman Ibn Rochd (Averroès). On est donc comme vous pouvez le constater dans la continuité.

Quelles ont été les grandes figures de cette communauté que vous avez connues ? Et que dit cette communauté du passé du Maroc et son présent ?

J’ai eu le privilège de connaître au Maroc même, en France et aux Etats-Unis un certain nombre de personnalités. Cela a été le cas, entre autres, d’Edmond Amrane El Maleh, Cham’oune Lévy, Haïm Zafrani et son épouse et collaboratrice Célia, Raphy Marciano, et Maurice Arama (spécialiste de Delacroix). Parmi mes rencontres figurent depuis plusieurs années déjà Serge Berdugo et David Toledano. Quant à André Azoulay et sa femme Katia, cela fait plus de vingt ans que j’ai fait leur connaissance. Leur fille Audrey, Directrice Générale de l’UNESCO, a eu l’obligeance de me recevoir dans son bureau à Paris en juillet dernier quelques semaines après ma nomination en qualité de Directeur de l’Institut Royal pour la Recherche en Histoire du Maroc.

Elle s’est montrée particulièrement disposée à apporter son appui aux manifestations scientifiques et culturelles organisées par cet Institut. Je tiens à l’en remercier.

D’après vous, que dit cette communauté du passé, du présent et de l’avenir du Maroc ?

Il est difficile de synthétiser. Je dirais simplement que l’enracinement plus que bi -millénaire de ces communautés dans le sol marocain et leur attachement, où qu’ils soient, à leur terre natale et celle de leurs ancêtres, témoignent de ce qu’on pourrait qualifier d’exemplarité marocaine en termes de cohabitation inter – communautaire et de « convivencia », de fidélité au passé, quels qu’aient été les aléas de l’histoire, et de confiance dans l’avenir.

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