MOHAMMED VI, MILITANT DU VOTE COMMUNAL

Tanger Discours RoyalLe 62ème anniversaire de la Révolution du Roi et du peuple, célébré jeudi, soit un jour avant le 52ème anniversaire du Roi Mohammed VI,  a constitué,  cette année, un événement trop significatif pour ne pas nous interpeller avec force. Il est marqué par le discours que le Souverain a prononcé, consacré, en grande partie, aux élections communales et régionales du 4 septembre prochain.

D’emblée, on peut considérer qu’il s’agit d’une allocution de sursaut national, auquel le Roi appelle. Un « discours de la méthode » en effet, comme l’eut décrit un certain René Descartes, parce qu’il contient cette recommandation de bien « conduire sa raison ». Le propos royal c’est fort justement d’ouvrir un chapitre d’interrogations d’éthique, de durs constats et de rappels à l’ordre. Et pour commencer, au-delà des enjeux de la Régionalisation qu’il a lancée, solennellement, en janvier 2010, et qui constitue à ses yeux « une nouvelle révolution », au-delà aussi de la « sincérité des élus », du devoir patriotique – corrodé par l’intérêt personnel de certains – il y a, en filigrane de ce discours majeur, ce qu’on peut appeler « une crise de la représentation », un thème qui préoccupe, à la fois, les observateurs et l’opinion publique.

Il traduit en somme le recul, pour ne pas dire la perte de confiance des électeurs envers les élus, corroborée par la crise meurtrière que vivent les partis politiques et les syndicats et, un malheur n’arrivant jamais seul, cette désaffection pour la politique que l’on n’arrive pas à enrayer. Les dernières élections, depuis 2007, ont décliné une propension à l’abstentionnisme récurrent que même des campagnes de séduction et de persuasion – comme Daba – qui ont coûté une grosse bagatelle, n’ont pas réussi à corriger. Le Roi, plus que conscient et averti de cette évolution, en dénonce clairement les responsables : «  Si nombre de citoyens, affirme le Souverain, ne s’intéressent pas beaucoup aux élections, et s’ils n’y participent pas, c’est parce que certains élus ne remplissent pas leur devoir comme il se doit… ». Propos on ne peut plus clair, direct et sans appel. Il argumentera,  par la suite, les tenants et aboutissants de ces manquements, dénonçant aussi ceux qui, à la veille de chaque élection, se présentent comme les candidats sauveurs, mais disparaissent aussitôt le lendemain de la victoire. Comme aussi, et nous en restons bouche-bée, ceux qui « distribuent quelques dirhams » pour monnayer les voix… Ne parlons pas non plus des marchandages dignes d’un Mercato et de grandes mafias pour acheter les présidences des Conseils communaux et régionaux…

Le constat est si cruel que, venant du Roi, il a valeur de symbole ! Un  réquisitoire sans appel. Et de lancer encore : « Je dis donc aux partis et aux candidats: les élections ne devraient pas avoir pour objectif d’obtenir des postes, mais elles devraient être dédiées au seul service du citoyen. Aux citoyens, Je dis ceci : le vote est un droit et un devoir national. C’est une lourde charge qu’il vous incombe d’assumer. C’est un moyen que vous détenez entre les mains pour modifier la méthode de gestion quotidienne de vos affaires, ou de maintenir et consacrer la situation déjà en place, bonne ou mauvaise. »


L’appel à la société civile est une autre donnée fondatrice du discours royal. Il le fait avec pédagogie et, encore une fois, en fournit les critères d’une participation plus que pressante de nos jours : « Dans ce contexte, affirme le Souverain, nous appelons les acteurs de la société civile et les organisations syndicales à s’impliquer fortement dans la mobilisation des citoyens et leur incitation à participer à l’opération électorale. Pour résumer, le pouvoir dont le citoyen dispose pour préserver ses intérêts, régler certains de ses problèmes, demander des comptes aux élus et les changer le cas échéant, tient en un seul mot : ”vote” !

Le mot clé est ainsi lâché avec véhémence, à un moment où la tentation abstentionniste semble gagner quelques esprits chagrins – fort heureusement très peu nombreux – où d’aucuns, parmi les plus éclairés et les intellectuels, cèdent à un doute voire à un doute de mauvais aloi et au nihilisme politique qui est à un pays ce que l’extrémisme est à sa jeunesse. La parole du Roi a force de loi, on ne l’a que trop oublié, il est le tout premier, cependant, à monter au créneau  et à faire du Vote un acte de foi, à donner l’exemple.